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Madagascar - Résumé de la note économique: Mars/Avril 2010

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Incertitude reste le maître mot  pour décrire où en est l’économie malgache aujourd’hui.

Globalement, les activités du secteur privé ont rebondi après l’effondrement qui avait été constaté lors des événements politiques du premier trimestre 2009 (manifestations, pillages, etc.). Toutefois, ce regain reste timide car les niveaux d’activités sont bien au-dessous de ceux observés avant la crise, comme l’indique le comportement de la consommation d’énergie, des exportations, et du crédit bancaire. Surtout, il est inégal tant à travers les secteurs que les régions.

Les zones urbaines sont plus touchées, ainsi que les secteurs tournés vers les marchés extérieurs (tourisme, textile) et ceux associés au financement public comme la construction. Les secteurs épargnés sont l’agriculture en raison de bonnes conditions climatiques, le secteur de l’alimentation car la demande pour ces produits est fortement inélastique et le commerce informel qui sert de « soupape de sécurité » pour ceux qui perdent leur emplois dans les secteurs formels.

Depuis le début de la crise, la politique budgétaire n’a pas toujours été stable, avec des engagements des dépenses plus prononcés en juillet 2009 et, surtout, pendant le dernier trimestre 2009. Lors de ce dernier épisode, les dépenses engagées ont largement dépassés le niveau des revenus domestiques, créant un écart de financement proche de 250 millions de dollars.

Pendant les trois premiers mois de l’année 2010, le Gouvernement a rencontré des difficultés à financer ces dépenses car le marché domestique des obligations n’a pas répondu entièrement aux offres successives et cela malgré une hausse de trois points des taux d’intérêts. Le recours à la Banque centrale est resté périlleux car il est immédiatement interprété comme inflationniste par les opérateurs financiers. Comme résultat, le Gouvernement est depuis revenu à une politique d’austérité en engageant que 11 % des dépenses entre janvier et mars 2010, payant les salaires des fonctionnaires et le service de la dette, mais en stoppant quasiment toutes les autres dépenses. Cela n’a pas empêché des retards de paiements qui étaient encore approximativement égaux à 20 millions de dollars à la fin mars, soit largement au-dessus des standards historiques.

Le comportement des marchés financiers a été volatile depuis le début de l’année 2010, reflétant les variations de la politique budgétaire, certaines interventions sur le marché des changes et les fluctuations sur les marchés internationaux. Après s’être déprécié jusqu’à mi février, le taux de change s’est légèrement apprécié tant par rapport à l’Euro qu’au dollar. Les taux d’intérêts domestiques ont augmenté suite à l’accroissement de la demande par le secteur public sur le marché obligataire (mais avec de fortes variations). En revanche, la politique monétaire a continué à être prudente avec une réduction de 3% de la masse monétaire.  Le taux d’inflation reste maitrisé à 7,7% sur une base annuelle.

Le climat généralisé d’incertitude ne doit pas surprendre au vue du manque de visibilité sur la sortie de la crise politique à Madagascar. Le Gouvernement peut néanmoins agir sur trois fronts pour chercher à rassurer les opérateurs économiques dans le court terme. Premièrement, il peut mieux jouer son rôle de pourvoyeur et convoyeur d’information économique –non seulement en la collectant mais aussi en la disséminant au public. Deuxièmement, il peut confirmer sa volonté de maintenir une politique budgétaire prudente (ce qui ne signifie pas inactive car il y a de la marge pour améliorer son efficience tant du côté des recettes que des dépenses). Enfin, il peut clarifier les règles du jeu par le respect de la légalité et de ses engagements contractuels ainsi que par une plus grande transparence dans ses décisions économiques qui semblent plus répondre à des intérêts particuliers qu’à la prise en compte du bien être national (barrières à l’ entrée, interventions sur les prix, manipulations du taux de change, avantages fiscaux, etc.) dans des secteurs stratégiques tels que la distribution alimentaires, l’ agro-business, le transport, le pétrole et la communication.

Comments

Submitted by Gerard CARMONA on
Bonjour; J'ai bien lu votre note concernant la situation économique de Madgascar. Ce pays pourra s'en sortir si un jour les politiques en premier deviennent honnêtes et combattent la corruption. En deuxième ceux sont des grosses sociétés qui ne laissent rien au pays via des bureaux d'importation installés dans les paradis fiscaux qui achètent à prix coutant à l'outil de production malgahe. Ces grosses sociétés se font bien aidés par les institutions comme la banque mondiale mais en réalité c'est dans le souci de faire un maximum d'argent sans trop de soucier de l'avenir même de Madagascar, ceux qui les intéressent en premier c'est l main d'oeuvre très peu couteuse: 40 euros par mois. La banque Mondiale ferait mieux d'aider des petites structures avec des propriétaires qui veulent vivre et faire évoluer Madagascar. Madagascar a de nombreux atouts mais il faut que les mentalités des politiques et des gros acteurs économiques changent. Cordialement; Gérard CARMONA 0033297428906

