Syndicate content

Les pays arabes sont-ils compétitifs ?

Omer Karasapan's picture
Cette page en : English | العربية
Les pays arabes sont-ils compétitifs ?Quelle est la situation des pays arabes en matière de compétitivité ? Sont-ils en mesure d’assurer la prospérité de leurs citoyens ? Utilisent-ils efficacement les ressources disponibles ? 

Si l’on en croit le Rapport mondial sur la compétitivité (a), une publication annuelle du Forum économique mondial, les économies des pays arabes varient considérablement au regard de ces questions. Sur les 148 pays étudiés, le Qatar se classe à la 13e place, et seuls quatre pays dans le monde font moins bien que le Yémen.

Peut-être faut-il d’abord se demander comment cette compétitivité est mesurée. La réponse est loin d’être simple. La compétitivité est évaluée sur la base d’un indice qui comprend plus de 110 variables, dont les deux tiers proviennent d’une enquête d’opinion réalisée par le Forum économique mondial auprès d’environ 14 000 chefs d’entreprise ; le tiers restant provient de sources accessibles au public. Ces variables sont ensuite organisées en 12 catégories (ou « piliers ») censées correspondre à des facteurs déterminants de la compétitivité et pondérées selon la nature de l’économie, selon que celle-ci est tirée par les facteurs, l’efficacité ou l’innovation.

Dans les économies tirées par les facteurs (ce qui correspond selon le Forum économique mondial à un premier stade de développement), les principaux piliers sont les institutions, l’infrastructure, la stabilité de l’environnement macroéconomique, la santé et l’éducation primaire.

Dans les économies tirées par l’efficacité (soit au stade 2), l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, l’efficacité du marché des produits et du marché du travail, l’évolution des marchés financiers, la maturité technologique et l’importance du marché (interne ou externe) comptent parmi les facteurs les plus déterminants.

Dans les économies tirées par l’innovation (stade 3), la pondération porte essentiellement sur le degré de sophistication des affaires et l’innovation.

Le Forum économique mondial a recours à des valeurs intermédiaires pour les économies « en transition », c’est-à-dire qui se situent entre deux stades.

Concernant les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA), le Yémen est classé dans les économies tirées par les facteurs ; l’Algérie, l’Égypte, le Koweït, la Libye, le Qatar et l’Arabie saoudite ont eux entamé un processus de transition vers une économie tirée par l’efficacité. La Jordanie et le Maroc ont déjà accédé à ce stade, tandis que Bahreïn, le Liban et Oman se tournent progressivement vers une économie tirée par l’innovation. Les Émirats arabes unis sont le pays de la région MENA classé dans le troisième stade.

Ne faisons pas durer plus avant le suspense et étudions à présent ce nouveau classement 2013.

Cette année, encore, les pays européens se pressent en tête de tableau : la Suisse occupe la première place ; la Finlande occupe le 3e rang, l’Allemagne le 4e ; la Suède arrive en 6e position, suivie des Pays-Bas, à la huitième place, et du Royaume-Uni à la 10e place. Les États-Unis, qui sont le seul pays du continent américain à figurer parmi les dix premières économies de la planète, héritent de la cinquième place. Trois pays asiatiques complètent ce groupe de tête : Singapour classé au 2e rang, Hong Kong au 7e et le Japon au 9e. Parmi les pays arabes, certains bénéficient d’un classement honorable, pour d’autres, c’est moins reluisant.

Économie la plus compétitive de la région MENA, le Qatar se hisse à la 13e place du classement ; cette performance s’explique par la qualité du cadre institutionnel (4e), la bonne stabilité macroéconomique (6e) et l’efficacité du marché des biens (3e). Le classement des Émirats Arabes Unis à la 19e place dénote la qualité de son infrastructure (5e), l’efficacité du marché des biens (4e), la stabilité macroéconomique du pays (7e), la confiance accordée aux responsables politiques (3e) et l’efficacité des pouvoirs publics (9e). Le pays doit cependant investir davantage dans la santé (49e) et l’éducation (49e). L’Arabie saoudite recule de deux places et s’établit au 20e rang. Les indicateurs de stabilité macroéconomique demeurent solides, malgré un certain flottement (4e), tandis que la santé et l’éducation restent en deçà des résultats obtenus ailleurs, que le pilier de l’enseignement supérieur et de la formation s’est émoussé depuis 2012 (48e). Enfin, l’efficacité du marché du travail est en baisse par rapport aux classements précédents (70e). La Jordanie rétrograde à la 68e place, en raison des difficultés macroéconomiques qu’elle connaît. Pour stimuler la croissance, une certaine stabilité et des réformes structurelles sont nécessaires, pour prétendre notamment à une plus grande efficacité du marché du travail (101e). Les tarifs douaniers demeurent élevés (108e). L’accès au financement est plus facile que dans de nombreux autres pays (34e), mais les initiatives de redressement du secteur bancaire doivent se poursuivre (114e). La Tunisie occupe la 83e place, un classement qui témoigne des difficultés du gouvernement à réduire le déficit budgétaire et l’inflation, alors qu’il œuvre pour une croissance viable et lutte contre un chômage élevé. La principale faiblesse du pays réside dans l’inefficacité du marché du travail (132e), sur laquelle les autorités devraient absolument se pencher. Signalons encore l’inefficacité des marchés financiers (129e) et la nécessaire stabilisation du système bancaire pour rétablir la confiance. Pour finir, l’Égypte a chuté de 11 places et pointe cette année à la 118e place. Les difficultés touchant à la sécurité du pays et son instabilité politique nuisent à la compétitivité et au potentiel de croissance de l’économie égyptienne. Certes, l’apaisement de la situation politique demeure la priorité essentielle, mais l’Égypte a aussi besoin i) d’un plan d’assainissement budgétaire crédible soutenu par des réformes structurelles pour garantir une stabilité macroéconomique ; ii) de mesures destinées à intensifier la concurrence sur le marché intérieur afin de gagner en efficacité et de dynamiser l’économie grâce à de nouveaux arrivants et ; iii) d’un marché du travail plus flexible et efficace afin d’améliorer ostensiblement les perspectives d’emploi à moyen terme.

Pays

Rang

Score (1-7)

Rang 2012-2013

Rang 2011-2012

Qatar

13

5,24

13

11

Émirats arabes unis

19

5,11

19

24

Arabie Saoudite

20

5,10

20

18

Oman

33

4,64

33

32

Koweït

36

4,56

36

37

Bahreïn

43

4,45

43

35

Jordanie

68

4,20

68

64

Maroc

77

4,11

77

70

Tunisie

83

4,06

s/o

s/o

Algérie

100

3,79

98

110

Liban

103

3,77

101

91

Libye

108

3,73

106

113

Égypte

118

3,63

115

107

Yémen

145

2,98

140

140

* L’enquête n’a pas pu être effectuée en Syrie en raison de la situation sécuritaire. La Tunisie ne figurait pas dans le classement de l’an dernier.

Envie de réagir ? Envoyez-nous vos questions et commentaires