Syndicate content

Le coût du conflit syrien

Ghanimah Al-Otaibi's picture
Cette page en : English | العربية

Il est très difficile de chiffrer les conséquences de la guerre en Syrie alors que le conflit continue de dévaster des vies et des communautés entières. En revanche, il est essentiel de tenter de cerner la nature et l’étendue des dégâts subis par la Syrie afin d’identifier les besoins immédiats mais aussi d’élaborer des plans de reconstruction qui pourront être mis en route dès que la paix s’annoncera. 

La Banque mondiale a réalisé, en collaboration avec plusieurs partenaires (dont le GFDRR), une évaluation provisoire des dégâts et des besoins en Syrie. Cette évaluation porte sur six villes (Alep, Dar’a, Hama, Homs, Idlib et Lattaquié) et couvre sept secteurs : logement, santé, éducation, énergie, eau et assainissement, transports et agriculture.

Le dernier Bulletin trimestriel d’information économique de la Banque mondiale consacré au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord (link) livre certains des résultats préliminaires. Le total des dommages pour les six villes syriennes est estimé entre 3,6 et 4,5 milliards de dollars, dont 65 % concernent les seuls dégâts causés aux logements.
 

Alep est la ville la plus touchée avec environ 40 % des dommages estimés, tandis que Lattaquié est la moins touchée, même si ses infrastructures et ses services sont soumis à une pression croissante du fait de l’afflux de personnes déplacées.

Santé : L’évaluation pointe la situation désastreuse du secteur de la santé en raison des infrastructures endommagées, de la pénurie de fournitures et du manque de personnels. Alep concentre près de la moitié des dommages infligés aux installations médicales que comptent les six villes. Des hôpitaux aux pharmacies, environ un tiers des 780 structures de santé ont été endommagées.

Le coût total des dommages aux infrastructures de santé pour les six villes était estimé entre 203 et 248 millions de dollars à la fin de l’année 2014. La situation s’est encore aggravée depuis. Selon les rapports des Nations Unies, les établissements de santé syriens ont subi au cours de l’été 2015 plus de 70 attaques, avec pour conséquence d’en empêcher l’accès à de nombreux patients.
 
Éducation : Sur les 1 417 établissements d’enseignement évalués dans les six villes (de l’école maternelle à l’université), 14,8 % ont subi des dégâts (il s’agit principalement d’écoles primaires et secondaires). Le total des dommages infligés aux infrastructures d’éducation est estimé entre 101 et 123 millions de dollars à fin 2014.  

Sachant que la Syrie compte au total plus de 16 000 établissements primaires et secondaires, les dommages sur l’ensemble du territoire risquent d’être très élevés. Une étude réalisée par les Nations Unies indique en outre que 18 % des établissements scolaires n’ont plus d’activités d’enseignement et sont occupés par des personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Énergie et eau : La situation s’est encore dégradée à cause des pénuries de carburant et d’électricité. Environ les deux tiers de la population s’approvisionnait en eau auprès de sources présentant un risque sanitaire moyen à élevé. Selon les Nations Unies, en novembre 2015, 1,4 million de personnes ont été privées d’eau lorsqu’une usine d’épuration des eaux à Alep a été endommagée par des raids aériens. 

Il est important de noter que la plupart des évaluations des dommages en Syrie, y compris celle de la Banque mondiale, ont été réalisées sur la base de données couvrant la situation jusqu’à la fin de l’année 2014. Or, les violences n’ont fait que s’intensifier, et davantage de dommages ont été signalés en 2015 par rapport aux années précédentes. Les infrastructures et les services publics ont continué de se détériorer depuis 2014. Le bilan est toujours plus sombre, et la nécessité d’une solution au conflit n’en est que plus urgente.
 

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires