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Faire preuve de respect, d’ouverture et d’écoute : pour un soutien judicieux au printemps arabe

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Inger Andersen est vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord, où elle est chargée de la stratégie et des opérations de l’institution dans l’ensemble de la région.

Inger AndersenCette semaine marque mon retour professionnel au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA). Jusqu’à vendredi dernier, j’étais vice-présidente de la Banque mondiale en charge du Réseau pour le développement durable, une mission passionnante et enrichissante touchant à une multiplicité d’initiatives internationales dans l’agriculture, l’infrastructure ou le changement climatique. C’est pour moi un honneur que d’avoir été désignée vice-présidente pour la Région MENA à un moment aussi crucial pour la région. Les feux des projecteurs sont braqués sur nous et les attentes sont nombreuses...


Alors que l’histoire se fait sous nos yeux, le printemps arabe, les révoltes et les révolutions m’ont donné matière à réflexion : quelles seront les répercussions de ces mouvements ? Quel avenir nous réservent-ils ? Je reste fondamentalement optimiste, les peuples de la région ayant, comme ils l’ont exprimé eux-mêmes avec une profonde sincérité, « recouvré leur dignité ». Mais les violences et les pertes humaines, qui perdurent, ne laissent pas de m’inquiéter. Les appels à la participation et à l’expression des citoyens dans les décisions et les politiques qui engagent leur vie ont fait des émules : l’esprit de protestation a traversé les frontières. Nous vivons certes des heures exceptionnelles mais nous savons tous que de nombreuses inconnues demeurent, sans compter les multiples difficultés économiques et sociales à résoudre. La route est longue avant que les aspirations libérées par le printemps arabe ne deviennent réalité.

Je suis convaincue que l’un des enjeux les plus délicats de ma nouvelle mission consistera à trouver les solutions idoines pour capter ce nouvel état d’esprit, le soutenir et l’appuyer. Comment intervenir sans freiner des processus sociaux historiques que nous observons avec ferveur tout en y étant extérieurs ? Je rejoins une équipe de professionnels qui travaillent d’arrache-pied pour y parvenir. Je pense que ma connaissance préalable de la région et de ses complexités va m’aider à intégrer ce groupe de collègues dévoués. Nous devons réagir vite et en souplesse. Nous devons aussi faire preuve de délicatesse, de respect et d’ouverture, en étant à l’écoute des changements rapides dont nous n’avons pas toujours forcément connaissance.

Pour bon nombre d’entre nous, le printemps arabe aura prouvé que l’accès à l’information, la transparence, la redevabilité et la capacité des citoyens à faire entendre leur voix sont des impératifs catégoriques. La Banque mondiale ne peut se contenter d’aider les autorités de la région MENA à mettre en place des politiques, des lois et des réglementations. Celles-ci n’auront de sens que si les citoyens ont la possibilité de dire si elles sont effectivement appliquées ou au contraire bafouées.

Nous devons absolument trouver des solutions pour écouter nos clients — et, parfois, les aider à entendre leurs citoyens — si nous voulons que notre travail et nos conseils soient utiles. En tant qu’institution internationale œuvrant pour le développement, nous avons accumulé un certain savoir. Mais nous devons faire preuve d’humilité et adapter ce savoir aux évolutions de sociétés en pleine refonte, au risque sinon d’être condamnés à recycler des solutions obsolètes.

Mon souhait est de faire de ce blog un espace de réflexion sur les défis qui nous attendent. J’espère pouvoir engager un dialogue fructueux avec toutes celles et tous ceux qui ont des connaissances à nous transmettre, souhaitent discuter de nos idées et contribuent à en faire émerger de nouvelles.

Commentaires

Soumis par Motaz le

Je tiens d’abord à exprimer tous mes vœux de réussite à Mme Andersen. Ensuite, j’aimerais faire un commentaire ou plutôt une suggestion : pourriez-vous, dans les mois à venir, réfléchir à la question cruciale de la « paix sociale » ? Pour moi en effet, une société ne peut assurer la justice et le développement, économique ou politique, sans une bonne entente entre les citoyens. Elle doit aussi établir les canaux de communication qui nous permettront de passer à la prochaine étape. Nous savons que la réconciliation avec soi-même puis entre les différentes parties est le plus sûr moyen de relever et de rebâtir des communautés, surtout lorsqu’elles ont été opprimées.
Ceci est une traduction d'un commentaire rédigé en anglais.

Soumis par BP Agrawal le

Merci Motaz pour vos commentaires judicieux et vos bons vœux. Je suis d'accord avec vous, la paix et la stabilité sociales sont cruciales pour le développement. À la Banque mondiale, nous nous efforçons d’être à l’écoute et d’en tirer des enseignements. Il y aura beaucoup à faire pour satisfaire les aspirations nées du printemps arabe. L’un des principaux messages portés par les manifestations concerne incontestablement la transparence des informations et la possibilité pour les citoyens de faire véritablement entendre leur voix. La participation civile — qui va de pair avec la redevabilité des autorités vis-à-vis des citoyens — est l’une des clés de la bonne gouvernance. Elle est toujours au cœur de nos échanges avec les gouvernements. Voici un lien vers un article qui devrait vous aider à mieux connaître notre vision en la matière. Pour autant, la Banque mondiale ne peut évidemment rien imposer : les sociétés doivent décider par elles-mêmes d’opter ou non pour la bonne gouvernance. Là où nous pouvons être utiles, c’est en montrant comment d’autres pays ont procédé pour édifier des institutions responsables et ouvertes. En vous remerciant à nouveau, je vous invite à continuer de nous faire part de vos commentaires et suggestions.


Ceci est une traduction d'un commentaire en anglais posté ici.

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