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Redonner du travail aux Syriens : les pays d’accueil et les réfugiés y gagnent

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 John Speakman l World BankJ’ai passé les six dernières semaines à réfléchir à la question suivante : comment pourrions-nous offrir des possibilités d’emploi aux réfugiés syriens, en particulier dans les pays proches de la Syrie ? Il y a une dizaine d’années de cela, je travaillais au développement du secteur privé dans ce pays et, alors que je connaissais déjà la quasi-totalité des pays du Moyen-Orient, j’ai été frappé par le potentiel industriel de la Syrie. Tandis que je flânais dans les souks d’Alep et de Damas, tous les sens en éveil, j’ai découvert les extraordinaires capacités des artisans qui fabriquaient des meubles, des objets, des tissus ou des pâtisseries. Comment la Banque mondiale pourrait aider les réfugiés syriens ? Je me suis rapidement dit qu’il faudrait nous appuyer sur ces entrepreneurs et artisans et sur leur riche savoir-faire. La Banque pourrait-elle par exemple reproduire ce qui a été fait il y a quelques années aux côtés des Pachtounes de la province du Khyber Pakhtunkhwa ? Là-bas, nous avions aidé de petits entrepreneurs à reprendre leurs activités après la destruction de leurs moyens de subsistance par les talibans. Une action similaire serait-elle possible ?

J’ai été conforté dans cette idée la semaine dernière à l’occasion d’un voyage en Jordanie. J’y ai visité des zones de développement économique que les Jordaniens ont mises à la disposition d’investisseurs désireux de créer une activité et d’employer des Syriens. J’ai ainsi rencontré plusieurs investisseurs syriens, comme Ahmed. Ahmed a été un précurseur : fabricant de chaussures, il a quitté la Syrie au début de la crise et a réinstallé sa petite entreprise dans la ville jordanienne de Ma’an. Après des débuts modestes, il emploie aujourd’hui 30 ouvriers, Jordaniens pour la plupart. Je suis ensuite allé à Karak où j’ai rencontré Moustapha, un autre Syrien ayant vécu une histoire semblable. Il fabrique des pâtisseries qu’il exporte aujourd’hui dans de nombreux pays, y compris en République dominicaine.

Sur la route qui me ramenait à Amman ce même jour, je me demandais si nous pourrions trouver d’autres Ahmed et Moustapha. Nous savons qu’il existe une dizaine ou une vingtaine de petites ou moyennes entreprises du même type en Jordanie, mais aussi quelques-unes dans les pays du Golfe, en Turquie et en Égypte. Ces entrepreneurs ont eu de la chance, leurs moyens de production n’avaient pas été détruits et ils ont pu emporter avec eux des capitaux, des machines et un savoir-faire. Mais que sont devenus ceux qui n’ont pas eu cette chance et dont les entreprises ont été anéanties ? On estime que plus de la moitié des capacités de production d’Alep ont été détruites. Alep. Ce grand centre industriel du Moyen-Orient, qui produisait précisément les capacités de fabrication (outils, matrices, etc.), est désormais un champ de ruines. Que pouvons-nous faire ?

Pourrions-nous construire de petits ateliers (comme celui d’Ahmed sur la photo) ou financer le remplacement des équipements perdus ? Que pouvons-nous faire pour aider ces entrepreneurs à redémarrer leur activité et, ainsi, contribuer à l’économie des pays qui les accueillent ? Avant tout, il faut les localiser. J’ai donc commencé à évoquer cette question avec toutes les personnes qui voulaient bien m’écouter, pour essayer de trouver des idées.

​​​​​​Courtesy of John Speakman l World BankJ’en ai ainsi parlé avec Omer Karasapan, un collègue blogueur très au fait des questions relatives aux réfugiés du Moyen-Orient. Selon notre expérience commune de la situation dans les États fragiles, nous savions que les membres des diasporas sont souvent des précurseurs. Alors nous nous sommes penchés sur les chiffres. La dispersion mondiale de la communauté syrienne ne date pas d’hier : elle remonte au 19e siècle, les membres de la diaspora s’étant surtout installés sur le continent américain. Le Brésil, les États-Unis, l’Argentine, le Mexique et le Canada rassemblent au moins 75 % de la diaspora syrienne, les autres membres étant dispersés en Europe, en Afrique et en Océanie. Néanmoins, la situation des réfugiés est bien différente. Si le plus grand nombre de réfugiés hors du Moyen-Orient se concentre en Allemagne et en Suède, la très grande majorité d’entre eux vivent toujours dans les pays frontaliers de la Syrie, en particulier la Turquie, le Liban et la Jordanie. Dans ces conditions, que faudrait-il mettre en place pour combler ce fossé géographique et mettre en relation les réfugiés syriens avec de potentiels investisseurs de la diaspora ?

Pour répondre à cette question, nous avons besoin d’aide et de nouvelles idées. Sachant que de nombreuses actions informelles sont menées dans ce domaine, l’institution de la Banque mondiale cherche le moyen de soutenir des initiatives qui bénéficient tout autant aux réfugiés syriens qu’aux communautés et aux pays qui les accueillent. Nous devons notamment trouver des solutions pour mobiliser les compétences, le sens des affaires et si possible les capitaux qui permettront de relever ce défi : créer des emplois en Jordanie, au Liban et en Turquie.

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