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L’Histoire en direct : la Tunisie se prépare au changement

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À Washington au début du mois pour une visite officielle aux États-Unis, le Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi a pris le temps de venir à la Banque mondiale pour partager avec nous – à la veille des élections du 23 octobre – sa vision de l’avenir du pays. Nous en avons été très honorés.

Quel moment extraordinaire pour ce pays ! Le Premier ministre – qui reconnaît volontiers être « un vieux routard de la politique » puisqu’il sert son pays depuis l’indépendance, en 1957 – nous a confié avoir longtemps espéré un changement. Pour autant, les modalités, la rapidité et l’imprévisibilité de la révolution de décembre et janvier l’ont pris par surprise.

L’homme qui préside aux destinées d’un pays engagé dans une mutation aussi radicale que rapide semble taillé pour l’occasion. À plus de 80 ans, il doit aider la nation, placée devant son destin par une jeunesse sans leaders ni affiliation politique, à opérer un choix décisif. En cette période d’intenses bouleversements, force est d’admirer la maturité des Tunisiens qui ont su trouver un chef respecté et expérimenté à qui confier la barre pour une transition en douceur, aussi cruciale que l’a été l’indépendance en son temps, vers les premières élections véritablement démocratiques du pays.

Le gouvernement de transition qu’il dirige – le troisième désigné dans les quelques semaines qui ont suivi la chute du président Ben Ali, le 14 janvier dernier – était condamné à voir sa légitimité constamment questionnée. Les Tunisiens s’attendaient à ce qu’il jette l’éponge au bout d’un mois, nous a-t-il confié. « En fait, nous avons tenu un deuxième mois, un troisième puis un quatrième et, au final, huit mois plus tard, nous sommes toujours là », raconte le Premier ministre. Le secret, pour lui, c’est d’être parvenu à trouver un consensus, malgré une opinion parfois rétive et les immenses espérances nées de la révolution. La Tunisie ne manque pas d’atouts, comme l’engagement grandissant de la société civile, et en particulier de la jeunesse, dans lequel il voit un signe d’espoir et d’opportunités pour l’avenir. Sans oublier les femmes, qui représentent elles aussi une vraie richesse pour le pays, a poursuivi celui pour qui les pays qui excluent les femmes de la vie publique sont condamnés à un rôle « mineur ». On sentait là un certain agacement, balayé par les sourires et les applaudissements chaleureux qu’il a déclenchés en affirmant que les femmes étaient de meilleurs travailleurs que les hommes...

Pour le Premier ministre, la réussite de la Tunisie ne concerne pas seulement ses habitants mais bien tous les peuples avides de démocratie, de transparence et de liberté, dans le monde arabe et ailleurs.Il l’a parfaitement exprimé : « Notre responsabilité est de réussir, non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour le monde arabe et le monde musulman. Le printemps arabe a commencé en Tunisie mais ce ne sera pas un printemps arabe s’il se limite à la Tunisie. Le vent de la liberté ne connaît pas de frontières ».

La Banque mondiale a eu le privilège de travailler ces huit derniers mois avec M. Caïd Essebsi et son équipe. Leur volonté de rompre résolument et concrètement avec le passé, de faire les choses différemment, n’a pas cessé de transparaître. Tout comme le désir, parfaitement logique, de satisfaire les aspirations de millions de Tunisiens qui rêvent d’une société démocratique plus équitable mais à laquelle il manque encore les institutions nécessaires. Soucieux d’aider le gouvernement et le peuple tunisiens à traverser une passe économique difficile, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne et l’Agence française de développement ont approuvé ensemble un projet d’appui budgétaire. Les réformes engagées ont été, pour reprendre le jargon maison, les « déclencheurs » de cette aide, il convient de le souligner. Voici à nouveau ce qu’en disait le Premier ministre, à l’époque : « Le programme de réformes mis en œuvre par le gouvernement de transition répond aux principales aspirations du peuple tunisien et montre que la Tunisie a tourné une page de son histoire. Le peuple tunisien a fait savoir qu’il voulait voir des progrès dans les domaines de la transparence et de la gouvernance, ainsi que des actions immédiates pour soulager les chômeurs, les plus démunis et les plus vulnérables de leur détresse. Ce prêt nous aidera à répondre à ces attentes et à prévenir une réapparition de certaines des tares les plus visibles de l’ancien régime ».

Ces réformes, qui introduiront davantage de transparence et de responsabilité tout en offrant aux citoyens un espace d’expression, font bien entendu partie de tout projet à long terme d’une société, quelle qu’elle soit. Pour la Tunisie comme pour bon nombre d’autres pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, c’est là un changement fondamental puisqu’il ne s’agit de rien d’autre que de signer un nouveau contrat social.

Voici trois liens (un par langue) qui vous permettront d’écouter M. Caïd Essebsi… Faites-le ! C’est la voix d’un homme conscient de vivre un moment exceptionnel de l’histoire de son pays. Il a des choses à nous dire, qui que nous soyons. Ensuite, n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez…

Intervention en français, en anglais et en arabe

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