Syndicate content

Comment parler au cœur de toutes les familles

Inger Andersen's picture

Durant le chat en direct que j’ai accueilli le mois dernier, nous avons abordé nombre de sujets importants. Mais il est un sujet que le nuage de mots généré à partir de la discussion a fait ressortir au premier plan. C’est celui de l’ÉDUCATION.

Rien de surprenant à cela. J’imagine que nombre des internautes qui ont participé au chat étaient jeunes et, chez les jeunes, les questions d’éducation et d’emploi revêtent une importance toute particulière. Cela fait maintenant plusieurs années que mes collègues, à la Banque mondiale, travaillent sur le thème de l’éducation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), en se concentrant plus spécifiquement sur l’aspect qualitatif de l’enseignement. Ils font valoir (et je pense que beaucoup des participants au chat partagent cet avis) que la qualité de l’éducation est la question fondamentale qui se pose dans les pays de la région MENA, avec comme corollaire l’enjeu de l’adéquation des compétences au marché du travail.

Face à la place centrale de l’éducation dans notre nuage de mots, j’ai réuni tous mes experts afin que nous examinions ensemble les meilleurs moyens pour apporter une aide immédiate dans ce domaine. Curieusement, ils étaient plutôt réticents à mettre l’éducation au premier rang des priorités de l’après-révolutions dans la mesure où la résolution des problèmes liés à l’éducation s’envisage à long terme et les révolutions appellent au contraire à des solutions immédiates.

Néanmoins, nous ne pouvons pas mettre l’éducation temporairement de côté. Alors, que faire aujourd’hui ? Mon collègue ultra-chevronné Mourad Ezzine, qui, avec son équipe, gère les travaux sur l’éducation dans les pays de la région MENA, a mené une réflexion approfondie sur ce sujet et estime que nous devons agir sur trois plans : l’IMMÉDIAT, le COURT À MOYEN TERME, et le MOYEN À LONG TERME.

Ce qu’il faut faire DANS L’IMMÉDIAT :

  • Ménager un espace pour la participationdans le secteur de l’éducation. Ouvrir des conseils d’écoles, qui permettent un véritable débat transparent et donnent aux parents et au personnel éducatif la possibilité de faire entendre leur voix ;
  • Mesurer ce que les étudiants apprennent actuellement, recueillir des données sur les décisions qui peuvent être prises. Et informer ouvertement les écoles et les parents sur ces données ;
  • Permettre au secteur privé d’investir et d’innover à tous les niveaux d’éducation (saviez-vous, par exemple, qu’en Tunisie, le système éducatif est ouvert au secteur privé mais que ce dernier doit offrir un enseignement qui soit en tous points pareil à celui dispensé par l’État ?)
     

La création de ces nouveaux espaces, à la faveur de l’élan insufflé par la révolution, poussera au changement et, selon le raisonnement séduisant de Mourad, ouvrira la voie pour des réformes de court à moyen terme, telles que :

  • La réforme des programmes, la professionnalisation des enseignants, le développement de la préscolarisation pour les jeunes enfants, etc.


Ce type de réformes nécessite énormément de discussions et de consultations ouvertes, et les résultats concrets n’apparaîtront pas avant cinq ans minimum.

Le troisième grand volet de l’agenda pour la réforme de l’éducation porte sur la responsabilisation, avec un horizon de moyen à long terme.

  • Comment rendre les enseignants comptables de leur enseignement et des résultats scolaires ? En d’autres termes, est-ce que les enseignants aident vraiment leurs élèves à acquérir les compétences et le savoir nécessaires pour avoir véritablement une chance de s’en sortir dans le monde d’aujourd’hui ?


Je pense que le point de vue de Mourad est particulièrement avisé, lorsqu’il affirme que le système dans la région MENA n’est pas encore prêt pour cette responsabilisation : il faut au préalable donner aux enseignants la chance de se professionnaliser et développer les programmes ; personne ne sait aujourd’hui qui est bon et qui ne l’est pas, car ce n’est pas ainsi que le système a été conçu.

Ce cadre en trois volets m’a aidée à réfléchir sur le défi que représente l’éducation. Ce qui apparaît très clairement, c’est que dans les pays qui ont connu de grands bouleversements, et même dans ceux où les changements sont plus progressifs, les hommes politiques ont aujourd’hui une véritable opportunité de faire avancer des réformes. Les gens attendent cela. Et, comme les réformes de l’éducation concernent les enfants, lesquels sont l’avenir de la région MENA, elles parlent au cœur de toutes les familles.

 

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires