Syndicate content

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires

Les Iraquiennes se mobilisent pour reconstruire leur pays

Jocelyne Jabbour's picture
Cette page en : English | العربية
En temps de guerre, les premières victimes sont généralement les femmes et les plus jeunes. Les femmes sont exposées à l’exploitation, aux mauvais traitements, à l’esclavage sexuel et à l’enrôlement de force au sein de groupes armés. Pourtant, celles qui survivent à la violence des conflits voient dans la reconstruction de leur pays une chance d’assumer un rôle de premier plan. Courageuses et déterminées, elles reviennent dans des communautés détruites, pour participer activement à la reconstruction des infrastructures ainsi qu’à la restauration et à l’établissement des traditions, des lois et des coutumes.

Dans un pays comme l’Iraq, où les femmes se heurtent de longue date à des barrières sociales, culturelles et juridiques, elles réussissent à prouver qu’elles peuvent travailler à la réhabilitation des infrastructures et des services dans des villes iraquiennes délivrées du joug du groupe État islamique, en œuvrant aux côtés de leurs homologues masculins, dans un univers professionnel où l’on considère traditionnellement qu’elles n’ont pas leur place.

Ces 15 derniers mois, j’ai eu l’honneur de rencontrer de jeunes cadres iraquiennes et de travailler avec elles. Ces femmes témoignent d’un engagement exemplaire en faveur du programme de reconstruction des territoires iraquiens détruits lors des combats contre Daech. J’ai pris conscience, cependant, que participer au relèvement de leur pays n’était pas aussi facile qu’on pourrait le croire. « En travaillant et en coordonnant une équipe constituée d’hommes, les défis que je surmonte avec d’autres collègues femmes qui travaillent dans le génie civil et le bâtiment nous aident à nous assumer et à montrer à ma génération qu’elle peut prendre part à la reconstruction de l’Iraq et restaurer la stabilité et la sécurité dans les zones libérées et meurtries par le terrorisme », explique Ashti Alwindi, une jeune femme ingénieure travaillant au ministère du Bâtiment, des Travaux publics et du Logement à Bagdad. La principale mission d’Ashti est de coordonner les activités de passation de marchés pour la réfection des routes et des ponts endommagés pendant la guerre contre Daech, qui bénéficient du concours financier de la Banque mondiale dans le cadre du Projet d’urgence pour le développement en Iraq.

Dans les pays fragiles, la place des femmes n’est pas cantonnée dans un bureau. Les Iraquiennes spécialisées dans l’ingénierie et la planification font constamment montre de leur courage en étant les premières volontaires pour effectuer des visites d’inspection dans des zones qui présentent d’importants risques sécuritaires. Suhad Abullah, ingénieure de son état, dit de ces visites qu’elles confortent son sens des responsabilités en vue de la réalisation d’un projet, qu’elles lui procurent la satisfaction de voir que ce qui existait à l’état d’esquisse et de projet est devenu réalité, et que son travail offre l’espoir d’un retour optimiste aux milliers d’Iraquiens chassés de leur domicile pendant la guerre contre Daech. « Les visites sur site me donnent la possibilité d’échanger avec les habitants, les femmes et les jeunes notamment, et de comprendre leurs besoins et leurs souffrances. Leur reconnaissance de mon travail et la joie qu’ils éprouvent à la vue de ce que j’entreprends me poussent à aller au bout, en passant outre les difficultés que je rencontre dans mon environnement professionnel, » confie Abullah.

La gestion des fonds exige une grande responsabilité, notamment lorsqu’ils sont financés par la Banque mondiale. Les Iraquiennes s’acquittent néanmoins de cette tâche avec brio, en se conformant scrupuleusement aux directives financières du projet. « Je regrette la façon dont on considère mon travail », déplore Adwaa Mohammed, chargée des questions financières au ministère du Bâtiment, des Travaux publics et du Logement à Bagdad. « Mon entourage assimile mon travail à la saisie et à l’archivage de données, alors que la gestion des fonds, notamment lorsqu’ils proviennent d’organisations internationales, est un défi en soi qui demande de grandes capacités ainsi qu’une connaissance des politiques et des réglementations. »

L’inclusion des femmes est un facteur important dans les opérations de stabilisation et de reconstruction, et leur rôle est de plus en plus reconnu au sein de la communauté. Pourtant, il n’existe toujours pas de stratégie ou de directive qui garantirait leur participation effective.