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Enquêtes auprès des ménages : les failles des mesures usuelles de la pauvreté

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On mesure traditionnellement la pauvreté et les inégalités à l’échelon des ménages, en supposant par conséquent que les ressources sont mises en commun et partagées de manière égale entre les membres d’un ménage. Ainsi, pour ses nouvelles estimations de la pauvreté dans le monde, le Groupe de la Banque mondiale a pris pour base la consommation par personne, c’est-à-dire la moyenne de la consommation des différents membres du ménage.
 
Si la consommation par personne est inférieure au nouveau seuil international de pauvreté fixé à 1,90 dollars par jour, tous les membres du ménage sont considérés comme pauvres. Si, en revanche, la consommation est supérieure à ce seuil, aucun membre du ménage n’est considéré comme pauvre. Cette mesure servira également à suivre les avancées en direction du premier des Objectifs de développement durable récemment adoptés : mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici 2030.
 

Violences domestiques et pauvreté en Afrique : quand les coups du mari ont la douceur du miel

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Selon les dernières statistiques, 51 % des Africaines considèrent que leurs maris ont raison de les battre quand elles sortent sans leur autorisation, ne s’occupent pas bien des enfants, argumentent, refusent d’avoir un rapport sexuel ou laissent brûler le repas. Voilà qui donne à réfléchir.

Certes, ce chiffre rend compte des mentalités, pas de l’incidence des violences : un tiers des Africaines environ disent avoir été victimes de violences domestiques (physiques ou sexuelles). Mais les mentalités sont probablement encore plus pernicieuses, car elles façonnent les comportements, traduisent des normes sociales vis-à-vis de la résolution des conflits, au sein mais aussi en dehors du cercle familial, et pourraient avoir des conséquences sur le développement et la réduction de la pauvreté. Les mentalités sont par ailleurs corrélées à l’incidence des violences. Si l’on veut apprécier le niveau de pauvreté et de bien-être des populations, il faut donc aborder de façon beaucoup plus systématique ce problème de l’acceptation et de l’incidence des violences conjugales.

L’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne

Deon Filmer's picture
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Voici un peu moins de deux ans, j’ai copublié avec une équipe de la Banque mondiale le rapport intitulé L’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne. Nous y traitions du décalage croissant entre les attentes de la jeunesse africaine et les réalités des marchés du travail et des mesures que les gouvernements devraient prendre pour y remédier. Sachant qu’au cours de la prochaine décennie, ce sont quelque 11 millions de jeunes Africains qui frapperont chaque année aux portes du marché du travail, les conclusions et les messages clés de ce rapport restent d’actualité.
 
Pluridimensionnel, le défi de l’emploi des jeunes ne peut être résolu en se contentant par exemple de multiplier les offres de formation (contrairement à ce que l’on entend souvent). Tout l’enjeu consiste à faire en sorte que les jeunes travailleurs (et les autres) gagnent un revenu décent, indépendamment de leur type d’activité. La jeunesse doit pouvoir s’appuyer sur des compétences solides — son capital humain — à apporter à son travail. Les agriculteurs, les entrepreneurs et les investisseurs ont besoin d’un environnement propice pour créer davantage de débouchés productifs. Les pouvoirs publics doivent s’atteler au problème de la qualité de l’enseignement de base et démanteler les obstacles à l’essor de l’agriculture, des entreprises individuelles et de l’activité manufacturière.

Être veuve en Afrique : le lien entre situation matrimoniale et pauvreté

Dominique van de Walle's picture
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Avant l’introduction de systèmes de pension et d’allocations de veuvage à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle dans les économies occidentales, les veuves faisaient généralement partie des catégories les plus pauvres et les plus vulnérables. De nos jours, on pourrait s’attendre à une situation analogue dans les pays en développement où les filets de protection sociale et les mécanismes d’assurance sont encore insuffisants, et où il existe toujours de fortes inégalités entre hommes et femmes en ce qui concerne les droits fondamentaux, le développement humain et l’accès aux actifs et à l’emploi. Pourtant, même si le veuvage a probablement d’importantes répercussions sur la vie des femmes en Afrique, force est de constater que l’on en sait peu, à ce jour, sur les conditions de vie des veuves sur ce continent.

