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Préparer l’avenir : une initiative pour coordonner les efforts de la diaspora et des réfugiés syriens

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Sur quelles sources d’investissement et sur quels marchés pourrait-on s’appuyer pour venir en aide à la fois aux réfugiés syriens et aux communautés qui les accueillent ? Sachant que le secteur privé est mon champ de travail depuis 20 ans, l’une des premières pistes que j’ai explorée pour résoudre cette question a été celle de la diaspora : quel rôle la diaspora pourrait-elle jouer ? 

Après m’être penché sur le cas précis de la Jordanie, j’ai promu au sein de la Banque mondiale l’idée selon laquelle une diaspora syrienne bien organisée pourrait vraiment améliorer les conditions de vie actuelles des réfugiés sur le sol hachémite et dans d’autres pays d’accueil, et, en regardant plus loin, changer les choses pour l’avenir des Syriens.

En allant à la pêche aux idées, nous avons mis au jour toutes sortes d’expériences intéressantes, comme cet entrepreneur syrien en Jordanie, qui fabriquait des bonbons et les vendait à ses cousins établis en République dominicaine ou cet homme d’affaires syrien à Londres, qui mettait sur pied un fonds d’investissement à visée sociale de 100 millions de dollars au profit des réfugiés. Il y avait aussi cette ONG de San Francisco animée par des membres de la diaspora qui rêve de voir Facebook employer à distance des Syriens vivant dans les camps de réfugiés.

Plus nous cherchions, plus nous trouvions un foisonnement de bonnes volontés. Il y avait donc bien des investissements potentiellement disponibles mais pas seulement : il y avait des marchés, des débouchés commerciaux, des compétences. Au gré des contacts noués, nous avons découvert toujours plus de personnes investies et constaté à quel point l’idée de faire quelque chose, tout simplement, suscitait un soutien incroyable.

Nous nous sommes alors demandé quelle pouvait être la contribution de la Banque mondiale. Son utilité résidait selon nous dans la coordination de trois axes principaux : i) la recherche et l’information, avec la mise en évidence des ressources et bonnes volontés disponibles ; ii) l’instauration de liens de confiance et la mobilisation des acteurs concernés ; et iii) l’identification des facteurs contraignants.

Par le passé, nous avions appris que, si nous pouvions faciliter la coordination, nous ne devions pas en assumer le leadership. Pour que cette initiative soit viable, il fallait laisser le soin à la diaspora d’en prendre les rênes, en nous limitant à l’aider à résoudre les problèmes qui se présenteraient à elle.

Cette initiative vient tout juste d’être lancée. Au cours des prochains mois, notre équipe, formée d’Ola Hisou (originaire d’Alep) et d’Helen Akanisi (qui a travaillé à des projets similaires en Afrique), organisera une série de consultations dans des endroits clés : golfe Persique, pays voisins de la Syrie (Jordanie, Liban, Turquie et Égypte), Europe et continent américain.

Le continent américain est particulièrement intéressant dans la mesure où ce fut la destination de la première vague d’immigrés syriens à la fin du XIXème siècle. Sur l’ensemble du Machreq, on estime à quelque 10 millions les personnes exilées au Brésil, en Argentine et aux États-Unis, des Syriens pour la plupart. Certains de leurs descendants sont devenus célèbres comme Carlos Slim, Selma Hayek, Carlos Menem et Steve Jobs, pour ne citer qu’eux.

Nous prévoyons ensuite de nous rendre à Francfort fin janvier 2017 pour organiser une conférence avec les acteurs intéressés, afin de leur faire part de l’avancement du projet (résultats des consultations et enquêtes, enseignements importants) et d’échafauder un plan d’action pour aller de l’avant. Signalons qu’en matière de partage des connaissances, notre collègue Mariem Malouche travaille à un rapport à paraître sur la diaspora, qui sera un élément clé de notre contribution.

Cette initiative est menée en partenariat avec le Centre pour l’intégration en Méditerranée, l’Agence allemande pour le développement international (GIZ), l’Organisation internationale pour les migrations, l’International Center for Migration Health and Development ainsi que d’autres partenaires privés et agences de développement.

Si modestes que soient nos débuts, nous espérons qu’une plateforme viable se développera au profit des réfugiés, qu’elle permettra de coordonner les efforts, de faciliter l’échange d’informations et de lever les obstacles qui existent actuellement, et qu’elle soutiendra ainsi les nombreuses initiatives individuelles en cours aujourd’hui.