Syndicate content

La recherche au service de la lutte contre la pauvreté en Afrique

Kathleen Beegle's picture
Cette page en : English
 

Une petite fille joue avec un pneu de bicyclette dans le bidonville de Korogocho,à Nairobi au Kenya @Fondation Gates

Bien que l’Afrique subsaharienne connaisse une croissance économique soutenue depuis près de deux décennies, l’extrême pauvreté continue d’y sévir : environ un Africain sur deux (49 % selon nos estimations les plus fiables) vivait avec moins de 1,25 dollar par jour en 2010 (aux prix de 2005). Certes, c’est neuf points de moins qu’en 1999 mais, en dépit de ce recul exceptionnel, le sentiment général est celui de progrès bien trop lents. Si l’essor de l’Afrique est réel, avec des taux de croissance du PIB de plus de 6 % entre 2003 et 2013 (en exceptant l’Afrique du Sud, plus riche et moins dynamique que les autres pays de la région), le niveau de vie des populations les plus démunies ne croît pas aussi vite que le PIB…

Les projections indiquent qu’entre un quart et un tiers de la population africaine vivra dans la pauvreté en 2030 (selon le seuil de 1,25 dollar par jour), et que l’Afrique subsaharienne abritera les deux tiers du nombre total de pauvres dans le monde. Alors que la Banque mondiale s’est engagée à accélérer le rythme de la réduction de la pauvreté, nous n’ignorons pas que cet objectif passera nécessairement par une compréhension plus fine des défis auxquels le continent est confronté : quels sont les obstacles et les écueils qui enferment une partie des habitants du continent dans la pauvreté ? Et quelles politiques mettre en œuvre pour aider les populations à s’en libérer ?

C’est pour répondre à ces questions que la Maison de la recherche, à Paris, a accueilli ces lundi et mardi quelque 120 chercheurs, étudiants et décideurs publics. Cette conférence, dont le thème est « Exploiter la croissance de l’Afrique pour accélérer la réduction de la pauvreté », est co-organisée par l’École d’économie de Paris et le Bureau de l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Afrique. Il s’agit de la première édition d’une nouvelle série de conférences annuelles de la Banque mondiale consacrées à l’Afrique (Annual Bank Conference on Africa ou « ABCA ») et organisées en partenariat avec un grand établissement de recherche.

Cet événement a pour objectif d’exposer les travaux les plus récents dans le domaine de la mesure et de l’analyse de la pauvreté dans cette région du monde. Bénéficiant de la présence de personnalités de premier plan, il comprend également des sessions parallèles autour de 47 documents de recherche sélectionnés parmi plus de 300 propositions. Les intervenants sont issus de diverses institutions africaines et universités d'Europe et d’Amérique du Nord, de même que de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.

La conférence aborde une grande variété de sujets, des enjeux que pose l’amélioration des données utilisées pour mesurer la pauvreté (dont les séries chronologiques macroéconomiques) à l’usage de la technologie pour améliorer la responsabilisation de l’État dans la prestation des services publics. La question de la productivité dans l’agriculture occupera une place importante dans les discussions, sachant que ce secteur demeure le premier employeur des pauvres en Afrique. D’autres sessions s’intéressent aux conséquences des conflits sur la pauvreté, aux liens entre inégalités de revenus et polarisation politique et, naturellement, à l’importance de la gestion des risques face à divers types de chocs. Le programme de la conférence est disponible ici.

Le vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Makhtar Diop, et l’économiste en chef du ministère du Développement international du Royaume-Uni (DFID), Stefan Dercon, ont ouvert la conférence lundi matin, avant la tenue d’un débat réunissant d’éminents universitaires. Une équipe de la Banque mondiale qui travaille actuellement à un rapport phare sur la pauvreté est également présente à Paris afin de soumettre aux réactions des autres participants les grandes lignes et les résultats préliminaires de ses travaux ; pour nos chercheurs, la conférence sera aussi l’occasion de se nourrir de discussions et exposés riches et variés. Un certain nombre d’intervenants et de personnalités invitées ont par ailleurs accepté d’écrire pour ce blog. Alors surveillez nos billets, et rendez-vous dans un an pour la prochaine conférence ABCA : d’après les bruits de couloir, l’édition 2015 se tiendrait à l’Université de Californie (Berkeley) et serait consacrée à l’économie des conflits en Afrique.

Poursuivez la conversation sur Twitter : #AfricaCan #endpoverty

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires