Syndicate content

Le Bénin est sous l’eau

Daniel Sellen's picture

 

In English: http://blogs.worldbank.org/africacan/benin-under-water

J'ai relaté précédemment mon expérience des inondations survenues au Niger et à Abidjan mais c’est incomparable avec ce que j’ai eu à voir au Bénin il y a quelques jours.

La moitié du pays est sous l'eau et il ne cesse de pleuvoir.

Cela a commencé par une demande d’aide du président béninois pour que nous aidions le pays à faire face aux inondations. J’ai été envoyé sur place afin d’évaluer l’ampleur du problème, d’identifier les mesures déjà prises par le gouvernement et les bailleurs de fonds et de formuler des recommandations sur les interventions de la Banque.

 

Après avoir réservé mon billet d’avion, j’ai effectué une recherche sur Google qui ne m’a guère permis d’en apprendre davantage, y compris sur le site de l’OCHA, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies. Je ne m’attendais donc pas à rencontrer le même type de dégâts dont j’avais été témoin dans d’autres parties de la région au cours des deux derniers mois. Si le problème avait été de grande ampleur, la presse internationale ne l’aurait-elle pas su ? Ou alors les médias étaient-ils peut-être au courant mais n’en parlaient pas, lassés d’Haïti et du Pakistan, ou soucieux de ne pas gâcher l’euphorie provoquée par le sauvetage des mineurs.

Je me suis donc rendu à Cotonou, la capitale du pays. La ville est construite sur une bande étroite formée de dunes de sable entre l'océan Atlantique et une vaste lagune. Après avoir rencontré les ministres de l’Intérieur et de la Décentralisation, nous avons parcouru les zones inondées de Cotonou en canoë. Je ne connais pas Venise, et cette sensation étrange de descendre une rue en bateau était inédite pour moi. L’eau était épaisse, noire et menaçante, un cocktail saumâtre de déchets flottants mêlés aux rejets d’innombrables latrines (la ville de Cotonou n’est pas dotée d’un système de traitement des eaux usées). J’imaginais déjà comment les maladies hydriques allaient se propager dans ce bouillon putride. De fait, 800 cas de choléra ont déjà été recensés et le bilan devrait s'alourdir.

Malgré le niveau de l'eau, les habitants semblaient être restés en majorité dans leur maison et nombre d'entre eux sont sortis pour nous regarder passer dans notre embarcation. Certains dormaient dans des bateaux. D’autres familles s’étaient réfugiées dans des écoles, obligeant les élèves qui venaient de commencer l’année scolaire deux semaines auparavant à en partir.

Puis nous avons embarqué dans un hélicoptère de l’armée, et c’est là que l’ampleur du problème nous est pleinement apparue. En survolant le tiers sud du pays, nous avons réalisé instantanément que plus de la moitié du Bénin était inondée. À quelques semaines des récoltes, les inondations n’auraient pas pu frapper à un pire moment pour la production agricole. Le bassin de l’Ouémé a été le plus touché et c’est à peine si nous arrivions à discerner le lit du fleuve. Il n’y avait plus aucune route visible. Beaucoup de familles s’étaient installées dans les combles ou sur le toit de leur maison, et arraché un morceau de tôle pour accéder au grenier.

Certains nous appelaient à l'aide et au secours en faisant de grands signes de la main, et je repensais aux images tragiques des inondations à la Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan Katrina. La situation devenait désespérante après trois semaines dans l’eau sans aucune aide extérieure.

Le système onusien est à présent en marche, même si l’aide humanitaire n’a pas encore atteint la population. En une petite semaine, la gravité de la situation au Bénin, qui était jusqu’alors passée inaperçue, a finalement été prise en considération, et le pays est considéré comme le pays d’Afrique occidentale le plus durement affecté par les inondations.

Et notre rôle dans tout ça ? Pour un employé de la Banque mondiale, se rendre sur les lieux d'une catastrophe vous met dans une situation inconfortable.

