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Développement des marchés de capitaux verts à Dubaï

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 Theodore ScottLe Conseil suprême de l’énergie de Dubaï (DSCE) et la Banque mondiale sont récemment convenus d’élaborer ensemble une stratégie de financement pour un programme local d’investissements écologiques. Ce financement fera appel à diverses sources, notamment à des obligations vertes et à des certificats d’investissement islamiques (sukuk).
 
La Banque mondiale soutient la croissance du marché des obligations vertes, non seulement en qualité d’émetteur, mais également en diffusant son savoir auprès des nouveaux émetteurs potentiels, des investisseurs et d’autres acteurs du marché, via des conférences et des ateliers. C’est ainsi qu’un accord a pu être signé entre la Banque mondiale et le DSCE lors du premier Sommet mondial sur l’économie verte, accueilli par Dubaï en avril 2014.
 
Ce partenariat avec le DSCE pour la définition d’une stratégie de financement des investissements écologiques dans l’émirat constitue une étape supplémentaire dans la participation de la Banque mondiale à la croissance et à la diversification des marchés de capitaux verts. Il s’inscrit également dans le cadre des efforts d’écologisation déployés par Dubaï. Le programme est ambitieux. Il porte notamment sur la construction du parc solaire Mohammed bin Rashid Al-Maktoum, qui, une fois achevé, produira 1 000 MW d’électricité, et sur la conversion de 30 000 bâtiments aux normes d’efficacité énergétique les plus strictes. Outre ses effets bénéfiques sur la réduction des émissions de carbone, chaque projet apportera au marché des connaissances et des données utiles pour le développement du secteur dans la région.
 
Par le biais de ses émissions d’obligations vertes, la Banque mondiale a instauré un processus permettant aux investisseurs de financer des programmes spécifiques qui ont un impact positif sur le climat et sur l’environnement. Nombre d’autres émetteurs, dont des banques multilatérales de développement, des agences publiques et des entreprises (aux États-Unis et en Europe principalement) ont adapté ce processus à leurs propres besoins. Cette collaboration avec le DSCE offre à la Banque mondiale l’opportunité de faire profiter de son expérience l’un de ses pays membres dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord et d’aider à mobiliser des financements pour des activités climato-intelligentes.
 
Il est intéressant de rappeler comment tout cela a commencé. Il y a près de sept ans, le service de Trésorerie de la Banque mondiale a été contacté par un groupe de fonds de pension scandinave en quête d’un investissement liquide noté AAA qui lui permettrait de soutenir des projets « respectueux du climat ». La Banque mondiale s’est associée à la banque suédoise SEB et aux investisseurs pionniers pour élaborer le concept d’obligation verte qui est à l’origine de ce marché.
 
L’idée est simple : la Banque mondiale émet des obligations spécifiquement désignées comme des « obligations vertes ». Le produit de cette émission sert exclusivement à financer des projets répondant à des critères d’admissibilité prédéfinis. Les investisseurs dans ces obligations vertes peuvent acheter des titres notés AAA en étant certains que leur apport financier contribuera à la réalisation de projets favorisant la lutte contre le changement climatique. En outre, les obligations vertes s’accompagnent d’une reddition de compte transparente sur les projets ainsi financés et leur impact (adaptation au changement climatique ou atténuation de ses effets).
 
Le Groupe de la Banque mondiale compte deux émetteurs distincts, qui opèrent sur le marché des obligations vertes. Depuis sa première émission en novembre 2008, la Banque mondiale (par l’intermédiaire de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement – BIRD) a émis 62 obligations vertes, dans 17 monnaies, et levé ainsi quelque 5,6 milliards de dollars. De son côté, la Société financière internationale (IFC) a émis un total d’environ 3,4 milliards de dollars d’obligations vertes, dont deux émissions de référence de 1 milliard de dollars, ce qui a favorisé la croissance de ce marché.
 
L’éventail des participants au marché des obligations vertes s’élargit rapidement. L’année dernière, nombre de nouveaux émetteurs sont apparus sur ce marché, notamment des autorités locales, des agences publiques, des banques et des entreprises. Même si ce sont des organisations supranationales qui en sont à l’origine, le marché des obligations vertes attire de plus en plus d’émetteurs du secteur privé, qui sont considérés comme essentiels pour canaliser les capitaux en direction de projets climatiques et environnementaux durables. Les investisseurs apprécient cette diversité, car elle leur offre un choix plus vaste en termes d’émetteurs, d’exposition et de types de projets à financer. 
 
Ce marché affiche également une forte croissance en volume. Plus de 11 milliards de dollars de titres désignés spécifiquement comme des obligations vertes ont été émis en 2013, et plus de 12 milliards de dollars sur les premiers mois de 2014. Lors du Forum économique mondial de Davos, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a appelé de ses vœux un doublement du marché mondial des obligations vertes, ce qui le porterait à 20 milliards de dollars en septembre 2014 et à 50 milliards de dollars en décembre 2015, deux dates auxquelles les Nations Unies organiseront un sommet sur le climat. Près de 12 milliards de dollars ayant été émis entre le début de l’année et fin avril, l’objectif fixé par Jim Yong Kim pour 2014 pourrait même être dépassé.
 
Aux termes du contrat de conseil qu’ils ont signé lors du Sommet mondial sur l’économie verte à Dubaï en avril dernier, l’émirat et la Banque mondiale travailleront ensemble pour mobiliser des financements destinés à l’ambitieux programme de transition vers une économie plus respectueuse de l’environnement à Dubaï. L’entrée de Dubaï sur les marchés de capitaux verts constitue une étape décisive, car elle fait de cet émirat un nouvel émetteur et un nouveau pôle géographique dans la région MENA, et elle introduit un nouveau type d’investissement. Elle pourrait aussi produire un modèle de financement écologique qui permettra de catalyser davantage d’investissements au profit de la croissance durable, un modèle que d’autres pays de la région pourraient adopter.

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