Submitted by Elfi Littmann on
Bravo Monsieur Carmona - je suis entièrement d'accord avec vous. Nous sommes une de ces PMEs dont vous parlez - avec uniquement 3 à 4 employés, mais je m'entends comme un "entrepreneur avec engagement social", et je pense que des pays comme Madagascar auraient besoin de beaucoup plus de ce genre de compagnies: Nous nous engageons pour la sensibilisation de la population pour la protection de l'environnement, pour la vie communautaire et le dévéloppement de la ville et de la région. L'année passée qui était une année plus que blanche pour nous - comme pour beaucoup de compagnies, dont beaucoup sont en veilleuse actuellement, si elles n'ont pas dû fermer complètement - j'ai payé les salaires de mes employés à partir de mes réserves privées pendant plusieurs mois. Juste au moment où on pense arriver au "break-even" et à commencer à recupérer ses investissements, il y a la prochaine crise. On comprend pourquoi les Malagasy ne pensent qu'au lendemain et ne veulent pas s'aventurer dans des affaires formelles. Madagascar - comme le Congo, le Cameroune et la Guinée - est un des pays les plus gâtés par la nature et devrait être capable de vivre en pleine autonomie et ne pas avoir besoin d'aides extérieures. Pourtant - comme l'a dit de Gaulle - elle est et restera (probablement à toujours) un pays des potentialités. Les matières premières, les pierres précieuses, le pétrole et l'uranium sont plutôt un juron qu'un avantage, car ce n'est qu'une couche extrèmement mince (et gourmande) qui en profite. La corruption ne fait qu'empirer la situation - c'est un des plus grands fléaux de ces pays, aussi bien qu'une jalousie maniaque: tant que qn avance par son travail et son courage, son voisin le détruit, car lui-même est trop paresseux ou pas capable de faire pareil.

Submitted by GUICHARD on
Comme indiqué par M. CARMONA, et le commentaire anonyme qui s'en suit, il est vraiment dommage que ce pays avec d'énorme potentiel économique en reste à ce point et que personne parmi ces dirigeants jusqu'à présent n'ont trouvé la voix de sorti du tunnel dans lequel un certain dirigeant l'a dirigé pendant près de 30 ans de pouvoir, sans parler d'une folie incroyable de certains autres. Aujourd'hui, je ne vois pas plusieurs solutions pour sortir ce pays de l'enfer économique dans lequel il ce trouve. Si ce n'est par les ces quelques idées ci dessous: 1- Les Malagasy et plus particulièrement les cultivateurs et éleveurs doivent impérativement se remettre au travail et y croire. Seul façon pour éviter une pénurie d'alimentation, qui engendrera des violences inégalés dans ce pays . Ce phénomène commence à être perceptible. (plus particulièrement dans les provinces). 2- Tous les acteurs économiques (TPE, PME) acceptent les règles du jeux et contribuent de façon honnête au financement de l'Etat. 3- Tous les diplomés Malgache formés à l'extérieur et à l'intérieur mettent ENFIN leur savoir faire au profit de leur pays, plus particulièrement les techniciens et ingenieurs. Pour cela si les structures n'existent pas, il faut les créer à titre privée. Fournir des iniatives, il y a énormément de besoin et de possibilité. Afin de créer un engouement qui obligerai le pouvoir public à suivre et soutenir une vague qui avance dans le bon sens. 4- Que chaque individu qui accède à un poste à responsabilité au sein du pouvoir public les assument , et ce à tous les niveaux. Sans pensée seulement à remplir sa poche personnelle. Le fait d'accépter un poste implique un certain sens de la responsabilité. 5- Les gouvernements successif, quelque soit sa couleur politique, doivent recruter des compétences et non seulement des connaîssances. 6- que le gouvernement fasse un gros effort sur la structure et infrastructure du pays pour faciliter la communication, la circulation, la fourniture de l'énergie et de l'eau potable, indispensable pour un développement de l'économie. Moderniser l'administration, former encore une fois des compétences dans ce domaine. Rechercher, pour cela il doit rechercher, attirer, demander toutes les aides internationaux qui existent, (USA, CEE, CHINE, JAPON). Si tous les compatriotes qui sont encore en mesure de le faire ne se reveillent pas maintenant, nous laisserons notre paradis entre les mains des mafia financières, les spéculations des multinationaux , ou alors nous seront toujours les oubliés de la mondialisations... Nous devons tous à notre niveau, agir pour changer notre façon de pensée qui aujourd'hui n'est plus basée que sur la jalousie, l'égoïsme, et la violence. Faisons évolué notre culture! qui a déjà bien changé d'ailleur mais dans le mauvais sens. Unissons nous. Louis GUICHARD 33 4 91 02 94 45

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