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Le début d’une très belle amitié

Manjula Luthria's picture
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Quel autre titre donner à cet article ? Sur ce cliché, on voit un groupe de jeunes marocains et marocaines réunis pour rencontrer d’éventuels employeurs allemands. Ça se passe où ? À Casablanca, bien sûr !

Les temps ont bien changé. C’est une vérité élémentaire : la démographie, c’est l’avenir. L’Allemagne vieillit. L’âge moyen de sa population est de 46 ans, ce qui la place au second rang des pays les plus âgés après le Japon. Sur la période 2010-2020, le nombre des actifs devrait reculer de 4 % ; déjà, au cours de la dernière décennie, la proportion d’entreprises allemandes à faire état d’une pénurie de jeunes travailleurs a doublé, passant de 12 à 25 %. La robustesse de l’économie et la faiblesse du taux de chômage devraient entraîner un manque de 1,8 million de travailleurs qualifiés d’ici à 2020 et de 3,9 millions à l’horizon 2040. Au Maroc, au contraire, la population active a gagné 107 000 personnes supplémentaires en 2013-14, alors que l’économie n’a créé que 21 000 nouveaux emplois sur la même période. Les jeunes constituent près de 44 % de la population marocaine en âge de travailler, mais un peu plus de la moitié de cette catégorie de la population n’a pas accès au marché du travail. Ceux qui possèdent un emploi trouvent principalement du travail dans le secteur informel.

Théoriquement, cette combinaison idéale entre l’Allemagne et le Maroc pourrait se dispenser de toute médiation. Ce serait oublier que l’offre et la demande ne se rencontrent pas toujours spontanément. Les travailleurs marocains à la recherche d’un emploi à l’étranger ne savent pas où consulter les annonces, entrer en contact avec des employeurs potentiels ou se préparer à un entretien d’embauche. Quand leur candidature est retenue, ils ignorent souvent comment réussir leur insertion sur le marché du travail allemand et leur intégration dans un environnement économique et social radicalement différent de celui qu’ils connaissent chez eux. De leur côté, les employeurs allemands dépourvus de main-d’œuvre se heurtent aussi à des obstacles : se lancer dans une campagne de recrutement mondiale n’est pas chose aisée, surtout quand il faut assurer en même temps la gestion au quotidien d’une petite entreprise. Si d’aventure ils viennent à identifier un vivier de travailleurs étrangers, il leur faudra affronter les méandres d’un processus d’immigration bureaucratique fastidieux pour pouvoir obtenir des permis de travail auprès de l’administration. Sans compter qu’il n’est guère évident d’examiner et sélectionner des candidatures issues d’un pays étranger.

Il serait regrettable que de telles opportunités économiques, gages de prospérité, demeurent inexploitées. Voilà pourquoi, avec l’aide du Fonds de transition, la Banque mondiale a noué un partenariat avec l’Agence nationale de promotion de l’emploi et de compétences (ANAPEC) et l’Agence de coopération internationale allemande pour le développement (GIZ). L’objectif est de faciliter la mobilité professionnelle entre le Maroc et l’Allemagne en privilégiant un secteur important pour les deux pays : le tourisme. L’ANAPEC possède un service international bien implanté, qui cherche actuellement à diversifier et à multiplier les placements sur les marchés du travail européens. Pour cela, il lui sera indispensable de développer ses liens avec des employeurs et des interlocuteurs à l’étranger susceptibles d’embaucher et d’accompagner le placement de travailleurs marocains. Pour l’ANAPEC, comprendre le type de profils souhaité par ces employeurs est vital. C’est sur cette base qu’elle pourra expliciter et communiquer des informations pertinentes aux jeunes marocains qui contactent ses services pour les accompagner dans leur recherche d’emploi.

Pour consolider sa mission d’intermédiation à l’international, il est essentiel qu’elle mette au point une base de données regroupant les employeurs potentiels, les compétences recherchées, les salaires et les modalités de travail raisonnablement envisagés, et qu’elle connaisse les structures d’apprentissage en Allemagne. L’expertise de la GIZ en la matière est ici particulièrement utile : elle associera les employeurs allemands et leurs représentants à son action, dans le but de recruter ces travailleurs et de les préparer à leur nouvelle vie et à leur intégration en Allemagne. Elle dispensera des formations aux jeunes recrues avant leur installation, leur trouvera un travail et organisera les conditions d’un apprentissage triennal, en tenant compte de leurs compétences et de leurs préférences. Elle prévoit même des modules d’information à destination des familles de la centaine de jeunes marocains concernés par l’initiative qui n’ont guère plus qu’un diplôme de fin d’études secondaires.

Si cette modeste expérimentation réussit à consolider ces nouveaux partenariats, à clarifier les processus de part et d’autre de la Méditerranée et surtout à instaurer des liens de confiance entre les diverses institutions de la chaîne allant du recrutement à l’intégration des postulants, alors, elle pourrait entraîner des initiatives de plus grande envergure et des retombées que nous ne pouvons pas parfaitement anticiper, mais qui demeurent concevables. Tout monde sortirait gagnant de cette démarche : les jeunes, qui auront la possibilité d’augmenter considérablement leurs revenus et leurs compétences, les économies pourvoyeuses d’emploi et les pays demandeurs. Cette expérimentation pourrait ainsi apporter la preuve qu’une plus grande mobilité de la main-d’œuvre et qu’une intégration plus étroite des marchés du travail ne sont pas seulement des sujets actuels, mais également des perspectives souhaitables, dès lors que des dispositifs sont prévus pour sous-tendre cet élan.

Il ne nous reste qu’à croiser les doigts pour assister au « début d’une très belle amitié » !

Plus d'infos sur le Projet d'amélioration de l'accès aux opportunités d'emploi à L’international pour la jeunesse marocaine