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Quelle est la première chose à faire pour bâtir des systèmes alimentaires « climato-intelligents » en Afrique ?

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J’étais récemment au Kenya où j’ai rencontré des agriculteurs expérimentés. Ils m’ont fait visiter leur exploitation et m’ont parlé des problèmes auxquels ils devaient faire face depuis quelques années, une météo imprévisible ayant eu des effets dévastateurs sur leurs récoltes.

Quand, aux quatre coins de l’Afrique, on rencontre des agriculteurs et que l’on visite leurs exploitations, l’impact du changement climatique est manifeste. La modification du climat s’est traduite par une diminution des récoltes, la baisse des revenus et la précarisation des paysans. Et les agriculteurs ne sont pas les seuls touchés. Du fait de la contraction de l’offre alimentaire sur le marché, nombreux sont ceux qui ne peuvent se procurer suffisamment de produits pour se nourrir. La situation de crise causée par El Niño et les épisodes de sécheresse en Inde, au Malawi et en Éthiopie ont mis en lumière la grande vulnérabilité des pays en développement face aux chocs climatiques des systèmes alimentaires. Les titres de la presse de ces pays ont attiré l’attention et suscité des actions au niveau mondial.

Bien que le Sahel ne soit pas gravement touché par les conséquences du phénomène El Niño, la région n’est pas à l’abri des effets du changement climatique. Ainsi, au Niger, la sécheresse frappe une fois tous les trois ans en moyenne, ce qui a contraint les agriculteurs du pays a évolué en permanence sur un mode de réaction aux crises. L’imprévisibilité croissante des conditions météorologiques accroît incontestablement la vulnérabilité des agriculteurs à la faim, à la pauvreté et aux baisses de revenus. Il faut agir d’urgence pour renforcer la résilience des agriculteurs et des systèmes alimentaires, et leur permettre ainsi de mieux s’adapter à l’évolution du climat.

Des mesures qui vont dans le bon sens ont été prises au Niger. Plus tôt cette année, la Banque mondiale a approuvé un nouveau financement de 111 millions de dollars pour doper la productivité du secteur agricole du pays et le rendre plus résilient aux risques climatiques. Le Projet d’appui à l’agriculture climato-intelligente au Niger est la première opération de la Banque en Afrique expressément conçue pour promouvoir un développement du secteur agricole qui s’inscrive dans la lutte contre le changement climatique, c’est-à-dire en favorisant à la fois la hausse de la productivité, le renforcement de l’adaptation et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce projet s’aligne par ailleurs sur le programme « Les Nigériens nourrissent les Nigériens » (« 3 N »), une initiative des autorités nationales.

Nous espérons que ces actions menées au Niger ouvriront la voie à d’autres initiatives du même ordre en Afrique. Les perspectives sont bonnes. Les pouvoirs publics s’engagent de plus en plus sur la voie d’une agriculture climato-intelligente, et s’emploient à mettre en place des incitations, des environnements porteurs et des politiques qui y contribuent. Le Business plan pour le climat en Afrique fournit une bonne feuille de route. Mais par où faut-il commencer ?

Notre expérience au Niger nous a montré que l’évaluation des risques est une étape importante de la mise en place de systèmes alimentaires adaptés aux enjeux du changement climatique.

À vrai dire, pour résoudre un problème, il faut d’abord le comprendre. Trouver des solutions appropriées et adopter des mesures de renforcement de la résilience commencent donc par un diagnostic des causes profondes de l’exposition au risque.

Ainsi, s’agissant du Niger, un rapport de la Banque mondiale (a) avait mis en évidence en 2012 la fréquence des risques pesant sur l’agriculture (surtout la sécheresse) ainsi que leurs conséquences néfastes sur les moyens de subsistance en zone rurale, les ménages pauvres, le PIB et l’économie en général. Ce travail d’évaluation a été à l’origine d’un changement d’approche : plutôt que de se contenter de réagir aux crises, il fallait prendre les devants pour renforcer la résilience. Il a ainsi aidé le gouvernement nigérien, sous l’égide du Haut-Commissariat à l’initiative 3N, à élaborer un plan décennal d’action pour la gestion des risques agricoles (PAGRA), qui définit des mesures prioritaires à court et moyen termes pour renforcer la résilience du système alimentaire au Niger.

Au-delà du Niger, les évaluations des risques se sont avérées être un bon point de départ pour rechercher un consensus et nourrir le dialogue avec les pays autour de la nécessité de gérer le risque à court terme et de renforcer la résilience à moyen terme.

La Banque mondiale a conduit 15 évaluations des risques du secteur agricole pour différents pays, dont le Kenya, le Malawi et le Rwanda. Ces évaluations ont fourni des éléments aidant les pouvoirs publics à intégrer systématiquement la résilience dans les systèmes agricoles et alimentaires, et ont ouvert la voie à des initiatives aux effets transformateurs, telles que le projet cité au Niger, tandis que d’autres opérations sont déjà en cours de préparation.

Renforcer la résilience n’est pas une tâche facile : ce travail suppose une mobilisation, un engagement et une action concertée s’inscrivant dans la durée, et il passe aussi par une analyse approfondie des risques. Mais il en va de la mise en place d’un système alimentaire plus résistant aux chocs climatiques, et cet enjeu en vaut la peine.

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