Ce déficit d’informations tient en partie au fait que, le plus souvent, on prend comme unité d’observation le ménage pour mesurer la pauvreté et la vulnérabilité. Or, les sources de données standard ne renseignent pas spécifiquement sur la situation des personnes potentiellement défavorisées, telles que les veuves remariées, les veuves jeunes ou âgées et leurs enfants. Nous avons donc décidé d’explorer ces aspects dans une contribution destinée au dernier rapport en date du Groupe de la Banque mondiale sur la pauvreté en Afrique, Poverty in a Rising Africa, en nous appuyant sur les enquêtes démographiques et de santé (DHS) (a) réalisées sur le continent. Les résultats que nous avons obtenus sont édifiants.

En Afrique, la pauvreté recule plus rapidement dans les ménages dirigés par une femme

Dominique van de Walle's picture
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Depuis la fin des années 1990, les niveaux de vie ont augmenté et la pauvreté a considérablement diminué en Afrique subsaharienne. Mais toutes les catégories de population en bénéficient-elles ? Qu’en est-il en particulier des nombreux ménages dont le chef de famille est une femme, et que l’on considère souvent comme plus pauvres que les autres ? Ont-ils été laissés-pour-compte ?

En Afrique, près d’un ménage sur quatre est dirigé par une femme. Bien sûr, cette proportion varie d’un pays à l’autre : elle est nettement supérieure en Afrique australe, tandis que l’Afrique de l’Ouest affiche la part la plus faible. On observe cependant dans tous les pays une progression du nombre de ménages dont le chef de famille est une femme. Les données montrent clairement que la probabilité qu’une femme de 15 ans ou plus soit chef de famille s’accroît dans toutes les sous-régions, quel que soit l’âge de la femme qui dirige le ménage (graphique).

L’Europe face à la crise des réfugiés : ce que l’Afrique subsaharienne peut nous enseigner

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Les milliers de personnes ayant frappé aux portes de l’Europe en 2015 ont suscité une attention médiatique considérable. Si l’on ne peut que se féliciter de cet intérêt, que dire du silence relatif entourant les millions de réfugiés arrivant dans les pays en développement ?

Les pays en développement accueillent en effet 85 % environ du flux total de réfugiés dans le monde. En Afrique subsaharienne, le nombre de réfugiés originaires de cette région s’approche du nombre de réfugiés venus d’ailleurs, signe que la plupart des réfugiés subsahariens restent dans des pays de la région (figure 1).

De toute évidence, les difficultés logistiques, institutionnelles et socioéconomiques sont encore plus exacerbés dans les pays en développement. Dans un nouveau document de travail élaboré pour le rapport Poverty in a Rising Africa, nous tirons un certain nombre d’enseignements de la littérature récente, en nous attachant principalement à la situation du Kenya, de l’Ouganda et de la Tanzanie.

Qui financera les enquêtes sur la pauvreté dans les « pays Volkswagen »?

Johannes Hoogeveen's picture
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Il ne devait pas faire bon être statisticien chez Volkswagen... En tout cas, c’est une profession qui ne devait pas être du goût de l’ancien PDG du constructeur automobile, Martin Winterkorn.  
 
Des données publiées par des chercheurs indépendants sont venues montrer que les voitures construites par Volkswagen étaient tout sauf les « diesels propres » qui avaient été vantées. Ces voitures se sont révélées en réalité particulièrement polluantes, émettant jusqu’à 40 fois les niveaux d’oxyde d’azote autorisés. Ce sont des statistiques qui ont permis de révéler le pot aux roses. L’ancien PDG, autrefois puissant, est aujourd’hui en disgrâce et pourrait même passer par la case prison.

