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#EmpowerHer : exploiter le levier de la technologie pour aider les femmes et les jeunes en Tunisie

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C’est pour moi une grande fierté de continuer à soutenir la mission du Groupe de la Banque mondiale : éliminer la pauvreté dans le monde et émanciper les populations défavorisées pour libérer un potentiel illimité de progrès.
 
La pertinence de cette mission s’est encore manifestée brillamment en juin dernier, en voyant monter sur scène des jeunes issus des régions de l’intérieur de la Tunisie et promouvoir leurs solutions en faveur de la lutte contre l’exclusion économique qui frappe les femmes et les jeunes du pays.
 
La plaie de l’exclusion économique, c’est être jeune, instruit, compétent et au chômage. C’est être une femme qui vit dans une zone rurale défavorisée, sans accès aux services de santé ni aux marchés pour vendre sa production.
 
Mais qui aurait imaginé que ces deux groupes pourraient, ensemble surmonter de tels obstacles économiques !
 
L’initiative de la Banque mondiale, baptisée « EmpowerHer » a prouvé que c’était possible !
 
Le principe de cette initiative : associer les jeunes diplômés et chercheurs d’emplois avec les femmes rurales et les inviter à développer des applications pour que ces femmes puissent surmonter leurs contraintes.  Ces applications, qui seront lancées très prochainement, aideront ces femmes à commercialiser leurs produits artisanaux en facilitant leurs accès aux marchés et aux matériaux dont elles ont besoin, ainsi qu’à des services sociaux et de santé de meilleure qualité. Elles offriront aussi aux jeunes créateurs de start-up des emplois high-tech recherchés et plus largement des perspectives économiques.
 
« Cette initiative a produit des résultats impressionnants, et ce n’est qu’un début. Nous voulons nous inspirer de cette expérience en Tunisie et l’étendre à toute la région MENA », a déclaré le Vice-Président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), Monsieur Ferid Belhaj à l’occasion de la cérémonie de lancement. « Et nous faisons en sorte que le travail des jeunes soit reconnu. »
 

 
Retour sur une initiative couronnée de succès
 
EmpowerHer est née en 2016, à l’issue d’une tournée intensive dans les régions de l’intérieur de la Tunisie pour recueillir le témoignage des femmes rurales sur leurs contraintes. Il s’agissait alors d’une initiative conçue pour « mettre la technologie au service de l’autonomisation économique et financière des femmes ». 
 
S’en est suivi un atelier où artisanes, experts techniques, institutions publiques, associations de femmes et organismes partenaires ont mis en évidence et choisi ensemble les principaux problèmes qui seraient soumis à la créativité de jeunes férus de nouvelles technologies. L’équipe du projet a ensuite lancé un appel à propositions en ligne pour inviter les jeunes sans emploi des régions intérieures de la Tunisie à développer des applications et apporter des solutions à ces problèmes. Sur les 300 candidatures reçues, 87 jeunes ont été sélectionnés pour participer à une série de hackathons destinés à faciliter la conception et le développement des applications. Les équipes concurrentes ont bénéficié de formations et de conseils tout au long du processus. Tous ces événements se sont déroulés dans les régions les plus pauvres de la Tunisie, surmontant ainsi l’obstacle de la distance et de l’isolement.  
 
Le défi était notamment de concevoir des applications accessibles même aux femmes analphabètes. Si, dans les régions de l’intérieur, l’usage d’un téléphone portable est quasiment généralisé, beaucoup de femmes ne sont pas allées à l’école. Il était donc crucial d’intégrer des fonctionnalités comme la commande vocale ou de recourir à des intermédiaires telles que les associations des femmes.
 
A la compétition finale, le concours a distingué cinq créations, et ces start-up ont été mises à l’honneur à Hammamet, au mois de juin dernier. La cérémonie a réuni, aux côtés de M. Belhaj, le Vice-Président de la Banque mondiale pour l’Afrique Hafez Ghanem, le Ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération Internationale, le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, la Ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, le Ministre des Affaires Sociales et le Secrétaire d’Etat chargé de l’Economie Numérique. Etaient également présents d’autres membres du gouvernement, ainsi que des représentants d’institutions partenaires, du secteur privé et de la société civile.
 
