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Emploi et fécondité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : les mères à la rescousse ?

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 Arne HoelDans la plupart des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), les nouveaux entrants sur le marché du travail sont confrontés à des structures et à des politiques économiques qui, depuis longtemps, ne produisent plus des emplois en nombre suffisant. Ces dernières années, environ 5 millions de personnes par an ont atteint l’âge de travailler mais seulement 3 millions d’entre elles ont trouvé un emploi.

Malheureusement, les troubles politiques actuels, ainsi que les conditions et politiques économiques qui les accompagnent, laissent à penser que le problème du chômage continuera de s’amplifier sur les années à venir. Cependant, il est un phénomène « curieusement passé inaperçu » qui pourrait permettre d’y remédier. C’est celui de la chute du taux de fécondité. Selon un article de Nicholas Eberstadt et Apoorva Shah, le monde musulman (dont la région MENA, notamment) connaît l’un des reculs les plus rapides du taux de fécondité des temps modernes. En réduisant l’offre de futurs demandeurs d’emploi, ce changement de comportement chez les mères des pays de la région MENA pourrait bien atténuer le problème du chômage dans les 25 prochaines années.

Voici quelques indicateurs à retenir pour la région MENA :
  • Sur les dix pays qui ont connu les baisses de fécondité les plus marquées dans les années 1955-2010, cinq appartiennent à la région MENA (Oman, Iran, Koweït, Algérie et Libye).
  • Au Bahreïn, en Iran, au Liban, au Qatar et en Tunisie, l’indice synthétique de fécondité a déjà été ramené au taux de remplacement (2,1) voire en deçà. À l’extrémité supérieure de la fourchette, seuls quatre pays de la région, à savoir la Syrie, la Jordanie, l’Iraq et le Yémen, affichent aujourd’hui un taux de fécondité supérieur à 3 (voir ici).
  • Le taux de croissance démographique est inférieur à 2 % par an dans la plupart des pays de la région, et supérieur à ce taux essentiellement dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, qui enregistrent des entrées massives de travailleurs immigrés, et dans des pays comme le Yémen, l’Iraq et la Jordanie (voir ici).
Ces tendances ne sont guère surprenantes. Depuis les années 1970, les pays de la région MENA connaissent une urbanisation galopante, une croissance rapide de l’éducation des filles et une chute de la mortalité des enfants. Ces facteurs sont connus pour exercer un impact négatif sur la fécondité. En outre, nous observons également un recul de l’âge de mariage des femmes dans la région. Désormais, elles se marient à l’approche de la trentaine, c’est-à-dire plus tard que dans la plupart des pays en développement mais plus tôt que dans les pays occidentaux (voir ici). Au final, cet important recul du taux de fécondité n’a donc rien d’étonnant.

Selon Eberstadt et Shah, si le recul de la fécondité se poursuit au rythme actuel, plusieurs pays de la région MENA (dont l’Algérie, les Émirats arabes unis, l’Iran, le Maroc, le Qatar et la Tunisie) enregistreront un assouplissement significatif de la pression de la main-d’œuvre (du côté de l’offre) au cours du prochain quart de siècle, au point que le nombre de personnes en âge de travailler (15-64 ans) dans chacun de ces pays atteindra son plus haut niveau d’ici 2050. Un pic que le Liban devrait même connaître dès 2023 !

Bien entendu, pour d’autres pays, comme le Yémen et l’Iraq, le niveau de fécondité reste trop élevé pour laisser espérer un allègement des pressions démographiques ou de celles qui s’exercent sur le marché de l'emploi dans les trois prochaines décennies. Et il ne faut pas non plus oublier que si l’essor de l’éducation des filles peut contribuer à atténuer les problèmes de chômage dans les pays de la région MENA via son effet sur le taux de fécondité, il peut aussi accentuer les pressions sur l’emploi en faisant augmenter la proportion de femmes à la recherche d’un travail.

Enfin, le recul de la fécondité sera certes bénéfique sur le front de l’emploi, mais il générera de nouveaux problèmes dans d’autres domaines de la politique publique. Par exemple, à mesure que la population jeune diminuera, le ratio des personnes âgées inactives sur les actifs progressera, ce qui exacerbera les tensions sur les systèmes de santé et de retraite dans la région MENA. Mais c’est là un sujet pour un autre billet...

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