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Eau, alimentation et énergie dans le monde arabe : un défi collectif

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Une nouvelle étude intitulée The Water-Energy-Food Nexus in the Middle East and North Africa (a) a été présentée le 13 novembre 2018, à l’occasion de la conférence annuelle organisée par EcoPeace en Jordanie, sur les rives de la mer Morte.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’épuisement des nappes phréatiques est rapide. Si les modes d’exploitation de ces ressources toujours plus rares demeurent inchangés, elles pourraient bien ne plus exister d’ici une trentaine d’années. Les populations tributaires de ces réserves en eau pâtiraient lourdement de cette situation, et leurs moyens de subsistance seraient mis à rude épreuve. Dans certains pays, la production agricole pourrait chuter de 60 %. Nous pouvons heureusement influer sur le cours des événements et agir, à la condition de ne pas nous restreindre au seul secteur de l’eau. Le défi que constituent les pénuries d’eau est étroitement lié à l’énergie et à l’agriculture : il est donc nécessaire d’adopter une perspective plus large afin d’élaborer des politiques qui tiennent compte des liens entre ces trois secteurs.

Une nouvelle station d’épuration des eaux usées a récemment vu le jour à Gaza qui illustre cette interdépendance entre gestion de l’eau, énergie et agriculture. En raison du climat d’instabilité (a) régnant à Gaza, l’entretien des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement était inexistant. L’épuisement des eaux souterraines était rapide, et les eaux usées ne bénéficiaient d’aucun traitement. Plus l’aquifère se tarissait, plus les eaux résiduaires s’infiltraient et polluaient les réserves en eau potable. Grâce à cette nouvelle station, la santé publique pourra s’améliorer et l’aquifère pourra se reconstituer. Mais cette installation ne peut offrir une solution pérenne au traitement des eaux usées que si l’alimentation en électricité est assurée à long terme. De plus, elle pourrait satisfaire la demande en eau responsable de l’épuisement de l’aquifère si les eaux traitées étaient affectées à l’agriculture, secteur le plus « aquavore ».

Le nouveau rapport (a) souligne la nécessité de décloisonner les secteurs pour mener des politiques efficaces. Depuis toujours, l’eau, l’énergie et l’agriculture ont fait l’objet de politiques distinctes et de processus de planification des investissements spécifiques. Chaque secteur est ainsi doté d’une réglementation, d’institutions et d’infrastructures propres afin de répondre aux défis et aux exigences qui le concerne.

Alors que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord œuvrent à l’élaboration d’un avenir plus durable, une nouvelle approche s’impose qui tient compte de l’imbrication de ces différents secteurs. Cette approche triplement intégrée est au cœur de l’étude, qui s’attache à démontrer sa valeur ajoutée en modélisant et en analysant l’articulation entre les secteurs de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il ressort de ces travaux que la raréfaction des réserves hydriques s’amplifiera dans tous les pays de la région au cours des prochaines décennies, notamment en raison d’une hausse de la demande.

 

Le rapport s’alarme encore plus de l’épuisement des nappes fossiles dans de nombreux pays de la région d’ici à 2050, si aucune mesure n’était prise pour réduire les prélèvements non durables.

 

Toutefois, les solutions existent, comme à Gaza. En adoptant des mesures judicieuses, certains enjeux, complexes et imbriqués, peuvent être maîtrisés. Il est indispensable de réduire la dépendance des secteurs de l’agriculture et de l’énergie à l’eau, en préservant les volumes de production voire en les accroissant. Dans le secteur de l’énergie, le passage aux énergies renouvelables est à même de diminuer la demande en eau et offre l’avantage de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les énergies renouvelables consolident également la sécurité énergétique parce qu’elles atténuent la dépendance aux importations de carburants.

Le climat exacerbera ces défis et l’urgence de stratégies globales. Face à l’assèchement des réserves en eau et à la montée des températures dans la région, il sera en effet indispensable de se doter de politiques qui réduisent la dépendance des économies aux ressources hydriques et anticipent l’incidence des changements climatiques sur ces enjeux intersectoriels pour parvenir à assurer un développement durable et la stabilité. Les systèmes de production agricole et alimentaire jouent par ailleurs un rôle clé dans la valorisation de l’eau et son utilisation à des fins plus productives. Les axes d’action consistent notamment à mieux surveiller la consommation d’eau, moderniser les systèmes d’irrigation, accroître la productivité de l’eau dans les exploitations agricoles et réduire le gaspillage de l’eau dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire.

De même, l’élimination progressive des technologies intensives de refroidissement par l’eau dans la production d’énergie thermique et l’amélioration de l’efficacité énergétique peuvent largement contribuer à réduire les besoins en eau dans la production d’électricité. Pour lutter contre le phénomène croissant de la raréfaction de l’eau, les centrales électriques qui fonctionnent par refroidissement à circuit ouvert devraient progressivement laisser la place à des systèmes en eau de mer recirculée, moins intensifs, ou de refroidissement par voie sèche.

Pour conclure, la région gagnerait à intégrer davantage les politiques de l’eau, de l’énergie et de l’agriculture : il en va de la viabilité de ces trois secteurs et plus généralement des activités économiques dont dépendent les populations.
 
 

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