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Cinq points sur les défis de l’intégration UE-MENA

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Nous étions aujourd’hui réunis à l’institut Bruegel, l’un des plus importants think tanks européens, pour échanger nos points de vue sur le devenir des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord un an après le Printemps arabe. Jean Pisani-Ferry, directeur de l’institut Bruegel, a présidé une discussion axée sur l’intégration UE-MENA destinée à relancer la croissance et la création d’emplois dans la région. André Sapir, directeur de recherche à l’institut Bruegel, nous a fait partager sa connaissance approfondie de cette région, ainsi que du processus d’intégration et d’élargissement de l’UE. Edward Bannerman, membre du cabinet de la vice-présidente de la Commission européenne Catherine Ashton et Elena Peresso, membre du cabinet du commissaire européen au commerce Karel de Gucht, se sont demandés comment faire évoluer l’approche européenne actuelle de manière à promouvoir une intégration régionale plus poussée avec et entre les pays de la région.

Voici les cinq grands points à retenir :

  • Le « réveil arabe » a créé davantage d’opportunités pour l’émergence de sociétés ouvertes et pour une croissance profitant à tous.

    Cependant, si les perspectives économiques et sociales à moyen terme apparaissent prometteuses, les perspectives de croissance à court terme sont, elles, moins bonnes qu’il y a un an, surtout pour les pays qui n’exportent pas de pétrole : Égypte, Jordanie, Tunisie et Maroc. De plus, la région MENA souffre beaucoup de la crise de la zone euro. Ses besoins de financement ont nettement augmenté, et il est urgent d’y répondre. La communauté internationale doit veiller à ce que le manque de fonds ne mette pas à mal les espoirs que le réveil arabe a fait naître.
     
  • L’intégration économique est essentielle pour que la croissance des pays arabes soit durable et que la population de ces pays ait des emplois et de quoi vivre.

    L’intégration économique via l’expansion du commerce et de l’investissement direct étranger (IDE) est ici un instrument crucial (peut-être même le seul dont les pouvoirs publics disposent à court et moyen terme) pour placer les pays de la région MENA sur la voie d’une croissance durable plus vigoureuse et pour y instaurer les conditions qui permettront de s’attaquer de manière décisive au problème du chômage de masse dans cette région, et tout particulièrement au chômage des jeunes.
     
  • Les « accords de libre-échange approfondis et complets » que la Commission européenne propose avec trois éléments d’appui (des fonds, l’accès aux marchés et la mobilité) offrent un puissant moyen d’aider les nouvelles démocraties arabes.

    Néanmoins, pour être crédibles, ces accords doivent permettre des avancées réelles, notamment l’accès à de nouveaux marchés et de nouvelles opportunités (agriculture), une plus grande mobilité de la main-d’œuvre (dans le cadre des négociations sur le commerce des services), ainsi que le renforcement de l’assistance et des capacités techniques pour faire converger les réglementations (normes et référentiels). L’accord agricole UE/Maroc récemment approuvé par le Parlement européen constitue un premier pas encourageant.
     
  • Ce nouvel engagement de l’UE dans la région MENA est largement en phase avec celui de la Banque mondiale.

    L’intégration régionale est (avec les inégalités hommes/femmes et la compétitivité du secteur privé) l’un des grands thèmes transversaux des actions menées localement par la Banque mondiale pour renforcer la gouvernance économique, accélérer et pérenniser la croissance, créer des emplois et assurer l’inclusion économique et sociale. La nécessité d’approfondir l’intégration économique dans la région MENA est l’un des aspects centraux qui ressort du diagnostic et des recommandations que la Banque mondiale est en train d’établir en collaboration avec la Banque islamique de développement, sous l’égide du Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée. Ce diagnostic et ces recommandations seront présentés dans un rapport sur le commerce et l’IDE destiné au partenariat de Deauville.
     
  • Pour que le réveil politique arabe soit fructueux, il faut qu’il s’accompagne rapidement d’un réveil économique.

    Or, dans son ensemble, la région MENA pâtit de son manque de compétitivité dans des domaines critiques, tels que l’innovation, la sophistication des entreprises, le développement financier, l’éducation ou la flexibilité du marché du travail. Dans tous les pays de cette région, le chantier des réformes reste en grande partie inachevé, et il n’existe aucune solution miracle à mettre en œuvre pour obtenir des résultats immédiats sur le plan de la croissance et de l’emploi.  La réussite dépendra, dans une large mesure, de la capacité de la communauté internationale à aider les nouvelles démocraties arabes pour qu’elles atteignent cinq objectifs fondamentaux : la mise en place de gouvernements dévoués, crédibles et compétents, le maintien de la stabilité macroéconomique, la mise à profit des bienfaits de l’économie mondiale, l’allocation de ressources par les marchés et la préservation d’un taux élevé d’épargne et d’investissement.

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