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Niveau d'instruction : un nouvel exemple de réussite au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

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A classroom in Yemen
Une salle de classe au Yémen
Comme le montre le graphique ci-dessous, le « stock d'éducation », c’est-à-dire le nombre moyen d'années d'études accomplies par les plus de 15 ans tel qu'il est compilé par Barro et Lee (2013), a augmenté à un rythme régulier au cours des quarante dernières années, et ce dans toutes les régions du monde.

Il est cependant une région qui se distingue plus particulièrement, c’est celle du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) : située dans le bas du graphique et proche de l'Asie du Sud et de l'Afrique subsaharienne dans les années 1970, la performance de la région MENA connaît une accélération qui la propulse jusqu’au niveau de l'Asie de l'Est autour de 2010. On constate dans le même temps une réduction rapide de l'écart avec l'Amérique latine. La région MENA est la seule à enregistrer une dynamique aussi importante et remarquable.

Dans la région MENA, le niveau d'instruction est passé en moyenne de 2,3 années d’études en 1970 à 7,5 en 2010. Il s'agit de loin de la plus forte hausse en pourcentage (215 %) parmi l'ensemble des régions en développement, l'Afrique subsaharienne venant en seconde position (180 %).




La performance de la région repose sur les avancées remarquables accomplies par les pays qui la composent. Le Yémen, par exemple, a connu la hausse mondiale la plus élevée en termes de pourcentage, avec un niveau d'instruction qui est passé de 0,06 à 3,7 années d'études entre 1970 et 2010. Le classement du Yémen reste affecté par son niveau initial extrêmement bas, mais d'autres pays qui partaient de niveaux bien plus élevés ont continuellement accru leur stock à un rythme impressionnant. Des pays comme l'Égypte, l'Algérie et l'Iran, qui se classent respectivement aux 8e, 11e et 19e rangs (sur 145 pays), contribuent ainsi majoritairement à la première place décrochée par la région MENA.

Le profil de cette évolution donne à penser qu’elle n’a pas été entraînée par la croissance du revenu. La région MENA a en effet connu des périodes de croissance élevée et de croissance faible au cours des quarante dernières années, au gré des fluctuations du prix du pétrole, qui représente sa ressource la plus importante. La croissance du stock d'éducation est au contraire restée stable d'année en année, révélant un fort engagement régional en faveur de l'éducation comme une fin en soi.

Cet engagement régional s'est en partie manifesté par la priorité budgétaire donnée à l'éducation. Sur les quatre dernières décennies, la région MENA a consacré autour de 16,5 % de son budget en moyenne à l'éducation. Ce pourcentage est nettement supérieur à celui observé dans d’autres régions du monde, et notamment en Asie de l'Est (14,7 %) et en Amérique latine (13,6 %). L’accent mis sur l'éducation par les États de la région MENA constitue sans nul doute l'une des principales raisons expliquant sa supériorité sur le plan du niveau d'instruction.

Un autre facteur pourrait résider dans le subventionnement généralisé des produits alimentaires de base, qui constitue une pratique largement répandue dans la région. Bien que coûteuse et peu performante, cette pratique garantit la satisfaction des besoins alimentaires et nutritionnels essentiels, en particulier chez les ménages les plus modestes. Des enfants mieux nourris sont moins susceptibles d'abandonner l'école à un âge précoce à cause de problèmes de santé, ce qui contribue à améliorer le niveau d'instruction. Comment la région MENA se situe-t-elle par rapport aux autres en matière de nutrition ? La base de données des Indicateurs sur le développement dans le monde comporte une mesure de la prévalence de la malnutrition. Il se trouve que la région MENA enregistre le plus faible taux de malnutrition parmi les régions en développement (8 % en moyenne depuis 1992, date la plus ancienne pour laquelle des données internationales comparables sont disponibles pour cet indicateur). Ce facteur a certainement constitué un avantage décisif qui a aidé la région à accroître son niveau d'instruction au fil du temps. Néanmoins, une tendance inquiétante est également à l'œuvre. Si elle continue de faire mieux que les autres régions en développement, la région MENA a connu au cours des deux dernières décennies une détérioration en valeur absolue de l'état nutritionnel de sa population. Cette dégradation risque-t-elle de ralentir voire de saper la croissance constante de son stock d'éducation ? Des recherches futures devront le déterminer.

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