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Le secteur de la technologie du Moyen-Orient a-t-il besoin d’un leadership politique plus jeune ?

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 Arne HoelIl y a mille ans, le célèbre mathématicien et homme de science arabe Al-Hazen quittait Bassora pour le Caire afin d’y occuper un nouveau poste près de l’Université Al-Azhar. A l’époque, le Moyen-Orient était un géant de technologie prospère, foisonnant d’hommes de science, d’inventeurs, d’artistes et de philosophes se déplaçant en toute liberté à partir du cœur de la péninsule ibérique jusqu’aux profondes enclaves de l’Asie Centrale. Al-Hazen fut invité en Egypte par son jeune Calife qui, parmi tant d’autres dirigeants dans la région, était un symbole du savoir et de l’innovation. Al-Hazen et d’autres inventeurs du Moyen-Orient jouissaient alors d’un puissant soutien politique et avaient accès à des ressources leur permettant de faire quelques découvertes scientifiques des plus remarquables de leur temps. Pourquoi la donne est-elle si différente de nos jours ?
 
Les économistes conviennent que la productivité de facteurs constitue l’une des composantes les plus importantes pour créer et maintenir des emplois de haute qualité. Il s’agit tout simplement d’un synonyme de la technologie de pointe. Toutefois, la plupart des gouvernements dans la région évitent ce secteur, comme si la technologie était un objet étranger ou un luxe superflu, plutôt qu’un élément vital pour le développement et la croissance. Les contraintes importantes qui s’imposent aux services d’internet dans de nombreux pays arabes ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres. Dans la région, seules 36 personnes sur 100 ont accès à une connexion internet ; de ces 36 personnes, 3 seulement ont accès à un internet haut débit.

L’accès à ces services peut être amélioré d’une manière significative en adoptant des législations modernes (Irak, Yémen) ou des règles plus justes (Tunisie, Egypte, Libye) et, dans certains cas, en actionnant tout simplement un commutateur afin de permettre aux utilisateurs d’accéder à de meilleurs câbles internet (Liban). En réalité cependant, la bureaucratie gouvernementale et le leadership politique semblent incapables de prendre conscience de l’ampleur du potentiel d’une réforme du secteur des télécommunications, qui bénéficierait à l’ensemble de la société.

Au cours de ces trois dernières décennies, alors que les populations arabes devenaient plus jeunes, la moyenne d’âge de leurs dirigeants n’a cessé d’augmenter. Il s’agit d’une tendance opposée à celle qui prévaut dans les principaux pays industrialisés, à l’instar de l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et les Etats-Unis, où des populations plus âgées font de plus en plus confiance à des dirigeants plus jeunes. En 2015, la moyenne d’âge des chefs d’Etats au Moyen-Orient est de 68 ans, à comparer avec 58 ans en Europe, 61 ans dans les Amériques et 63 ans en Asie et en Afrique sub-saharienne. Les dirigeants arabes aujourd’hui sont trois fois plus âgés qu’ils ne l’étaient à l’apogée de l’Age d’Or, en l’an 1000 après J-C. Encore plus alarmant, même après le soi-disant “Printemps Arabe”, la moyenne d’âge des dirigeants prenant les rênes du pouvoir dans les pays en transition est de 70 ans – à comparer avec la moyenne d’âge de 45 ans de leurs prédécesseurs déchus.

Cependant, le vrai défi n’est pas l’âge, mais l’engagement et la capacité des gouvernements à soutenir le changement. Ayant voyagé et travaillé dans plus de 11 pays au Moyen-Orient ces trois dernières années, j’ai pu constater à quel point l’âge et l’expérience des dirigeants actuels ont été employés à gérer la réalité, au lieu de la changer. Ce ne devrait pas être le cas !
 
Aujourd’hui, 100 millions de personnes au Moyen Orient ont entre 15 et 29 ans. Contrairement à d’autres régions du monde, au Moyen-Orient, la cohorte des jeunes dans la région devrait même augmenter au cours des 50 prochaines années. Le renforcement des capacités de cette population jeune et éduquée constitue donc une priorité stratégique pour l’avenir. Les gouvernements aujourd’hui peuvent contribuer à encourager le développement et l’application de technologies innovatrices en forgeant des alliances significatives avec les jeunes, en nommant des fonctionnaires plus jeunes et plus familiers avec les vocations modernes des principaux ministères et des agences publiques.

Le Moyen-Orient a montré qu’il avait les matières premières pour une renaissance scientifique. En revanche, il lui manque aujourd’hui des dirigeants déterminés à s’engager dans cette direction, à promouvoir les cerveaux brillants d’aujourd’hui à l’instar d’Al-Hazen, et à leur fournir les ressources et l’aide dont ils ont besoin. C’est avec ce genre de champions que le secteur de la technologie au Moyen-Orient prospèrera sans aucun doute.