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Comment parvenir à la viabilité financière sans compromettre la qualité de l’enseignement supérieur ?

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La crise économique mondiale et le printemps arabe imposent de nouveaux défis à la plupart des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Les jeunes de la région réclament de meilleures perspectives d’études et d’emploi. La croissance n’a pas été suffisante ces dernières années pour absorber une main-d’œuvre en pleine expansion, pour différentes raisons : volatilité excessive du PIB ; offre d’emplois largement dominée par le secteur public ; dépendance excessive vis-à-vis des recettes pétrolières et des produits à faible valeur ajoutée ; et faible intégration dans l’économie mondiale. Cette situation macroéconomique, conjuguée aux déséquilibres entre l’offre et la demande de main-d’œuvre, une transition très lente entre l’école et le travail mais aussi l’inadéquation et la piètre qualité des systèmes d’éducation et de formation post-élémentaires (d’où de nombreux abandons dans le secondaire et des jeunes arrivant sur le marché du travail pratiquement sans qualifications), rend la donne particulièrement complexe.

Qu’il s’agisse des pays à revenu élevé (comme les pays producteurs de pétrole) ou des pays à revenu intermédiaire et faible, tous devront accroître les financements pour satisfaire la demande d’un plus grand accès à l’éducation et d’un enseignement de meilleure qualité. Les systèmes devront prouver qu’ils sont en mesure d’impartir aux élèves et aux diplômés les compétences nécessaires pour une vie professionnelle réussie. Quand ils arrivent sur le marché du travail, les diplômés du supérieur doivent avoir des compétences cognitives, comportementales et sociales leur permettant de contribuer à la résolution de problèmes complexes, de promouvoir des innovations et de s’intégrer dans des environnements culturels divers. Pour cela, il faut certes mobiliser davantage de ressources financières mais il faut surtout optimiser l’utilisation des ressources disponibles.

 Les coûts unitaires dans l’enseignement supérieur — comme dans d’autres activités intensives en main-d’œuvre — tendent à augmenter au rythme de la rémunération du travail (enseignants et personnel) qui, dans la plupart des cas, progresse plus rapidement que l’inflation. Toute la difficulté est d’arriver à suivre le rythme de cette augmentation des coûts unitaires alors même que les inscriptions progressent d’autant que, parallèlement, il faut améliorer la qualité et la pertinence des services fournis. Les coûts et les besoins financiers de l’enseignement supérieur dans la plupart des pays de la région MENA vont augmenter à un rythme annuel bien supérieur à celui de l’inflation. Dans tous les cas, sauf pour quelques pays riches en pétrole, ces besoins seront difficiles, voire impossibles à satisfaire avec les seules recettes de l’État. À brève échéance, les pouvoirs publics auront du mal à augmenter les impôts ou à en créer de nouveaux. La plupart des pays de la région vont donc devoir mobiliser des sources alternatives de recettes publiques, améliorer l’utilisation des ressources existantes et envisager des solutions pour augmenter la participation financière du secteur privé.

Les recettes hors argent public (droits de scolarité et autres) comme les activités commerciales des universités, les subventions et les contrats extérieurs, le secteur privé ou encore les dons, toutes ces sources devront être sollicitées pour financer les besoins grandissants des universités et autres établissements d’enseignement supérieur dans la région MENA.

Certains pays ont déjà pris des dispositions à court terme pour réduire les budgets, en remplaçant par exemple le personnel enseignant qualifié à plein temps par des enseignants à temps partiel, en augmentant les effectifs par classe et en retardant les investissements d’infrastructure et d’équipement nécessaires. Si ces décisions ont permis d’alléger temporairement la charge financière, elles reviennent pourtant à reporter à plus tard des dépenses encore plus lourdes puisqu’il faudra bien remédier un jour à la dégradation accrue des conditions et de la qualité de l’enseignement que ces choix auront provoquée.

 

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