D’un ton plein de sous-entendus, un membre d’une ONG m’a demandé ce que la Banque mondiale allait mettre sur la table en termes d'aide humanitaire. Au cours d’une interview, un journaliste m’a demandé ce que nous avions l’intention de faire pour aider les sinistrés. Une femme, avec de l'eau jusqu'aux genoux, m'a hurlé dessus dans une langue locale que je ne comprenais pas mais elle criait vraisemblablement sa colère contre l’absence de secours.

Je n’avais pas de réponse satisfaisante à leur fournir. Nous ne sommes pas une organisation humanitaire et nous ne devons pas essayer de l'être. Nous ne sommes pas en mesure d'offrir des solutions d’urgence, des denrées alimentaires, des abris ou des soins médicaux, aussi important cela soit-il.

Mais il y a plein de choses que nous pouvons et devons faire pour la phase de redressement. Nous pouvons donner au gouvernement une marge de manœuvre budgétaire grâce à une opération accélérée d’appui au budget. Par le biais du Mécanisme mondial de prévention des catastrophes et de reconstruction (GFDRR), nous pouvons effectuer une évaluation des besoins afin de déterminer les domaines où la Banque mondiale et les autres bailleurs de fonds devraient concentrer leurs efforts à moyen terme. Nous pouvons aider à mettre en place un système d’alerte précoce, à l'instar de ce que nous faisons déjà au Togo avec le GFDRR. Nous disposons d’un nouveau projet d’environnement urbain destiné à répondre aux problèmes de gestion des eaux usées et des déchets solides. Nous préparons par ailleurs une opération dans le secteur agricole qui peut bénéficier de financements d'urgence de la part du Programme d’intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP). Nous pouvoir aussi revoir les cibles des sous-projets mis en œuvre dans le cadre de nos projets de développement communautaire et d’éducation (écoles, zones moins inondables).
 
Nous sommes en mesure de faire tout cela. Et tout cela aidera à atténuer les souffrances lors des prochaines inondations. En attendant, nous devons espérer que la pluie cesse, que le niveau d'eau baisse et que les victimes de ces inondations parviennent à survivre.

Voici quelques photos rapportées de mon voyage :
 

 

 

 

 

 

 

Comments

Submitted by Christian JEKINNOU on
Merci d'avoir pris la peine de relater ce que vous avez vu... Vous avez fait votre boulot... Espérons que d'autre feront le leur.

Submitted by Benjamin E. WALKER on
Je trouve ce texte très intéressant et il nous permet même si on n'y a pas été de voir la réalité, d'imaginer la désolation après de tels catastrophes naturelles. Des questions me viennent à l'esprit pour ces populations. De quoi étaient constitués le quotidien de ce gens ? De quoi sera t'il constitué maintenant qu'il y'a eu cette inondation ? Leur gouvernement est il capable dans ces conditions de leurs assurer le droit à une vie descente ? Cette catastrophe n'a t'elle pas enlevée aux uns et aux autres tout simplement l'espoir d'une vie meilleure ? Il est essentiel que les organisations pour lesquelles nous travaillons tous qu'elles soient humanitaire ou de développement apportent le plus qu'elles peuvent pour ces gens, pour les victimes de ces catastrophes aussi bien naturelles que celles causées par l'homme. Merci pour ce partage.

Submitted by Yacouba DIE on
Votre texte est très évocateur de la gravité de la situation de catastrophe qui prévaut au Bénin après ces pluies diluviennes. Elle me capelle une situation similaire que le Burkina Faso a vécu il y a un an. La situation du Bénin demande une mobilisation de la communauté international pour donner non seulement, une réponse durable à travers une évaluation conséquente des impacts de la catastrophe et des besoins de relèvement, mais aussi et surtout une réponse efficace aux exigences humanitaires qui se pose. Cependant, tout le monde doit avoir à l'esprit que l’efficacité des réponses aux catastrophes doit s’inscrire dans la politique et programme de lutte contre la pauvreté.

