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Gaza : un avenir meilleur en vue ?

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Le six mai dernier, ce père de famille part faire des courses. Comment aurait-il pu se douter, qu’à son retour, il découvrirait un spectacle d’horreur ? Comme tous les jours et comme dans toutes les maisons alentour, ses enfants ont allumé des bougies pour pouvoir étudier, puisque le quartier n’est pas raccordé au réseau. Mais ce jour-là, toute la maison prend feu. Trois de ses enfants, tous âgés de moins de six ans, périssent dans l’incendie. Un quatrième est gravement blessé. Ce drame a suscité une vive polémique entre les factions palestiniennes rivales qui dirigent Gaza et la Cisjordanie, chacune se renvoyant la responsabilité des coupures de courant.
 
Dans la bande de Gaza, l’énergie touche à tous les aspects de la vie, de l’activité commerciale et de l’industrie. Les pénuries croissantes paralysent tous les efforts de développement économique et de croissance. Actuellement, 30 % seulement de la demande d’électricité dans la bande de Gaza peuvent être satisfaits avec les moyens disponibles, ce qui oblige des centaines de milliers d’habitants à vivre dans le noir. Avec le blocus israélien, qui rend les frontières impénétrables et met l’économie pratiquement à genoux, quelles sont les options envisageables pour améliorer l’offre d’électricité ?
 
Gaza s’alimente auprès de trois sources différentes : la compagnie israélienne d’électricité (IEC), qui fournit plus de 77 % des importations de courant ; la GPP, la seule centrale opérationnelle dans les Territoires palestiniens, qui couvre 16 % des besoins ; et l’Égypte, qui livre de l’énergie deux ou trois jours par semaine. GEDCO, la société gazaouïe chargée de distribuer le courant et de recouvrer les factures dans Gaza, ne paie pas directement à IEC ses importations d’énergie. En fait, chaque mois, le ministère israélien des Finances verse les sommes dues à IEC et les déduit des recettes fiscales collectées pour le compte de l’Autorité palestinienne. Ce qui signifie que c’est l’Autorité palestinienne qui, indirectement, règle la facture des importations d’électricité. Ce mécanisme, ou « net lending », est un régime de paiement anormal qui s’explique par la complexité du contexte politique. S’il n’a guère de chance d’offrir une solution durable sur le long terme, il permet, à court terme, de remédier aux pénuries de courant à Gaza.
 
L’une des options possibles pour augmenter l’offre d’énergie consiste à importer davantage d’électricité depuis Israël, grâce à une nouvelle ligne à haute tension qui devrait être opérationnelle d’ici moins d’un an et fournir 150 MW supplémentaires. Mais qui paiera, sachant que la facture annuelle de ce gain de puissance pourrait s’élever à 145 millions de dollars ? La question est liée, comme actuellement, à la capacité de paiement des consommateurs. Or, Gaza détient le record mondial du chômage (43 %), sachant en outre que les cinq conflits qui ont touché la région ces dix dernières années ont créé une situation où moins de 50 % de la population acquittent leurs factures d’électricité.
 
La centrale de Gaza s’est révélée être une charge financière intenable pour l’Autorité palestinienne, qui doit non seulement payer le carburant qui l’alimente mais également le contrat de fourniture d’électricité. Pendant longtemps, la générosité des bailleurs de fonds a permis de financer une grande partie du carburant et la centrale était totalement exemptée du paiement des taxes afférentes. Mais les donneurs, lassés, ont mis fin à ces pratiques. Ce qui explique entre autres pourquoi la production actuelle ne ressort qu’à 25 MW, contre 60 à 70 MW auparavant, de sorte que l’alimentation électrique n’est assurée que six heures par jour (contre huit par le passé), ce qui entraîne à Gaza des coupures de courant pendant 12 heures d’affilée. Pire encore, selon les termes du contrat d’achat d’électricité conclu avec la centrale, l’Autorité palestinienne est tenue de rémunérer ses propriétaires privés comme si l’installation tournait à plein régime, de sorte qu’elle paie l’équivalent de plus de 100 MW dont le consommateur ne voit jamais la couleur. Même si le bureau du Quatuor a lancé un travail important visant à faire fonctionner la centrale au gaz naturel, ce qui réduirait sensiblement le coût de la production d’énergie, le processus risque de prendre du temps à cause des nombreux obstacles techniques et politiques qu’il faudra lever. Entretemps, la centrale doit se contenter de viser une production de 70 MW grâce au soutien et aux subventions au carburant de l’Autorité palestinienne et de la communauté internationale.
 
Les lignes de transport avec l’Égypte fournissent quelque 30 MW d’électricité, ce qui permet de soulager un peu les tensions. Mais avec la hausse de la demande en Égypte et les dégâts causés aux infrastructures dans le Sinaï, ce volume se réduit comme peau de chagrin. Le renforcement des capacités des lignes de desserte pourrait permettre d’accroître les importations en provenance de l’Égypte et de pays arabes voisins, à travers le réseau régional.
 
Les systèmes décentralisés de fourniture d’énergie renouvelable, à l’instar des panneaux solaires installés sur les toits, constituent une source parallèle d’électricité importante et de plus en plus incontournable. Car les énergies renouvelables renforcent l’autonomie et réduisent la dépendance vis-à-vis de facteurs externes. Le marché de l’énergie solaire semble prometteur, qui permettrait de résoudre une partie des problèmes de paiement mais également de réduire la demande globale d’énergie auprès des trois fournisseurs actuels (GPP, Israël et Égypte). Plusieurs projets sont en préparation, dont le programme pilote d’énergie solaire mis au point par GEDCO, qui prévoit d’équiper en panneaux solaires 10 000 foyers de Gaza, soit une capacité installée de 20 MW. La Société financière internationale (IFC) cherche quant à elle à fournir aux usines et aux industries, pour qui l’alimentation électrique est vitale, des dispositifs solaires.
 
La résolution de la crise énergétique actuelle dans la bande de Gaza passe par la levée d’un certain nombre d’obstacles techniques, politiques et financiers. Comme le soulignait récemment Nikolaï Mladenov, coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, lors d’une réunion du Conseil de sécurité : « Les épreuves qu’endure Gaza semblent, M. le Président, ne connaître aucune limite ! Les Palestiniens de Gaza sont de plus en plus désespérés, car ils voient leurs perspectives de mener une vie normale et de relancer l’économie compromises par l’escalade militaire entretenue par le Hamas, les mesures de sécurité et les fermetures imposées par Israël, l’absence d’unité palestinienne et le non-respect par les bailleurs de fonds de leurs engagements d’aide. Les événements récents prouvent que le spectre de la violence plane toujours dangereusement sur le territoire. À moins de prendre des mesures radicales pour s’atteler aux réalités chroniques de Gaza, la question n’est pas de savoir ‘si’ il y aura de nouvelles escalades de violence mais bien ‘quand’ elles éclateront. J’invite une fois encore les donateurs à respecter leurs engagements et à soutenir la reconstruction, le redémarrage et le développement de Gaza ».
 
Gaza peut espérer un avenir meilleur, si les bailleurs de fonds et la communauté internationale renforcent leur aide technique et financière. Et cet avenir meilleur passe obligatoirement par la concrétisation de la promesse d’assurer à chacun durablement un accès à l’énergie.
 

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