La cérémonie a donné le coup d’envoi de la « phase de lancement », au cours de laquelle les applications développées durant les hackathons seront mises en ligne et promues dans le Maghreb et le monde entier.
 
Voici les cinq applications lauréates :
 
Ahmini : En Tunisie, 90% des femmes rurales n’ont pas de couverture sociale. Un chiffre parlant qui met la lumière sur l’ampleur de ce phénomène malgré toutes les actions prises par le gouvernement, en faveur d’une santé pour tous.
Ahmini est une Plateforme qui permet de décentraliser l’affiliation des femmes rurales au système de couverture sociale adéquat tout en leur facilitant le paiement de leur cotisation en le fragmentant et le rapprochant.
Avec la solution Ahmini, les ouvrières et les artisanes peuvent adhérer et cotiser à distance à travers le téléphone portable et d’une façon très simplifiée.
Les documents requis des affiliations seront ensuite envoyés à la caisse nationale de sécurité sociale via la poste tunisienne ou en ligne à l'aide de certifications numériques. “Elles deviennent ainsi affiliées, et ce sans se déplacer” précise Meher Khelifi, porteur d’idée Ahmini et Startuppeur en ajoutant que le versement peut se faire chez une épicerie partenaire.
Hand & Crafts : plate-forme qui promeut et propose une richesse d'artisanat traditionnel ancestral, jusqu'ici, insuffisamment mise en valeur à l’échelle internationale.
Hand and Crafts assure un commerce équitable au profit des femmes artisanes des régions rurales à fort potentiel où leurs arts uniques ont été préservés et transmis depuis des générations.
Carpet Plus : une plateforme pour la conception et la vente de tapis personnalisés faits à la main. Les clients peuvent concevoir et réaliser leur propre tapis unique, grâce à une solution développée par l'équipe de Carpet Plus. Les hôtels, les restaurants, les entreprises et les particuliers peuvent ajouter des messages personnalisés, des noms, des logos, etc., pour apporter une touche originale à tous les intérieurs.
Auction it 4 Her by MAZED : une plateforme d'enchères en ligne spécialisée dans les produits artisanaux tunisiens authentiques, fabriqués par des femmes artisanes qualifiées, résidant dans des zones rurales. La plateforme relie ces artisanes au marché mondial.
MAZED permet aussi de valoriser les produits de l’artisanat tunisien en se basant sur l’économie équitable. Les femmes ou associations peuvent mettre aux enchères leurs productions sans que le prix proposé de départ soit modifié par Mazed ou tout autre intermédiaire.
She Shares : une plate-forme de regroupement pour l'achat et le transport de matières premières telles que la laine, le cuir, les peaux, le bois d'olivier et les fils, utilisées par les femmes artisanes dans les zones rurales. Cette plate-forme en ligne est susceptible de réduire les coûts de production et permet d'économiser du temps et de surmonter les difficultés que ces femmes endurent afin de se rendre sur les marchés éloignés en vue d’acquérir les matériaux dont elles ont besoin pour leur production.


 
« C’est l’illustration d’un développement pour et par les jeunes, pour et par les femmes. C’est aussi une nouvelle manière de promouvoir la création d’emplois et l’émancipation économique », a salué Marie Françoise Marie-Nelly, Directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte.
 
Et après ?
 
La prochaine phase du projet consistera à transformer les équipes gagnantes en entreprises entrepreneuriales. Un investisseur a apporté des fonds d’amorçage aux cinq lauréats. Des investissements motivés par le caractère novateur des modèles d’activité portés par les jeunes entrepreneurs. L’objectif est à présent d’attirer plus d’investisseurs pour permettre à ces start-up de passer à la vitesse supérieure. 
Leurs applications représentent des produits économiquement viables et rentables qui présentent aussi l’avantage de dépasser la relation fournisseur-client. Elles ont un impact sur l’autonomie économique et financière des femmes, améliorent l’inclusion sociale et contribuent à l’épanouissement des cultures locales.
En outre, même la vie des jeunes qui ont participé sans gagner a été transformée. Plutôt que d’attendre chez eux une offre d’emploi public, ils ont bénéficié de formations et de conseils revigorants, et ont été stimulés par le défi d’aider autrui. Certains d’entre eux ont décroché un stage rémunéré susceptible de déboucher sur un poste permanent. Ces jeunes savent que leurs compétences peuvent apporter une contribution qui sera utile à la société. Ils ont gagné en autonomie et envisagent désormais leur avenir autrement.
La prochaine phase du projet EmpowerHer s’attachera également à veiller à ce que les femmes artisanes se familiarisent à ces nouvelles applications et qu’elles soient formées pour améliorer la qualité de leurs produits et leur marketing. Dans les prochaines semaines, nous reviendrons plus en détail sur des applications qui, chacune à leur façon, peuvent changer la donne pour les jeunes et les femmes en milieu rural.
 