Submitted by anselme on
vraiment moi je suis du pays mais de telles images je ne m'y attendais pas.. vraiment le pays est plongé dans un desatre naturel qui sans doute en a fait de victme pour qui je prirai..et vraiment mon gouvernement je ne le vois pas seul entrain de vouloir aider ses population inondées qui ne peuvent meme plus vivre de leurs espaces qui leurs permettaient de tenir pendant des mois , ses terres detruites vraiment venez nous en aide ceux qui peuvent.. et il faudrait un suivi strict de l'aide venant de partout afin que les beneficiaires puissent jouir de ses biens....;

Submitted by Damas on
On est certes en face d'une catastrophe naturelle, mais ne dit-on pas que "gouverner c'est prévoir"? Les dirigeants africains ne se soucient pas des conditions de vie de leurs populations. Après 50 ans d'indépendance, certaines villes africaines ne disposent pas d'un minimum d'infrastructures (canaux d'évacuation, système de traitement des eaux usées, etc). Au lieu de chercher à combler ces lacunes, nos politiciens s'adonnent à des conflits d'intérêts égoistes, provoqués et entreténus par l'occident qui profite de la situation... Mon Afrique a encore du chemin à parcourir pour parvénir à un développement!

Submitted by Cassius Jean on
Votre résumé de ce que vous avez vu et vécu au Bénin est, à plus d'un titre, anecdotique de la misère des peuples africains et de l'incapacité, sinon de l'incurie des dirigeants africains. Je suis scandalisé par l'inaction de nos dirigeants qui tout au moins pourraient, face à cette situation, prendre à bras le corps la situation en informant ou du moins alertant l'opinion publique internationale de ce drame humain en cours au Bénin. Ont-ils peur de se voir reprocher leur incapacité, leur incompétence, leur manque de dynamisme, leur manque de clairvoyance? Je doute fort qu’ils aient apprivoisé le sens de l'expression "gouverner c'est prévoir". Ils airaient dû prévoir de tels catastrophes naturelles en évitant les érections de nouvelles bâtisses à Cotonou qui, comme on le sait tous, est en dessous du niveau de la mer. Ils auraient pu demander et faire financer un système efficace de drainage des eaux usées afin de nous épargner cette honte internationale. Dire que nous sommes en train de sortir de l'ornière en nous abasourdissant avec des données chiffrées qui n'existent pas, alors que le minimum qu'il faut pour l'aisance de la population n'y ait pas, c'est un "crime odieux de lèse démocratie". Somme toute je vous remercie de prendre à cœur la souffrance de ce peuple et de faire tout ce qui est en votre pouvoir au niveau de la Banque pour l'assainissement de Cotonou et environs et surtout le monde agricole. SOBICAS

Submitted by Spartel on
Excellent texte sur la situation béninoise que peu de journaux relatent avec sérieux. Certes, ces inondations révèlent que dans une certaine mesure le bon sens populaire des populations est optimale comparé aux politiques urbaines générées par quelques technocrates locaux ou internationaux ; nous en avons pour preuve les villages lacustres du Bénin. À Dénigrer le savoir-faire local, nous tombons dans la pire des situations Maintenant que faire ? J'apprends que la ville de Cotonou ne bénéficie pas d'un système d'adduction d'eau et d'égouts. Cette information est sidérante, 50 ans après les indépendances. Mais que fait la BM ?

Submitted by kangnikoé Adama on
Voilà un peu les vraie sproblèmes que nous avons en Afrique. Au lieu de courir pour le pouvoir, je trouve qu´il serait mieux de nous attaquer aux vrais problèmes de nos populations, nos pauvres. Tous les chiffers sont en milliards mais jamais une politique adéquate digne du nom. je pense ici même que seul le bénin ne peux pallier ce problème et qu´il faillöe trouver de l´aide extérieure. Vraiement je suis couereé par ces images vues sur l´internet avec un titre aussi humiliant que mendiant. beaucoup de courage à tous....

Submitted by Anonymous on
la capital du bénin est porto novo ! honte a vous

Add new comment