 Les pays ne sont pas des entreprises et l’on ne peut comparer le dirigeant d’un pays à un dirigeant d’entreprise. Il y a pourtant parfois chez les représentants du peuple une forme de recherche de l’avantage personnel que l’on imagine plus volontiers trouver chez ceux qui sont à la tête de sociétés mues par la recherche du profit maximum. Les pays gouvernés par des dirigeants intéressés et à l’affût du profit — appelons-les les « pays Volkswagen » — ont tout intérêt à ce que leurs systèmes statistiques soient sous-financés et peu dotés en capacités de fonctionnement. Les déclarations mensongères vantant de prétendus bons résultats nationaux ne pourront ainsi être démenties.  

Créer des emplois de qualité pour les générations futures d’Ivoiriens

Jacques Morisset's picture
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La majorité de la population ivoirienne travaille, mais peine à trouver des emplois à des salaires convenables sur le long terme. Les Ivoiriens gagnent en moyenne 120 000 francs CFA, soit 200 dollars par mois, revenu inférieur à la moyenne du continent africain.


Firmin enchaîne les petits boulots. Vendeur de rue, menuisier, jardinier. Voilà deux ans qu'il est arrivé à Abidjan en provenance de son village natal avec l'aspiration d’intégrer l'École nationale de police d’Abidjan. Comme lui, des centaines de milliers de jeunes ivoiriens arrivent  chaque année sur le marché du travail. La Côte d’Ivoire compte aujourd'hui 14 millions de travailleurs et en aura 22 millions d’ici 10 ans. Il faudra leur offrir un emploi stable et un revenu décent. 

L’Afrique est en plein essor ! Mais le sort des Africains s’est-il amélioré ?

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Cette brève synthèse du rapport Poverty in a Rising Africa sert d’introduction à une série de billets qui reviennent sur les conclusions du rapport en détail. Le prochain billet, qui sera publié le lundi 21 décembre, analysera plus en profondeur les défis que pose l’amélioration des données relatives à la pauvreté en Afrique.

L’essor de l’Afrique, d’Accra à Addis-Abeba en passant par Luanda, est indiscutable. Centres commerciaux, gratte-ciels, et classe moyenne urbaine sont désormais monnaie courante dans les villes africaines, après deux décennies de croissance économique sans précédent. Ce sont des formules comme « Africa can » ou « le siècle africain » qui servent aujourd’hui à caractériser cette région du monde.  
Pourtant, une question reste sans réponse : dans quelle mesure la vie des Africains s’est-elle améliorée ? Comme nous l’a répété à l’envi un chauffeur de taxi à Accra : « la croissance, ça ne se mange pas ! ». Et, hélas, nous ne disposons guère de données systématiques sur ce sujet qui pourraient éclairer notre chauffeur de taxi.  

Comprendre les marchés fonciers urbains en Afrique de l’Ouest

Alain Durand-Lasserve's picture
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Les difficultés d’accès à la terre et la multiplication des conflits fonciers sont devenues des préoccupations majeures pour les habitants des villes d’Afrique de l’Ouest. Bien que la volonté politique de s’attaquer aux problèmes fonciers soit de plus en plus affirmée au plus haut niveau, les décideurs publics ne savent cependant pas toujours très bien par où l’action publique doit commencer tant la question des marchés fonciers est à la fois complexe et épineuse. 

La première étape est tout simplement de chercher à comprendre le fonctionnement des marchés fonciers dans ces villes qui sont caractérisées par le pluralisme des droits fonciers.  Les études existantes se limitent cependant le plus souvent au seul marché foncier formel dont le développement et la généralisation sont présentés comme le seul moyen d’assurer la sécurité de la tenure foncière. Or, réduire ainsi l’étude des marchés fonciers ne permet pas de comprendre pourquoi 60 à 80% des habitants des ville vivent dans des quartiers informels où la sécurité de la tenure n’est pas garantie, ni de répondre aux problèmes auxquels sont confrontées les villes de la région : une croissance spatiale incontrôlée, une grande insécurité foncière pour les exploitants agricoles dans les zones périurbaines et l’hinterland rural où dominent encore largement les régimes fonciers coutumiers, l’épuisement des réserves foncières de l’Etat—qui avaient contribué à l’offre de terrains au cours des dernières décennies de croissance urbaine—et l’aggravation des conflits fonciers—source de déstabilisation politique.

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