EmpowerHer est le fruit d’une étroite collaboration avec le Gouvernement tunisien, le secteur privé, la société civile et divers partenaires, ainsi qu’avec les pôles Finance, compétitivité et innovation, Transport et développement numérique et Genre et égalité hommes-femmes de la Banque mondiale et la Société financière internationale (IFC).

Commentaires

Soumis par KOUAMBA Rufin le

Bonjour M.
Tres bonne initiative , aider ces femmes et ces jeunes c'est aussi réduire la criminalité et la rebilion, mais comment allez vous procéder? ce projet se limitera uniquement en Tunisie? ou bien s'étendra dans d'autres sous région?

Soumis par Cyrille BADO le

Bonjour Madame/Monsieur,
C'est avec grand intérêt que j'ai parcouru l'article dont le contenu m'a fortement intéressé et encouragé surtout dans une de nos approches qui consistent également à favoriser l'autonomisation socioéconomique de la femme africaine à travers le digital.
En effet, je suis Coordonnateur Général d'un forum dénommé le FAFEL qui n'est autre que le Forum Africain des Femmes Leaders organisé depuis 2 ans au Burkina et dont la dernière édition a eu lieu en Février dernier sur le thème Leadership féminin et défit des ODD: Quelle contribution de la femme à l'atteinte des résultats? Cette 2è édition a vu la participation de plus de 200 femmes venant de 6 pays d'Afrique de l'ouest et du Centre. Les questions suscitées à la suite des thématiques abordées, par les participantes, nous ont conduit à des réflexions sur l'intégration et la vulgarisation du digital au profit du commerce transfrontalier. C'est pourquoi dans la perspective de la 3è édition dudit Forum prévu pour Mars 2019, nous travaillons à pousser la réflexion et mener des concours de création d'applications mobiles en rapport avec la thématique centrale formulée en ces termes: Leadership Féminin et Commerce transfrontalier : Alternative Digitale.
Le but étant d'ouvrir le champ des possibilités aux jeunes filles des instituts de formation afin qu'elles soient porteuses d'initiatives digitales qui contribuent à faciliter la promotion et la commercialisation des activités génératrices de revenues (agricoles, artisanales entre autres) de leurs mères et soeurs scolarisées où non, en milieu rural et périurbain.

Ma question, la voici: Existe-t-il des possibilités que la Banque Mondiale (et d'autres institutions partenaires) soit partenaire d'une initiative privée comme la nôtre ? Si oui qu'elles seraient les critères à remplir?
Dans l'attente de votre retour, je vous remercie et vous encourage dans cette belle approche.
Cordialement,
Cyrille BADO
Women And Youth Advocate
Entrepreneur-Conférencier-Formateur/Motivateur
Coordonnateur du Forum Africain des Femmes Leaders
Et du Weekend Spécial des Mères
(226) 75835757 (Whatsapp)

Soumis par Mohamed Mahraoui le

Tout d'abord je salue cette initiative de la Banque mondiale qui aura sans doute des retombées très positives sur les femmes vivant dans les zones rurales.
J'ai conçu un programme similaire pour les régions du sud du Maroc surtout celles qui utilisent très souvent la langue berbère.
Y a-t-il une possibilité de partager avec vous ce programme et bénéficier de votre expérience dans la lutte contre la pauvreté dans ces régions ?
Mohamed MAHRAOUI.

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