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Un guide de l’équité pour les systèmes de santé dans le monde arabe

Ece Özçelik's picture
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Les pays en développement du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (région MENA) ont consacré à la santé 5,8 % de leur produit intérieur brut (PIB) en 2011, contre 4,4 % en 1995. À première vue, cette hausse peut indiquer que la santé constitue l’une de leurs priorités. Pourtant, entre 2006 et 2011, les dépenses publiques de santé en proportion du budget de l’État ont affiché dans cette région le deuxième niveau le plus faible au monde, derrière l’Asie du Sud. Ce sont les patients qui en pâtissent. Tout au long de la période considérée, les frais qui restent à leur charge ont tourné autour de 47 % du total des dépenses de santé. Ces tendances laissent à penser que l’accroissement des dépenses de santé tient principalement à celui des dépenses des usagers, d’où des systèmes de santé moins équitables et moins accessibles financièrement pour la population de la région MENA.

 

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Un système de santé équitable atténue, voire élimine, les inégalités de santé et de soins évitables. Aujourd’hui, dans la région MENA, la probabilité pour une mère de survivre à son accouchement est trois fois plus élevée qu’il y a vingt ans tandis que la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans a également reculé. Il s’agit cependant de moyennes régionales et ces performances globales masquent des disparités importantes entre les pays et à l’intérieur d’un même État. À Djibouti, le nombre de décès pendant la grossesse ou en couches est tombé de 290 pour 100 000 naissances vivantes en 1995 à 200 en 2010. Mais Djibouti, comme le Yémen, continue d’afficher l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés de la région MENA et occupe la 128e place sur 180 au classement mondial dans ce domaine. Au niveau d’un même pays, on observe également que les enfants des zones plus pauvres souffrent d’inégalités dans les performances sanitaires. Ainsi, en Tunisie, par rapport aux enfants des ménages aisés, instruits et habitant dans les zones urbaines (les moins défavorisés), les enfants des ménages pauvres et analphabètes qui vivent en milieu rural (les plus défavorisés) ont trois fois plus de risques de mourir au cours du premier mois ou de la première année de leur vie.

Un système de santé équitable cible mieux les services sanitaires sur ceux qui en ont le plus besoin.Au Yémen, la probabilité d’être vacciné est six fois moindre pour les enfants les plus défavorisés, et en Iraq, la probabilité de recevoir des soins anténataux est deux fois moindre. En Libye, les enfants des familles aisées ont cinq fois plus de chances de naître avec l’aide d’un professionnel de santé formé. Dans ces trois pays, les dépenses de santé en pourcentage du PIB ont toutefois augmenté entre 1995 et 2011, passant de 4,8 % à 5,5 % au Yémen, de 1,7 % à 8,3 % en Iraq et de 3,3 % à 4,4 % en Libye.

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Un système de santé équitable protège les pauvres de l’impact financier potentiellement catastrophique des chocs sur la santé. Alors que le « le sang bout dans les veines de la région MENA », le porte-monnaie des gens n’est pas à l’abri. Aujourd’hui, dans la région, plus d’un tiers des dépenses de santé sont assumés par les patients, ce qui expose les populations au risque d’appauvrissement. C’est pourquoi, un tiers des Yéménites, un cinquième des Libanais et plus d’un dixième des Égyptiens renoncent tout bonnement à se faire soigner.

Un système de santé équitable répond aux attentes de soins dignes, quels que soient le sexe, l’origine ethnique, le revenu ou la situation socioéconomique du patient. Une récente étude de la Banque mondiale sur la santé reproductive et le planning familial en Égypte montre que, dans environ 15 % des cas, on demande aux patientes de prendre une décision à même la table d’examen, plutôt que dans un cadre plus privé. Dans 28 % des centres de santé, on demande aux femmes si elles ont l’autorisation de leur mari en matière de planning familial. De surcroît, seul un centre de santé sur quatre dispose d’une salle distincte pour conseiller et examiner les patientes, ce qui pose des problèmes considérables d’intimité. 

Dans la région MENA, malgré l’accroissement des dépenses moyennes de santé au cours des deux dernières décennies, les performances sanitaires restent inéquitables, la protection financière faible et la couverture des besoins des pauvres insuffisante. La nouvelle stratégie de la Banque mondiale pour la région MENA en matière de santé, nutrition et démographie entend y remédier en se concentrant sur le principe d’équité, ainsi que sur la responsabilisation des pouvoirs publics. Il s’agit d’aider à concrétiser les aspirations des habitants de la région à de meilleurs systèmes de soins de santé.

