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Énergies renouvelables, solutions innovantes et croissance verte dans la région méditerranéenne

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« Nous ne sommes pas des génies, nous faisons simplement preuve de bon sens. » Pour Ahmed Zahran, cofondateur et PDG de Karm Solar, une entreprise égyptienne ayant pour objet la commercialisation de technologies solaires, il ne s’agit pas d’être visionnaire, mais de savoir saisir une opportunité économique.

World Bank | Arne HoelLors d’un atelier régional organisé par la Banque mondiale au Liban, Ahmed Zahran et d’autres jeunes entrepreneurs et patrons ont débattu des difficultés qui font obstacle à l’activité économique dans la région mais aussi des possibilités qu’offre celle-ci. Étant donné, d’une part, l’énorme potentiel que représente le niveau d’ensoleillement local et, d’autre part, la menace d’un renchérissement du pétrole, Karm Solar cible les consommateurs d’eau dans les zones rurales arides. Cette société fait notamment le pari suivant : et s’il était possible de s’adresser aux agriculteurs égyptiens et de les convaincre d’adopter des pompes de grande capacité permettant de puiser dans la nappe phréatique via un dispositif piloté par une technologie solaire hors réseau ?

Dans nombre de pays, les agriculteurs continuent d’utiliser des génératrices au diesel. La solution proposée par Ahmed Zahran consiste en une interface SMI (Solar Management Interface), qu’il a développée avec ses partenaires pour faciliter l’introduction de nouvelles pompes à eau actionnées grâce à l’énergie solaire. Les participants à l’atelier ont été intrigués par l’argumentaire commercial. Le même jour, l’équipe d’Ahmed Zahran a reçu le premier prix de l’innovation HCT-Wharton à Abu Dhabi.

À mes yeux, les efforts d’Ahmed Zahran illustrent l’idée que, face au changement climatique, les solutions innovantes ne doivent pas uniquement provenir des laboratoires ou des centres de recherche. Elles doivent émaner d’entrepreneurs dynamiques qui prennent des risques et qui sont désireux de transformer une « formule » théorique en un projet commercial à part entière. Néanmoins, ces entrepreneurs n’ont pas les moyens d’agir seuls, ni même les sociétés plus grandes. Avec un environnement favorable, notamment un cadre de réglementation propice aux entreprises et un accès aux financements, les solutions qui reposent sur les énergies renouvelables offrent d’importantes possibilités de changer la manière dont les ressources sont utilisées dans la région. Imaginons que l’innovation présentée par Ahmed Zahran fasse son chemin non seulement en Égypte mais aussi ailleurs dans la région. Les gains potentiels sont loin d’être négligeables.

Les énergies renouvelables font partie des principales branches où ce que l’on appelle des « co-bénéfices » peut être générés, à condition que les pays de la région prennent des mesures appropriées. C’est l’un des grands constats du Rapport MED 2012 intitulé Vers une croissance verte en Méditerranée et récemment présenté par le Centre pour l’intégration en Méditerranée (CMI). Dans le cadre d’une stratégie mondiale de croissance verte, cette branche, et quelques autres, notamment l’efficacité énergétique ou la gestion des déchets, peut contribuer non seulement à réduire les émissions nocives de gaz à effet de serre mais aussi à créer de nouvelles opportunités d’emplois. Le Rapport est le fruit de plus de deux ans de recherches approfondies qui s’appuient sur des données factuelles et de pas moins de huit consultations régionales et nationales menées par le CMI et ses partenaires.

Le Rapport note également les difficultés à opérer la transition vers une économie verte. Cette transition nécessitera des arbitrages et des choix ardus pour les pays de la région. Il faut néanmoins agir pour éviter des effets irréversibles. Le Rapport montre que les pays peuvent adopter plusieurs instruments pour passer à une croissance verte : réformes fiscales écologiques, rémunération des services écosystémiques, écolabels et certification, en particulier.

Ainsi qu’en témoigne l’atelier organisé au Liban, cette évolution peut aussi être favorisée par une politique publique intelligente et par un soutien aux entrepreneurs comme Ahmed Zahran. Malgré les obstacles qu’il faudra encore surmonter, la croissance verte en Méditerranée est une question de bon sens et d’imagination.