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Êtes-vous prêt à affronter la circulation en ville au Maroc ?

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Ce billet a été co-rédigé par Ibtissam Alaoui et Carolyn Winter.

Getting Around in Moroccan Cities: Are you ready for the Challenge?Si vous n’avez rien contre un peu d’aventure, sautez dans un bus ou hélez un taxi dans une grande ville du Maroc. Une chose est sûre : si vous être tributaire des transports publics marocains, vous risquez de vous énerver, de perdre votre temps et, éventuellement, d’avoir de mauvaises surprises. Telles sont les conclusions d’une consultation avec des organisations de la société civile organisée récemment à Rabat, la capitale du pays, avec l’appui de la Banque mondiale. Il s’agissait d’identifier les problèmes liés au système de transports publics du pays et les réformes requises en vue de la seconde opération de soutien à ce secteur par la Banque mondiale, qui sera conçue et mise en œuvre en concertation avec les ministères concernés, les professionnels du secteur et la société civile.

Dans la plupart des villes marocaines, les transports publics offrent différentes options, plus ou moins coûteuses et plus ou moins confortables. Les autobus, gérés dans le cadre de partenariats publics-privés, sont l’option la moins chère et aussi la plus complète en termes de couverture. Mais un trajet en bus ne sera pas de tout repos, car ils sont souvent surchargés, peu fiables et dans un état de déliquescence avancé. C’est aussi là que les plus vulnérables, notamment les femmes, les handicapés et les personnes âgées, sont le plus souvent victimes d’incivilités. Pour les habitants des quartiers péri-urbains, le taxi collectif offre aussi une solution bon marché. Ces Mercedes plus toutes jeunes que l’on hèle dans la rue peuvent prendre jusqu’à huit passagers. Pour beaucoup dont c’est la seule option, le prix dérisoire de la course compense la promiscuité avec de parfaits inconnus. Bien sûr, il existe aussi de vrais taxis, mais c’est la solution la plus chère. D’autant qu’une règle tacite y prévaut : une fois assis, ce n’est pas le client qui aura le dernier mot mais le chauffeur. Certains conducteurs peu scrupuleux feront un « tri » parmi leurs clients potentiels, refuseront des courses loin de leurs quartiers préférés ou choisiront – ou non – d’enclencher le compteur. Enfin, vous pouvez aussi recourir à des moyens informels, également bon marché, bien utiles lorsque les transports publics sont en grève. Mais vous y embarquerez à vos risques et périls…

Si l’on en croit les récits et les expériences personnelles relatés lors de cette consultation, les femmes sont une cible de choix pour les incivilités commises dans le réseau public de transport. Que ce soit à bord des bus ou aux arrêts, elles sont victimes de harcèlement et d’agression sexuels, de violence et même de vols. Une étude de la Banque mondiale sur le genre et les transports à Casablanca, parue récemment, a révélé que les femmes étaient les premières utilisatrices du réseau de transports publics. Pour une simple raison : comme elles n’ont parfois pas les moyens d’avoir une voiture et qu’elles hésitent, par peur d’aller contre les conventions et les coutumes, à utiliser une bicyclette ou un scooter (qui reviendrait moins cher), elles n’ont pas d’autres solutions. Mais leur sécurité n’est pas garantie, sans parler du respect le plus élémentaire.

Au-delà des aspects culturels, très importants, rappelons que l’urbanisation rapide et l’indigence de l’aménagement et de la planification ne favorisent guère l’efficacité du système de transports publics. Les infrastructures routières et les services publics de transport ont du mal à suivre le rythme de l’extension des villes marocaines. Ce phénomène est particulièrement patent dans les quartiers marginalisés. L’absence d’aménagements adaptés (trottoirs, abris de bus, éclairage public et rampes d’accès) complique considérablement la vie de la plupart des usagers et, notamment, des personnes à mobilité réduite ou âgées et des femmes encombrées de poussettes.

L’un dans l’autre, la plupart des usagers sont mécontents du système public actuel, qui est devenu tout, sauf un service attentif aux besoins de la clientèle. Celle-ci doit respecter une règle générale : seuls les plus résistants survivront. Rien n’a été mis en place afin de recevoir les doléances pour qui voudrait dénoncer la médiocrité du service ou une incivilité.

La consultation avec les organisations de la société civile a largement contribué à identifier les problèmes du système de transports publics et à avancer un certain nombre de solutions. Parmi les propositions, une réglementation imposant aux taxis d’afficher une « charte des passagers » dans leur voiture, avec un numéro vert pour les réclamations, ainsi que le nom et la photo du conducteur. Le niveau de sécurité des clients et de professionnalisme des chauffeurs serait grandement amélioré par ce dispositif, relié à un système national de gestion des plaintes accessible à travers une plateforme téléphonique ouverte 24 h/24. Autre proposition bien reçue, l’adaptation des trottoirs aux personnes handicapées et le fait de permettre à ce groupe marginalisé de la population de s’exprimer sur les politiques et la planification des transports publics. Les associations consultées ont également estimé qu’il fallait rationnaliser les itinéraires des autobus et créer des interconnexions avec d’autres modes de transport – à l’instar du tramway qui vient d’être aménagé à Rabat et à Casablanca – afin d’économiser du temps et de l’argent.

La prise en compte des transports publics dans la planification économique au sens large et l’aménagement du territoire pourrait contribuer à créer des débouchés et à intégrer les membres les plus marginalisés et les plus faibles de la société. Elle inciterait aussi les résidents à emprunter ce type de transports au lieu d’utiliser leurs voitures et de contribuer ainsi aux embouteillages et à la pollution atmosphérique. Sous réserve de développer des infrastructures et des systèmes garants de la ponctualité, du confort, de l’accessibilité économique, de la sécurité, de la responsabilité et du respect des usagers, les villes marocaines pourraient bientôt se targuer d’avoir un système de transport idéal !