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Dividende démographique en Afrique : quelles retombées pour la croissance et la réduction de la pauvreté ?

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Total dependency ratio, 1950-2030
Taux de dépendance total, 1950-2030 *


Entre 1950 et 2014, la population africaine a progressé à un rythme annuel de 2,6 %, soit nettement plus vite que la moyenne mondiale, estimée à 1,7 % selon des données de projection des Nations Unies (a). Durant cette période, l’Afrique a connu une transition démographique : le taux de mortalité, auparavant très élevé, a reculé, tandis que le taux de fécondité, lui, est resté élevé. D’autres régions du monde, et surtout l’Asie de l’Est, ont su profiter de leur transition pour accélérer leur croissance et tirer parti du fameux « dividende démographique ». Au tour de l’Afrique de saisir cette opportunité !

Le taux de dépendance total de l’Afrique permet de bien comprendre l’évolution démographique du continent. En définissant le ratio de personnes âgées et de jeunes par rapport à la population active (15-64 ans), cet indicateur résume parfaitement bien la structure par âge. Le graphique ci-dessous compare le taux de dépendance total de l’Afrique à celui des pays à revenu faible et intermédiaire de l’Asie de l’Est et de l’Asie du Sud. On voit qu’en Afrique, le sommet est atteint plus tardivement, mais qu’il se situe à un niveau supérieur, et que l’évolution est considérablement plus lente. Comme le soulignait l’un de mes collègues l’été dernier (a), l’Afrique dispose encore de quelques décennies pour tirer les fruits de cette transition mais la fenêtre de tir ne restera pas ouverte indéfiniment et la région doit agir pour faire de cette tendance un véritable atout.

Dans un article récent (a), nous avons essayé avec quelques collègues d’évaluer les retombées de cette évolution pour la croissance économique future de l’Afrique et la réduction de la pauvreté. Nous avons donc construit plusieurs scénarios fondés sur différentes hypothèses économiques et démographiques. Si la baisse des taux de dépendance peut avoir un certain nombre de répercussions sur l’économie, intuitivement, deux grands mécanismes semblent prévaloir : le premier est lié à l’effet de main-d’œuvre, par lequel le nombre d’actifs par habitant augmente à mesure que croît la part de la population en âge de travailler (à taux d’activité et de chômage constants) ; le second intervient via l’épargne et l’investissement. La littérature tend à montrer que dans les pays où le taux de dépendance est faible, le taux d’épargne (et, potentiellement, le taux d’investissement) est supérieur. Cela semble corroborer l’idée selon laquelle les retraités et les jeunes ont tendance à moins épargner que ceux qui travaillent.

Grâce à ce travail, nous avons estimé que le facteur démographique pourrait ressortir à 11-15 % du PIB de la région entre 2011 et 2030, la proportion variant selon les pays. La contribution possible à la réduction de la pauvreté pourrait également être substantielle : en 2007, l’Afrique affichait un taux de pauvreté d’environ 52 % (pour un seuil de pauvreté à 1,25 dollar par jour) ; d’ici 2030, ce taux pourrait tomber à un niveau situé entre 17,1 et 36,7 % (210 à 451 millions de pauvres). Dans les deux cas, le dynamisme lié à l’évolution démographique pourrait extraire de la pauvreté entre 40 à 60 millions de personnes.

L’impact pourrait être encore plus fort si le phénomène démographique s’accompagne d’investissements, dans l’éducation notamment. À niveau d’instruction constant, la hausse de la main-d’œuvre qualifiée en Afrique pourrait entraîner une augmentation du PIB allant jusqu’à 2 % en 2030. Mais si le niveau d’instruction s’améliore, alors la part de la main-d’œuvre qualifiée dans la population active pourrait doubler d’ici 2030 et ramener le taux de pauvreté en Afrique à 13 %.

Notre simulation démontre donc l’existence d’un dividende démographique potentiellement important à condition que la population en âge de travailler, en plein essor, puisse occuper des emplois lucratifs permettant de gonfler l’épargne et, ultérieurement, l’investissement. Pour cela, les gouvernements vont devoir faire preuve d’une détermination sans failles en faveur de l’éducation et du maintien de conditions économiques et politiques stables et favorables. La tâche est rude mais, s’ils y parviennent, les retombées positives seront considérables.


* Note: Ici, la région Asie de l’Est et Pacifique ne recouvre que les pays à revenu faible et intermédiaire selon la classification de la Banque mondiale. Les pays d’Asie du Sud à revenu intermédiaire sont l’Inde, le Pakistan et le Sri Lanka ; les pays d’Asie du Sud à faible revenu sont l’Afghanistan, le Bangladesh, le Bhoutan, les Maldives et le Népal.
Le taux de dépendance total correspond à la part des jeunes et des personnes âgées par rapport à la population active.
Source : calculs de l’auteur d’après les projections des Nations Unies (2012).

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