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Moyen-Orient et Afrique du Nord : plaidoyer pour l’intégration régionale

Aisha Irene Agily's picture
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​Plus le marché du travail dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) se mondialise et gagne en compétitivité, plus les jeunes peinent à trouver un emploi, quel que soit leur niveau d’instruction et de formation. Or, il s’agit de la deuxième région la plus jeune du monde, derrière l’Afrique subsaharienne, puisque la moitié de ses 355 millions d’habitants ont moins de 25 ans. Et si le marasme social, économique, scolaire et universitaire actuel persiste, la plupart d’entre eux seront incapables de quitter le domicile parental, fonder leur propre famille et mener une vie indépendante.

Cette situation tient en grande partie aux carences de l’enseignement public gratuit, qui rejaillissent sur les entreprises, dont l’efficacité et le dynamisme sont en berne. Trop souvent, l’éducation et la formation sont totalement déphasées par rapport aux attentes du marché du travail national ou international.

La région doit affronter ce problème sans tabou, en se demandant comment adapter au mieux sa jeunesse au monde professionnel du 21e siècle ; quel rôle les entreprises peuvent jouer pour sensibiliser les jeunes aux besoins de leurs pays et les qualifier à cet effet ; et comment le secteur à but lucratif peut se rapprocher des milieux universitaires pour préparer la jeunesse interagir avec le reste du monde et de la société.

Cet état général d’impréparation, qui pénalise tant la région MENA, mérite une réflexion nationale, voire internationale, sur les conséquences d’une telle situation et les solutions à apporter. L’intégration régionale pourrait fournir une partie de la réponse à cette quête essentielle.

Indispensable, l’intégration économique régionale des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord n’a pourtant que très peu progressé jusqu’ici. La lenteur et les incohérences de ce processus peuvent être imputées au désir des gouvernements nationaux de conserver le contrôle sur la production des hydrocarbures, à la faiblesse des institutions et des infrastructures supranationales et à la concurrence dans des secteurs qui se privent ainsi de la possibilité d’économies d’échelle régionales.

Sous réserve d’être pleinement et correctement menée à bien, l’intégration régionale peut non seulement profiter à la masse des jeunes au chômage mais aussi doper les échanges avec les grands partenaires en Europe et dans d’autres pays émergents.

L’absence d’intégration de la région MENA à l’économie mondiale peut aussi s’expliquer par des politiques commerciales protectionnistes. Si les pays de la région ont considérablement avancé en matière d’abaissement des droits de douane et d’élimination des obstacles non tarifaires pour les produits traditionnels et ont tenté de se lancer dans des domaines nouveaux, d’importants freins demeurent.

Quand on sait que la région MENA n’est à l’origine que de 1,8 % des échanges internationaux hors produits pétroliers, alors qu’elle abrite 5,5 % de la population mondiale et produit 3,9 % du PIB de la planète, on voit à quel point une réforme des politiques commerciales serait utile. Mais cela prouve aussi qu’il faudrait tabler en priorité sur un approfondissement des échanges régionaux entre les pays exportateurs de pétrole (à l’instar de l’Arabie saoudite et du Koweït, tous deux membres du Conseil de coopération du Golfe) et des économies plus diversifiées, comme l’Égypte et le Liban.

Le Groupe de la Banque mondiale œuvre en faveur de ce projet d’intégration économique régionale, vital pour la région, en travaillant avec des représentants du secteur privé, des universitaires, des cercles de réflexion, des membres de la diaspora et des experts locaux, dans le but d’enclencher un processus reposant sur des initiatives à court et moyen termes.

Le Centre pour l’intégration en Méditerranée (CMI), lancé en octobre 2009 pour assurer le partage de connaissances et d’informations sur les meilleures pratiques et constituer des réseaux entre la région MENA et l’Europe, en fait partie. Tout comme l’Initiative du monde arabe, articulée autour de trois grandes priorités : organiser une série de projets régionaux pour encourager la mutualisation des ressources, l’amélioration des infrastructures et le renforcement de la connectivité ; promouvoir les meilleures pratiques et la sensibilisation ainsi que les mécanismes de partage des connaissances ; et accroître l’harmonisation des normes et réglementations régionales.

Dans ce cadre, plusieurs études phares ont défini des pistes à l’échelle de la région pour relever les défis dans le secteur privé, l’éducation et la gestion des ressources en eau, sachant que des travaux sont en cours dans le secteur de la finance et sur l’impact du changement climatique.

Le Groupe de la Banque mondiale s’efforce de mobiliser le secteur privé, dont l’implication est essentielle pour promouvoir l’investissement, le commerce, l’emploi et la croissance. Mais les lacunes sont patentes sur de nombreux plans : formation à la création d’entreprises, microfinance, soutien aux PME et soutien financier à la création de nouveaux produits, de nouveaux débouchés d’exportation et de nouveaux marchés. Le secteur privé devrait pouvoir attirer les talents, suggérer des idées et placer de manière constructive les pouvoirs publics devant leurs responsabilités, et contribuer ce faisant à un développement au service de tous.

Le Groupe de la Banque mondiale a ouvert la voie. Chaque pays doit désormais agir au mieux de ses intérêts, de ses entreprises et de ses citoyens. Cette ambition devrait susciter un large soutien car, si personne ne doute des affres de la renaissance politique de la région depuis le Printemps arabe, ce n’est rien par rapport à l’ampleur de ses difficultés économiques.

La région a certes raté plusieurs occasions, mais elle dispose encore de moyens pour s’intégrer dans l’économie mondiale. Pratiquement tous les pays MENA ont réformé leurs politiques de commerce extérieur et d’investissement national à cet effet. Mais leurs points faibles — développement du secteur privé, pauvreté et gouvernance — sont étroitement liés et appellent à une solution globale.

La région possède un immense vivier de talents, d’idées et d’entrepreneurs en herbe. C’est quand elle se décidera à y puiser qu’elle pourra approfondir sa coopération régionale.

Commentaires

Soumis par Sahri le

Merci pour votre article très éclairant, la frustration de ces jeunes dont l'énergie est gaspillée, captifs d'une tradition et d'une société patriarcale, l'insatisfaction de devoir vivre pour combler les désirs des parents qui n'ont pas d'autres sécurités, ni sociales, ni économique .....
Les révolutions ne font que commencer et la responsabilité des gouv. de ces pays est d'arrêter d'avoir peur de l'avenir, du changement car rien n'est pire que ce suicide collectif dans lequel ils enchaînent leurs populations.
Ce n'est pas de l'amour mais un calcul égoïste qui les détruira.

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