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Des pirates, des ports et de la pauvreté

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Un petit pays d’Afrique, démuni et exposé à la sécheresse. Un taux  de chômage culminant à 70 % chez les jeunes, et un taux de pauvreté de 40 %. Une forte dépendance aux activités d’un port par lequel transite la majeure partie des importations et des exportations éthiopiennes. Quelques bases militaires étrangères, qui ont peu de liens avec l’économie locale. Des pirates sévissant au large des côtes de la région, comme dans un mauvais film avec Johnny Depp. De l’argent sale, provenant de la piraterie, qui irrigue la région. La Somalie voisine en état de guerre, et plongée dans le chaos. Le Yémen, de l’autre côté de la mer Rouge, aux prises avec sa propre révolution sanglante. Et l’Érythrée contiguë, source de problèmes majeurs à la frontière septentrionale. Un tel pays peut-il espérer parvenir à une économie plus dynamique, diversifiée et tirée par le secteur privé ? Atteindre une croissance plus rapide et plus équitablement répartie ? Réduire en profondeur la pauvreté ?

Nous pensons que oui.

De prime abord, les obstacles paraissent insurmontables. En effet, à ce qui vient d’être évoqué, il faut ajouter un faible potentiel agricole et une réserve insuffisante de personnel qualifié, qui se conjuguent aux symptômes du mal hollandais ; sans parler de l’électricité qui se vend 36 cents le kilowattheure, contre 6 cents dans l’Éthiopie voisine, de la rareté et de la cherté de l’eau, de la mauvaise gouvernance du secteur public... La liste est longue et j’en passe. Comment peut-on alors nourrir de l’espoir pour ce pays ?

C’est que l’on voit à l’horizon au moins trois motifs d’optimisme.

Premièrement, le TOURISME. Une nature spectaculaire et des kilomètres de plages préservées au bord de la mer Rouge. Une vie marine somptueuse, avec notamment une multitude de requins-baleines, ces gentils géants de la mer. Il y a aussi le lac Assal, un lac salé éblouissant qui constitue aussi le point le plus bas d’Afrique… et bien plus encore. Certes, les piètres liaisons aériennes avec l’Europe ou d’autres villes d’Afrique, les coûts de transport très élevés et la quasi-inexistence de toute culture touristique rendent cette perspective de développement hautement hasardeuse. Cela étant, l’expérience d’un pays comme les Maldives, à plus de 3 500 kilomètres à l’est dans l’océan Indien, où les coûts de transport sont tout aussi considérables, où il n’ y a pas d’eau douce, où les coûts de production électrique sont élevés et où la culture du tourisme est pareillement anémique, montre qu’avec de belles plages, un climat chaud et des sites de plongée sans égal il est possible de séduire les Européens et de leur faire traverser la moitié de la planète pour une aventure exotique. Charm el-Cheikh, en Égypte, offre un autre point de comparaison intéressant. Étant donné la proximité raisonnable de Djibouti avec les marchés européens, sa météo estivale tout au long de l’année et son environnement calme et politiquement stable, il n’y a aucune raison pour que cet exemple ne puisse pas y être reproduit. Nous savons que des délégations russes y ont déjà déniché des options touristiques.

Deuxièmement, la PÊCHE. Avec, alentour, des eaux parmi les meilleures au monde, il existe un champ considérable pour un secteur qui pourrait voir sa taille décuplée. Là encore, un certain nombre d’obstacles posent des difficultés considérables : un océan infesté de pirates, le manque de capacités de réfrigération, les mauvaises liaisons aériennes avec de grands marchés… Pourtant, des groupes de pêche thaïlandais ou d’autres en Asie indiquent que ces difficultés n’ont rien d’insurmontable.

Troisièmement, le TRANSPORT. Depuis le début des hostilités entre l’Érythrée et l’Éthiopie, Djibouti est devenu le principal port par lequel la seconde, enclavée, fait transiter ses marchandises. L’arrivée de Dubaï Ports World et ses investissements massifs ont fortement accru les capacités du port de Djibouti. Néanmoins, des inefficiences demeurent, et le volume d’activité devrait être étoffé si l’on veut que l’efficacité s’améliore. Si, pour l’heure, les débouchés restent en Éthiopie, il est probable qu’ils s’étendront au nouvel État du Soudan du Sud, et même au-delà, vers l’est du Congo et le Sahel.

Ce ne sont là que trois des secteurs susceptibles d’induire des emplois, des exportations et une croissance tirés par le secteur privé. Actuellement, la Banque mondiale explore d’autres pistes dans le cadre d’une étude sur le potentiel de Djibouti comme plateforme régionale.

Comme dans toute chose, un leadership fort et visionnaire de la part du gouvernement de Djibouti jouera un rôle crucial ; il devra notamment agir pour la résolution des problèmes de gouvernance du secteur public et se préparer à prendre des décisions délicates. Les dirigeants de Djibouti parviendront-ils à faire de ce petit îlot de paix de la Corne de l’Afrique un centre d’activité économique bouillonnant pour l’ensemble de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe ? Nous estimons que Djibouti est prêt, et nous allons nous lancer à ses côtés dans cette aventure visionnaire.

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