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La Zone C : un vaste potentiel inexploité qui pourrait transformer l’économie palestinienne

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 Arne HoelL’économie palestinienne est à l’arrêt. Sa croissance a chuté en 2013, le chômage a augmenté, et les recettes fiscales, en nette baisse, ne permettent même pas de financer les dépenses récurrentes. Nombreux sont ceux qui déplorent cette situation. Il existe toutefois un potentiel qui, s’il était exploité, pourrait à la fois dynamiser la croissance et transformer l’économie palestinienne.

En effet, pour un récent rapport de la Banque mondiale intitulé Area C and the Future of the Palestinian Economy (« La Zone C et l’avenir de l’économie palestinienne ») et co-écrit avec mes collègues Massimiliano Cali et Nour Nasser Eddin, j’ai évalué l’impact possible d’une politique qui permettrait aux Palestiniens d’investir dans ce que l’on appelle la Zone C. Cette zone englobe environ 61 % de la Cisjordanie et, à l’heure actuelle, elle est entièrement contrôlée par Israël. D’après nos calculs, elle pourrait représenter un gain de croissance de 35 % pour l’économie palestinienne. Comme l’indiquent nombre d’études, l’activité du secteur privé reste très limitée dans les Territoires palestiniens. L’environnement d’affaires local est imprévisible et risqué en raison du climat d’incertitude générale, auquel s’ajoutent les divisions politiques et les restrictions qui, à de multiples niveaux, entravent l’accès et les échanges. C’est ce qui explique le niveau très bas de l’investissement privé, en particulier dans le secteur marchand. En pourcentage du produit intérieur brut (PIB), les exportations palestiniennes sont parmi les plus faibles au monde.

Ces dernières années, la croissance économique s’est appuyée presque exclusivement sur de substantiels volumes d’aide étrangère. Cette aide a financé environ un tiers des dépenses budgétaires récurrentes de l’Autorité palestinienne. Mais on observe une certaine lassitude des donateurs, qui se manifeste par une diminution de l’aide depuis quelques années, et cette tendance devrait se poursuivre en 2014. La croissance est tombée à 1,5 % en 2013 et seule une légère amélioration est attendue cette année. 

Notre rapport montre que la situation pourrait s’inverser si, notamment, les Palestiniens avaient la possibilité d’investir dans la Zone C. Les accords de paix d’Oslo II, signés entre Israël et la Palestine en 1995, prévoyaient le transfert de la gouvernance de la Zone C à l’Autorité palestinienne dans un délai de 18 mois, sauf pour certains aspects qui devaient être tranchés dans l’accord final. Ce transfert n’a jamais eu lieu et, principalement pour des questions de sécurité, Israël n’a pas assoupli les restrictions très strictes qui limitent fortement les investissements palestiniens dans la Zone C. Étant donné que celle-ci est la seule zone contiguë en Cisjordanie (les Zones A et B, actuellement administrées par l’Autorité palestinienne, sont des îlots territoriaux) et qu’elle compte d’abondantes ressources naturelles, le coût des opportunités perdues à cause de ces restrictions est considérable. 

Afin d’évaluer le potentiel économique de la Zone C, nous avons élaboré des scénarios concernant six secteurs d’activité pour lesquels nous avons supposé que l’effet des restrictions était le plus significatif : l’agriculture (en Cisjordanie, les terres les plus fertiles se trouvent dans la Zone C), l’exploitation des ressources minérales de la mer Morte, les mines et carrières, le bâtiment, le tourisme autour de la mer Morte et les télécommunications. En excluant les effets indirects, notre analyse indique que l’investissement dans ces secteurs pourrait faire progresser le PIB palestinien de 2,2 milliards de dollars, soit un bond de 22 %. Même si, faute de temps et en raison d’autres contraintes, nous n’avons pas quantifié tous les effets indirects, nous avons chiffré à 1,2 milliard de dollars supplémentaires les seuls effets liés au fait que, par exemple, les intrants du secteur du tourisme sont les extrants du secteur du transport. Enfin, nos calculs sous-estiment le véritable potentiel de la Zone C, car nous n’avons pas mesuré certains effets indirects importants, en particulier ceux qui résultent du développement de l’infrastructure publique. Notre étude apporte toutefois de nouveaux éléments qui soulignent l’importance de la Zone C pour la croissance et la viabilité économiques à long terme ainsi que pour les finances publiques des Territoires palestiniens. 

Pour que ce potentiel puisse être exploité, nous affirmons qu’il n’est pas seulement nécessaire de permettre les investissements dans la Zone C. Il faut avant tout lever les restrictions à l’activité économique, atténuer le risque politique et changer la réglementation, ce qui pourrait créer un nouveau paradigme de croissance pour l’économie palestinienne. Puisque 71 % des importations palestiniennes proviennent d’Israël et que 86 % des exportations palestiniennes sont destinées à Israël, il existe de nombreuses possibilités de créer des entreprises en participation et de mettre en place d’autres formes de coopération pour la réalisation de projets dans la Zone C. Les Palestiniens comme les Israéliens ont donc tout à gagner à autoriser ces investissements. Dès lors que les Israéliens ne craindraient plus pour leur sécurité, les investissements dans la Zone C pourraient contribuer au processus de paix entre les deux peuples.   
 

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