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Développer la microfinance dans les pays arabes

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Développer la microfinance dans les pays arabesLa microfinance – à savoir l’accès à une gamme de services financiers de qualité (épargne, crédit, assurance et dispositifs de transfert de fonds) – est vitale pour les ménages à faible revenu qui doivent gérer leurs liquidités pour assumer le quotidien, anticiper les risques, investir dans des actifs productifs et affronter des chocs financiers.


Or, la faiblesse de l’inclusion financière dans les pays de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) empêche un grand nombre d’habitants d’accéder à des services financiers, quels qu’ils soient. C’est particulièrement vrai de certains groupes, notamment les femmes et les jeunes.

Selon la base de données Findex, la région est la lanterne rouge de la planète pour la proportion d’adultes disposant d’un compte bancaire officiel (18 %) et de pauvres ayant un accès formel à des services financiers (9 %). Les femmes ne sont que 13 % à détenir un compte dans un établissement financier reconnu (contre 23 % pour les hommes). Et seulement 2 % des jeunes adultes (15-24 ans) avaient un compte d’épargne officiel en 2011, contre 9,4 % pour l’Afrique subsaharienne.

Comme le souligne un rapport phare de la Banque mondiale sur le secteur financier dans la région MENA, la microfinance y est encore embryonnaire. Le microcrédit ne représente que 0,2 % du produit intérieur brut (PIB) régional. Les prêts par des opérateurs de microfinance concernent seulement 1,8 % de la population adulte, soit moitié moins qu’en Asie du Sud ou en Amérique latine et aux Caraïbes. Même au Maroc, pourtant en pointe pour développer ce secteur, les microcrédits dépassent à peine 1 % du total de l’encours bancaire – contre 7 % en Amérique latine et aux Caraïbes et 5 % en Afrique subsaharienne.

Outre les défis propres à chaque pays, cette faible pénétration de la microfinance dans la région MENA peut s’expliquer par l’absence de réglementation favorisant un sain développement des institutions de microfinance (IMF). Le fait que les IMF ne puissent pas accepter de dépôts dans de nombreux marchés de la région, le sous-développement des infrastructures requises et le manque de connaissances financières parmi les bénéficiaires potentiels contribuent à cette situation.

Le degré d’exclusion financière dans la région MENA est particulièrement inquiétant au vu des tendances démographiques et de participation dans l’économie. Comme le soulignait récemment un rapport sur les inégalités entre les sexes dans la région MENA, trois femmes sur quatre en âge de travailler ne sont pas intégrées aux marchés du travail et représentent 80 à 90 % des inactifs dans ces pays.

Alors que des études d’impact (a) et le surendettement de certains clients ont donné lieu à des réflexions justifiées sur son intérêt, la microfinance reste une option pertinente pour garantir l’émancipation économique des femmes. En contournant les obstacles socio-économiques qui empêchent les femmes de prendre part à la vie économique, elle ouvre des perspectives d’activité et d’investissements productifs au niveau des ménages. De même, elle peut aider à remédier aux déficits de financement et à promouvoir une culture de l’innovation et de l’esprit d’entreprise parmi les jeunes de la région. Ce dernier point est essentiel quand on sait que le chômage des jeunes (autour des 25 %) y est supérieur à n’importe quelle autre région du monde.

La Banque mondiale vient de lancer un projet, le MNXTA (Promouvoir la microfinance chez les femmes et les jeunes de la région MENA), pour s’attaquer aux obstacles freinant le développement régional de la microfinance. Financé par le Fonds fiduciaire multidonateurs (MDTF) pour les pays MENA (a), il s’articule autour de trois grands axes.

Premièrement, le déficit critique de connaissances. Les bénéficiaires actuels de la microfinance savent où et comment obtenir un crédit. Mais leurs effectifs relativement restreints amènent à s’interroger sur le nombre de femmes et de jeunes gens supplémentaires souhaitant eux aussi accéder à des services financiers sans savoir comment procéder ni où s’adresser. Bien conscient qu’aucun travail analytique d’ensemble n’a encore été réalisé sur les contraintes liées à la demande pour la microfinance dans la région MENA, le projet engagera une étude pour évaluer l’ampleur des attentes insatisfaites en Égypte, au Maroc et en Tunisie.

Il s’agira d’organiser :

  • des enquêtes auprès des bénéficiaires potentiels pour qualifier cette demande ;
  • des entretiens approfondis et des discussions en groupes ;
  • et une analyse des enquêtes auprès des ménages pour identifier et mettre au jour les obstacles empêchant les femmes et les jeunes d’accéder au système financier formel. L’un des objectifs clés consistera à mieux cerner les besoins financiers de ces populations et à comprendre les facteurs (géographiques, économiques, liés au genre, etc.) qui leur barrent la route. Ce travail s’appuiera sur des initiatives récentes portant sur la demande, comme les livres de comptes détaillés (a) et les enquêtes FinScope (a).


La connaissance de la finance étant un obstacle avéré à l’accès aux services financiers, le deuxième axe du projet s’attachera à concevoir et diffuser un outil pédagogique, destiné aux femmes et aux jeunes non bancarisés à faible revenu en Égypte, au Maroc et en Tunisie.Cette trousse pourra être utilisée par les IMF, les prestataires de services financiers et les ONG partenaires dans ces trois pays. Le projet assurera également la formation de formateurs, de manière à enclencher une dynamique autonome d’éducation à la finance.

Enfin, d’importants moyens seront alloués au renforcement des capacités des IMF, pour desservir efficacement les femmes et les jeunes, à travers des échanges d’expériences ciblés entre IMF d’Égypte, du Maroc et de Tunisie et de grandes IMF opérant dans la région MENA.L’accent sera mis sur les investissements opérationnels et stratégiques requis pour améliorer l’offre de services financiers aux femmes et aux jeunes.

Le projet est mis en œuvre par le Centre de recherche et de formation pour les femmes arabes (CAWTAR) sur une période de 18 mois.

Commentaires

Soumis par Khelifi Fakreddine, Expert Financier, BID-Jeddah le

Je trouve l'article ci-dessus très riche et les études plannifiées pour la région MENA vraiment importantes pour relancer la microfinance, sauf qu'à mon avis, il couvre le problème en amont seulement (at entry of the process). Quid de la situation durant et après réalisation des projets de microfinance, particulièrement au niveau gestion, suivi et évaluation. La microfinance repose aussi sur un aspect très important qui est le revolving et l'épargne résultante. Son succès dépend aussi du suivi et évalaution en termes d'effets intermédiaire (outcomes) et impacts.

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