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Un coup de pouce privé pour les programmes « argent contre travail » en Tunisie

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Un coup de pouce privé pour les programmes « argent contre travail » en TunisieLa Banque mondiale collabore-t-elle avec les organisations non gouvernementales (ONG) pour remédier aux taux de chômage élevés en Tunisie ? Je me souviens très bien de cette question.

Elle a été posée par le porte-parole d’une ONG lors d’un récent atelier consacré aux travaux publics à Tunis, la capitale tunisienne. L’équipe de la Banque mondiale dont je faisais partie venait juste de terminer un exposé sur l’importance de développer les partenariats public-privé (PPP) pour la prestation des services d’emploi lorsque cette question a été lancée. Nous avons répondu par un « oui ! » catégorique. La Banque mondiale mobilise en effet des dons auprès des autorités japonaises pour financer un projet pilote qu’elle contribue à mettre en œuvre à Jendouba, l’un des gouvernorats les plus pauvres de la Tunisie. Ce projet repose sur une collaboration étroite avec les ONG locales, qui permet d’apporter un soutien de revenu aux ménages vulnérables, via des programmes de travaux à forte intensité de main-d’œuvre.

Notre équipe a continué à expliquer comment notre projet de Jendouba avait été conçu, et le porte-parole de l’ONG l’a écoutée avec intérêt. Tirant parti d’un don accordé par un fonds japonais pour le développement social, la Banque mondiale travaille avec le ministère tunisien de la Formation professionnelle et de l’Emploi pour développer des partenariats avec les ONG locales à Jendouba. L’objectif est de définir et de mettre en œuvre une centaine de sous-projets qui procureront un emploi temporaire rémunéré à quelque 3 000 personnes peu qualifiées et au chômage. Ce projet a également pour ambition d’améliorer l’infrastructure de base locale. Les ONG opéreront en étroite collaboration avec la population et les autorités locales afin d’identifier ces sous-projets et emploieront des habitants pendant une période de quatre à six mois. Le premier appel à propositions pour les sous-projets a déjà été lancé, et le ministère devrait signer des accords de collaboration avec les ONG d’ici août 2013. 

Une autre main s’est alors levée et deux questions pertinentes ont suivi : « Proposez-vous que ce soient les ONG qui se chargent des travaux publics en Tunisie ? » a demandé un représentant syndical qui participait à l’atelier. « N’est-ce pas là un pas vers la privatisation des organismes publics ? », a-t-il ajouté aussitôt. L’équipe a alors expliqué que l’approche déployée par la Banque ne visait pas à privatiser des organismes publics, mais au contraire à en renforcer les capacités et à tirer parti d’autres ressources existantes afin de mettre en œuvre des programmes sociaux et, en définitive, de répondre aux besoins des catégories de population les plus vulnérables. Notre équipe a insisté sur le fait que la Banque apportait tout son soutien aux organismes nationaux, mais qu’il faudrait du temps, et des investissements non négligeables, pour étoffer leurs capacités institutionnelles. La population tunisienne veut constater les résultats dès à présent, et ces partenariats avec les ONG constituent un moyen de procurer les services rapidement et efficacement.

Les partenariats public-privé pour la prestation des services d’emploi sont à l’évidence une nouveauté en Tunisie. En effet, la majeure partie des programmes sociaux dans le pays sont traditionnellement conçus, financés et déployés par le secteur public. Ainsi, les programmes de rémunération en échange d’un travail sont mis en œuvre par les autorités locales sans véritable participation ni concours de la population ou de la société civile. Ces programmes sont habituellement de large portée (avec plus de 150 000 bénéficiaires chaque année) et dotés d’allocations budgétaires pouvant atteindre 150 millions de dollars par an. 

Or, après la transition politique en Tunisie, ils sont essentiellement devenus de simples programmes de transferts monétaires et leur gouvernance s’est nettement détériorée. À l’heure actuelle, les bénéficiaires reçoivent de l’argent mais bien souvent, ils omettent de se présenter pour effectuer le travail demandé en contrepartie. Des sous-projets comme la peinture ou la remise en état d’une école, par exemple, sont rarement achevés. Le suivi des programmes étant largement défaillant, les ressources sont utilisées à mauvais escient. On a également rapporté des cas de favoritisme : certains bénéficiaires sont sélectionnés à la discrétion des autorités locales, en l’absence de tout critère objectif d’éligibilité.

Dans un tel contexte, le projet pilote de Jendouba a vocation à être un agent du changement car il impose aux ONG de rendre des comptes sur la définition des projets utiles à la population. Il incombera aux ONG de vérifier que les participants se rendent bien à leur travail et assistent aux formations, et de veiller à ce que les sous-projets soient non seulement dûment achevés, mais aussi conformes à des normes de qualité acceptables pour les autorités techniques compétentes. Ce projet s’accompagne aussi d’avancées technologiques, avec la mise en place d’un système en ligne qui assurera le suivi des versements, de l’assiduité, de l’utilisation des matériaux et des réclamations. Ce système devrait par ailleurs permettre aux ONG de s’enregistrer et de soumettre des propositions de sous-projets en ligne. Cette nouvelle approche, s’appuyant sur la communauté, mettra en place des mécanismes destinés à promouvoir la bonne gouvernance et une utilisation efficace des deniers publics alloués aux programmes de rémunération contre travail. Ce projet pilote pourrait aussi servir de tremplin pour une initiative beaucoup plus vaste. S’il se révèle fructueux, les méthodes et les systèmes élaborés pourraient former la base d’une réforme de la prestation de ce type de programme social à l’échelle de toute la Tunisie.

Pour de plus amples informations à propos de ce projet pilote, veuillez visiter ce site ainsi que sa page Facebook.

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