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La crise de la zone euro et ses impacts sur l’Afrique sub-saharienne

Shanta Devarajan's picture

Lors d’une mission au Mali, j’ai présenté les constats du dernier « Pouls Africain » à un séminaire avec une centaine de participants, y inclus le ministre des finances du pays.   J’ai soulevé quatre points:

• Malgré le ralentissement de la croissance économique dans les pays développés, l’Afrique sub-saharienne a connu une continuation de la relance économique suite à la crise de 2008-9.  Le taux de croissance moyen du PIB pour l’année dernière était de 4.9 pourcent.

• La raison de cette forte performance est le niveau élevé des prix des matières premières.  Mais, ce fait montre la vulnérabilité des économies africaines à une crise économique globale.  La plupart des pays sont dépendants de trois produits pour la moitié (ou plus) de leurs exportations.  Si la crise de la zone euro devient une crise économique globale comme en 2008-9 et si les prix des matières premières chutent, alors ces pays Africains vont aussi connaître une récession.  Même les pays qui produisent les biens de consommation comme les fleurs du Kenya ou des vêtements du Lesotho sont vulnérables, car la plupart de ces biens sont vendus en Europe.  Les autres sources de devises, surtout les investissements directs étrangers et les transferts des migrants, pourraient être plus robustes.

• Mais le problème est que, contrairement à la situation en 2009, les pays Africains ont moins de marge de manœuvre pour réagir à une crise économique.  Le compte courant, les soldes budgétaires et la dette extérieure de la majorité des pays se sont détériorés  à cause des politiques de relance suivies par ces pays lors de la dernière crise.  Quand même, ces indicateurs semblent beaucoup plus prudents que ceux de quelques pays européens.  Il sera possible d’avoir une politique de relance limitée face à une crise économique globale.

• Tenant compte de toutes ces analyses, notre prévision pour l’année 2012 est que le PIB de l’Afrique Sub-saharienne croîtra à 5.2 pourcent.  Cette prévision est basée sur une prévision de croissance de la zone Euro de -0.3 pourcent.  Si ce dernier chiffre s’avère pire (-3 pourcent, par exemple), alors le taux de croissance de l’Afrique diminuera de deux points de pourcentage.

La discussion était très riche et fructueuse.  Les participants ont soulevé la question de la pression fiscale (qui est à 14 pourcent au Mali) comme une autre façon de réagir à une crise (mais un autre participant, un chef d’entreprise, mentionnait que les impôts sont quand même lourds).  Plusieurs intervenants parlaient des politiques de protection sociale pour aider les plus vulnérables.  J’avais l’impression que le principe qu’il est mieux d’utiliser les transferts ciblés aux pauvres que de contrôler les prix est accepté.  Le ministre des finances, qui était le président de la séance, a conclu la session en disant que, pour le Mali, la clé est d’investir dans les secteurs productifs, comme l’énergie ou les aménagements hydro-agricoles, pour que le pays diversifie sa production et devienne moins vulnérable aux chocs externes.  Il a dit, et je suis d’accord, que le Mali pourrait être à la tête des économies africaines.