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Moyen-Orient et Afrique du Nord : exploiter le potentiel hydrique pour promouvoir le développement et la stabilité de la région

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Water in Gaza - Ahmad Dalloul, Palestinian Water AuthorityL’histoire se répète, elle rime parfois, mais il lui arrive aussi de régresser. Si vous aviez flâné dans les villes et les champs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord il y a un millier d’années, vous auriez été frappés par la sécurité de l’approvisionnement en eau, les réseaux d’irrigation à l’origine de la forte productivité des exploitations agricoles et la structure de gouvernance mise en place pour répartir et valoriser l’eau de manière durable pour le plus grand bien d’une civilisation florissante.

Aujourd’hui, la situation est très différente. En raison des fuites des conduites d’eau, certaines villes perdent jusqu’à 40 % de leurs ressources en eau avant même qu’elles atteignent les usagers, les phénomènes météorologiques extrêmes ravagent les cultures et, dans certaines parties de la région, les réseaux d’eau urbains sont la cible de conflits armés (en anglais).

Pourquoi ce changement spectaculaire ? Comme toujours, il n’existe pas de réponse toute faite, mais l’évolution rapide du contexte économique, social et environnemental du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a exacerbé les problèmes existant dans le secteur de l’eau. Forte croissance démographique dans les centres urbains, développement économique, augmentation et gaspillage de la consommation d’eau, sous-valorisation de cette ressource et carences des mécanismes de gouvernance : ce ne sont là que quelques-unes des causes du problème. Le changement climatique provoque des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus prononcés. Simultanément, les troubles politiques et sociaux aggravent les contraintes imposées de longue date par les pénuries d’eau.

Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé « Au-delà des pénuries : la sécurité de l’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord » (en anglais), les problèmes liés à l’eau dans cette région sont loin de se limiter, en raison l’évolution rapide du contexte, à la gestion de la pénurie d’eau. Le rapport analyse trois domaines. Il traite d’abord la question de savoir si les ressources hydriques de la région sont gérées de manière durable et stratégique. Ensuite, il évalue la mesure dans laquelle les services d’approvisionnement en eau sont fournis de façon fiable et à un coût abordable. Enfin, il analyse comment le caractère international des ressources en eau complique leur répartition.

Il ne fait pas de doute que la résolution de ce problème complexe et en évolution constante nécessite une réflexion innovante et collective. Organisée à Stockholm du 27 août au 1er septembre, la Semaine mondiale de l’eau (en anglais) de 2017 rassemblera des experts de la région et du reste du monde afin de promouvoir des idées et des solutions en faveur d’une bonne gestion des ressources en eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Le célèbre Malin Falkenmark Symposium est à nouveau organisé cette année pour examiner les aspects concrets de la démarche visant à contribuer à la réalisation de l’ODD-2 — « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable » — grâce à la collecte des eaux de pluie. Ce symposium s’inscrit dans le prolongement de l’Appel à une révolution de l’eau en Afrique (en anglais) de l’année dernière — auquel souscrivent entre autres le SIWI, l’Institut de Stockholm pour l’environnement et le Centre de Stockholm pour la résilience — qui demande aux acteurs d’activer les financements et les outils d’intervention pour promouvoir la recherche scientifique sur une approche intégrée « eau bleue-eau verte » (1) en matière d’irrigation. 

La Semaine mondiale de l’eau comprendra aussi une série de séances — les MENA Focus — spécifiquement axées sur la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Une de ces séances, organisée conjointement par le SIWI et le Groupe de la Banque mondiale, sera consacrée aux problèmes relatifs à la sécurité et à l’intégrité de l’eau. Parmi les autres questions abordées lors des MENA Focus figurent la gouvernance, le changement climatique et le rôle des investissements.

La combinaison d’innovation, de technologie et de gouvernance qui a rendu possible l’Âge d’or islamique nous est nécessaire aujourd’hui pour exploiter le potentiel des ressources hydriques de manière à préserver le bien-être des populations et des écosystèmes et développer les économies et les sociétés de la région. Cette opportunité est à notre portée. Nous devons nous unir et agir dès maintenant. La Semaine mondiale de l’eau est l’occasion de se rencontrer, de réfléchir ensemble, d’innover et d’étudier la façon de mettre en œuvre cette démarche. Je vous invite à venir à Stockholm pour exposer vos idées et prendre part à ces échanges qui sont tout à fait d’actualité.
 
Note du traducteur : « L’eau “bleue” est celle qui s’écoule dans les rivières jusqu’à la mer, celle qui se trouve dans les lacs, qui est captée dans les nappes souterraines, qui est distribuée dans les canalisations, etc. (…) Il y a aussi une autre forme d’eau, celle qui est contenue dans le sol et qui est disponible pour les plantes : l’eau “verte”. (…) L’eau bleue est transformée en eau verte par l’irrigation ; l’eau verte est transformée en eau bleue par le drainage des sols. » Source : Eaufrance, service public français d’information sur l’eau.