La Banque mondiale a inauguré cette nouvelle stratégie en Tunisie, berceau du « réveil arabe », en mai 2013. Plusieurs événements ont ensuite été organisés dans la région, dont une présentation à l’intention de cinq pays, le 23 octobre à Istanbul (Turquie). La nouvelle stratégie a déjà rencontré un écho dans la population. Un haut fonctionnaire tunisien a ainsi affirmé : « La révolution arabe a conduit à une révolution au sein de la Banque mondiale. Le langage de cette stratégie est le langage des gens ». Il faut espérer que cette caisse de résonance de l’expression populaire permettra non seulement un relèvement des dépenses publiques de santé, mais se traduira aussi par des performances sanitaires plus équitables pour la région MENA.

Commentaires

Soumis par Fahem le

Bonjour,

Merci pour cet article fort intéressant. Ci -joint quelques propositions qui peuvent enrichir votre étude et surtout améliorer le rendement des financements de la Banque Mondiale dans le domaine de santé pour la zone MENA

1/ Amélioration de la crédibilité du programme auprès de la population : Je pense qu’une partie de la population de la zone MENA veut voir rapidement des mesures sur terrain pour l’amélioration des services des établissements de santé publique. Les déceptions du passé laissent peu de chance pour croire à la crédibilité de cette nouvelle initiative pourtant très intéressante. Pour remédier à cette situation, il est peut être préférable de commencer rapidement par donner un exemple de réussite en choisissant un établissement pilote et en réalisant rapidement un programme visible pour l’amélioration des prestations. Ainsi, on peut dire à la population voici comment seront les autres établissements.

2/ Augmentation des amendes pour les infractions routières : En général, l’augmentation du montant des amendes n’est pas la solution idéale pour résoudre les problèmes. Pourtant dans ce cas précis, des sanctions plus sévères pour les infractions routières (excès de vitesse, conduite en état d’ivresse, etc.) doit être considéré comme une forme d’équité sociale. Ces dépenses supplémentaires de santé causées par les accidents ne doivent pas être payées par le contribuable mais par celui qui les a provoqué.

3/ Programme de contre publicité : Les publicités qui incitent à plus de consommation de certains produits alimentaires qui peuvent engendrés des maladies (obésité, diabète, etc.) doivent être taxées pour financer exclusivement des campagnes de contre publicité qui incitent à la consommation équilibrée.

4/ Réaliser des tests de bonne volonté avant d’engager les dépenses : Tout processus d’amélioration du système de santé publique peut être réparti comme suit : Actions du type A : nécessitent un financement très réduit (ponctualité des agents et respect des horaires de travail, égalité entre les malades dans les prestations, etc.) et peuvent servir comme un test de bonne volonté de l’établissement pour améliorer ses prestations. Actions du type B : nécessitent des financements lourds : nouvelles constructions, acquisition du matériel, etc. Il sera utile que les accords pour le financement des actions du type B doit dépendre des avancements dans les actions du type A pour ne pas gaspiller de l’argent.

5/ Instauration d’un système d’évaluation : Pour chaque établissement de santé publique, il faut installer un système d’évaluation par une équipe neutre qui ne dépend pas du ministre de la santé. L’équipe d’évaluation doit aussi recevoir les plaintes de la population. Les rapports détaillés de l’évaluation doivent être consultables par le public.

6/ Droit d’information du citoyen, Etablissement d’un comparateur des prix des prestations : En application du droit d’information du citoyen, Le prix de chaque prestation de santé dans le secteur public et privé doivent être affichés et facilement accessibles par tous les moyens avec des explications simples et à la porté du citoyen non connaisseur. En plus, un comparateur des prix de ces prestations (ramenés au salaire moyen) dans différents pays doit être accessible à la population. Dans le domaine de la santé, je pense que la notion de protectionnisme économique est à abolir définitivement. Ainsi, le pouvoir public chargé de la santé ne doit pas protéger les cliniques privées de son pays mais doit être en obligation d’informer le citoyen de toutes les possibilités pour se soigner moins chère à l’étranger (en respectant la qualité). Le pouvoir public doit considérer que cette action entre dans le cadre de réduction des dépenses de santé supportées par le citoyen.

7/ Minimiser les dépenses détournables Dans certains pays, et afin de minimiser la corruption, il est peut être utile de donner la priorité aux projets d’extension des établissements de santé. Ces financements ne peuvent pas être détournés facilement. Alors que les dépenses pour subventionner les médicaments par exemple risquent de renforcer les circuits de la contrebande.

8/ Assistance juridique spéciale pour les victimes des erreurs médicales et de non respect des étiques : Pour réduire des infractions dans les établissements de santé, il faut fournir une assistance juridique fiable aux victimes de ces infractions surtout dans les zones défavorisées. Cette assistance est nécessaire pour faire l’équilibre avec l’esprit de collégialité très fort du corps médical ce qui va aboutir finalement à l’amélioration des services.

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