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Quoi ! Des lions, des tigres et des ours en Jordanie?

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Voilà plusieurs années que je travaille en Jordanie sur la biodiversité des zones protégées, mais ce pays est loin de m’avoir livré son dernier secret. Lors de mon dernier voyage, j'ai découvert que des lions, des tigres et des ours s’y trouvaient. Vous imaginez ?!

Wiki Creative CommonsLe Royaume hachémite de Jordanie est situé à la croisée de trois continents, ce qui explique la richesse de sa biodiversité. Sa géographie en fait, aussi et malheureusement, une zone de transit prisée pour le transport légal et illégal d’animaux, entre les pays sources et les marchés. L'Unité de protection des espèces sauvages de la Royal Society for the Conservation of Nature (RSCN) et le ministère de l’Agriculture mènent tous deux une politique efficace de contrôle de la contrebande sur le territoire jordanien et vers d’autres destinations. Lorsque ces animaux (la plupart sont des espèces en voie de disparition) sont confisqués, il est difficile de trouver des solutions adaptées et au long terme pour leur remise en liberté en milieu naturel ou leur ré-acclimatation.

Ils finissent donc souvent à la Fondation de la princesse Alia, où ils forment une sacrée ménagerie : on y trouve un ours et plusieurs lionceaux, 563 tortues, des hyènes rayées et des hyènes tachetées, des petits guépards et des jeunes tigres… Un grand nombre de ces animaux ont été saisis à la frontière, et la plupart retourneront à leur habitat d’origine. Dans l’intervalle, ils sont donc accueillis dans ce refuge pour animaux situé au sortir d’Amman et baptisé « New Hope ».

La Fondation de la princesse Alia et Vier-Pfoten International travaillent ensemble à l’établissement du Centre Al Ma'wa pour la protection de la nature et de la faune. Cette structure, qui répond à un manque patent, deviendra une plateforme régionale pour l’accueil à long terme des animaux sauvages. Situé dans l’une des dernières forêts naturelles de Jordanie, près du village de Souf, le centre poursuivra la mission première de New Hope, celle de soigner les animaux en vue de leur réintroduction en milieu naturel. Cependant, pour ceux qui ne pourraient pas être « rapatriés », le centre offrira des enclos spacieux dédiés à chaque espèce, au plus près de la nature. Le centre Al Ma’wa sera ouvert au public et impulsera ainsi le développement d’une nouvelle zone touristique au nord du pays. Des éco-chalets seront mis à la disposition des voyageurs qui pourront y séjourner ; par ailleurs, toute une gamme d’activités leur sera proposée. Un programme pédagogique sera mis en place afin de sensibiliser à cette cause les visiteurs, qu’ils soient de Jordanie, du Moyen-Orient ou d’ailleurs. Al Ma’wa fournira également une formation pratique au personnel médical et aux gardiens, ainsi qu’une formation en gestion vétérinaire, ce qui contribuera à la création de nouveaux secteurs d’emplois à l’échelon local et régional. Les postes seront réservés en priorité au village voisin de Souf et les entreprises locales seront invitées à vendre leurs produits au centre, ce qui fournira une source de revenus pérenne aux habitants.

Ce qui me fascine, c’est que l’on entend généralement l’argument suivant : « Puisque des espèces sont menacées de disparition dans un habitat donné, nous devons préserver celui-ci ». Ici, le transfert d’animaux « expatriés » de New Hope à Al Ma'wa implique que là où il y avait peu (ou aucune) présence de grands mammifères, il y a aujourd’hui un nouvel équilibre entre nature et biodiversité. Pour le centre Al Ma'wa, il s’agit de défendre l’argument suivant : « Puisqu'il y a des animaux d’espèces en voie de disparition arrachés à leur milieu naturel qui exigent de retrouver un habitat, nous devons préserver celui-ci. »

Je suis convaincue qu’à l’avenir la Jordanie me réservera encore bien d’autres surprises !

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