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Les femmes yéménites doivent briser les steréotypes pour avancer

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Femmes du Yémen visent à changer le stéréotype imposé sur ellesDans cette société conservatrice yéménite, où une majorité d’hommes considèrent que la place des femmes est à la maison, ces dernières ont su briser la chape sociale et culturelle qui les enfermait pour se créer un espace spécifique. Si je me suis intéressé à cette question, c’est sans doute parce que, lors d’un colloque de restitution d’une étude d’évaluation des capacités des organisations de la société civile (OSC) organisé par la Banque mondiale le 1er septembre dernier à Sanaa, j’ai remarqué que près de la moitié des participants étaient des participantes. Cela tenait probablement au fait que certaines d’entre elles dirigent des OSC intervenant dans différents domaines.

« Si elle veut avancer et réussir, la femme yéménite ne doit pas s’arrêter à ce que les hommes disent d’elle. Plus elle affronte les obstacles culturels et les réserves de sa communauté, plus elle se donne des chances de succès », a affirmé l’une des femmes présentes, à propos des difficultés rencontrées au Yémen pour mener à bien des projets de développement.

Fawzia vit dans le gouvernorat de Marib, l’un des plus conservateurs du pays où la vie quotidienne est encore régie par les coutumes tribales. Cette jeune femme a pris la tête d’une OSC pour aider la population locale à faire entendre sa particularité culturelle au milieu de la diversité des groupes composant le pays. Elle raconte comment, au départ, on lui a réservé un accueil plutôt rude, assorti parfois de menaces physiques. Mais à force d’insistance et de détermination, elle a surmonté toutes ces épreuves et a fini par obliger les autres à l’accepter et à collaborer avec elle. Et c’est ainsi qu’elle est devenue une référence que les responsables locaux consultent lorsqu’ils s’interrogent sur le rôle des OSC à Marib. Pour Fawzia, le fait que l’administration locale ait eu le sentiment que les sommes versées à l’OSC bénéficiaient directement à la communauté l’a certainement beaucoup aidée.

La jeune femme a estimé par ailleurs que les hommes et les femmes ne tirent évidemment pas les mêmes bénéfices du développement et donc que leur niveau de vie varie conformément aux rôles qu’ils endossent. Selon elle, les femmes ne devraient plus être uniquement la cible des programmes de développement mais bel et bien des partenaires incontournables de ce processus. L’implication visible des femmes est le résultat des souffrances qu’elles ont endurées pendant de si longues années. Mais à terme et sous l’influence de tous ceux qui ne croient pas à l’importance de leur participation, les femmes yéménites risquent de voir leur rôle réduit comme peau de chagrin, ce qui aura des conséquences négatives pour le développement ou pour la place des femmes, contraintes d’œuvrer au sein d’associations de défense de leurs droits, peu influentes et dirigées par des personnalités obtuses.

Fawzia a également souligné que l’image stéréotypée que les hommes du Yémen pouvaient avoir de la femme avait considérablement évolué, grâce à la participation des femmes dans les projets de développement. Aujourd’hui, celles-ci sont devenues le pendant des hommes. « Toute femme qui réussit contribue à modifier la représentation traditionnelle du rôle de ses congénères yéménites », a-t-elle ajouté.

Pour la jeune femme, les recommandations de l’étude d’évaluation devraient entraîner, si elles se traduisent bien par des mesures concrètes, une augmentation du taux d’activité et de participation des femmes, car bon nombre d’entre elles pourront prendre part à des projets de développement et créer des nouvelles organisations, dans différents domaines, sans avoir à redouter le népotisme ou l’exploitation.

 

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