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Pour que le rôle de la femme change dans la région, la voix des hommes peut faire toute la différence

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World Bank | Arne Hoel - Pour que le rôle de la femme change dans la région, la voix des hommes peut faire toute la différence Hier soir, en rentrant chez moi, j’écoutais un débat (entre personnalités féminines) sur le 50e anniversaire de la publication de l’ouvrage de Betty Friedan, La Femme mystifiée. La discussion cherchait à déterminer si cet essai était encore pertinent aujourd’hui et, si oui, quels étaient les aspects toujours d’actualité.  Un thème est revenu à plusieurs reprises : pour que le mariage ou l’éducation des enfants soit un véritable partenariat, il faut que les hommes revendiquent leurs droits sur ce qui relève traditionnellement de « prérogatives maternelles », à savoir, par exemple, libérer du temps sur l’activité professionnelle pour s’occuper de son enfant lorsqu’il est malade ou l’emmener chez le médecin. 

Cette prise de responsabilités et l’affirmation du droit égal des pères à s’occuper de leur enfant, même au détriment de leur travail, ont pour effet complémentaire de renforcer le droit égal des mères à continuer de travailler pour assurer leur carrière. In fine, ces éléments donnent aussi à l’enfant la possibilité d’avoir une interaction plus équilibrée à ses deux parents. 

Avec cet exemple, parmi d’autres, il m’apparaît clairement que les disparités qui demeurent entre hommes et femmes, en Occident, auront plus de chances d’être surmontées si les hommes décident que cette parité est importante aussi pour eux et appellent eux-mêmes à sa mise en œuvre.

Tandis que l’émission se déroulait, j’imaginais la transposition de cette analyse de La Femme mystifiée au Moyen-Orient, faisant la relation avec les événements actuels, et plus particulièrement avec les violences envers les femmes en Égypte (ainsi qu’en Inde). J’ai suivi de près la couverture médiatique de la montée des violences sexistes sur la place Tahrir et alentour. Ce qui m’a le plus impressionnée, ce sont les voix passionnées de ces hommes qui s’exprimaient haut et fort contre cette violence et agissaient pour l’empêcher. En écoutant des interviews d’habitants de la région, je me suis rendue compte de l’écho immense que les hommes peuvent donner aux « questions touchant aux femmes » à partir du moment où eux-mêmes s’en emparent. Ainsi :

1. Si la parole vient d’un homme, l’antagonisme « nous contre eux » n’a plus lieu d’être : Entendre un homme s’exprimer contre les agressions physiques dont sont victimes les femmes, ou pour le droit des femmes à se sentir en sécurité lorsqu’elles marchent dans la rue dans leur quartier, ou pour le droit des mères à avoir elles aussi une carrière, réduit à néant l’idée d’un antagonisme entre les sexes ou l’idée selon laquelle ce qui constitue une avancée pour les femmes signifie nécessairement une perte pour les hommes. Lorsque des hommes s’expriment haut et fort sur un tel sujet, il devient au contraire évident que, à partir du moment où les femmes gagnent en sûreté et en sécurité, les hommes ont tout à y gagner aussi.

2. Si la parole vient d’un homme, cela confère aux hommes une part de responsabilité dans la recherche de solutions : On laisse généralement aux femmes la responsabilité de traiter et de résoudre les questions qui les concernent. Or, et tout particulièrement lorsqu’il s’agit de violence sexuelle, les hommes peuvent, par leur prise de position, soulever des questions cruciales, telles que : « Quel rôle chacun d’entre nous, en tant qu’homme, joue-t-il dans la définition et la perpétuation des normes sociales ? Quelle est la responsabilité des hommes adultes non seulement vis-à-vis des filles, mais également vis-à-vis des garçons ? Dans quelle mesure chacun d’entre nous peut-il contribuer à enseigner aux garçons et aux jeunes hommes des attitudes et comportements non sexistes vis-à-vis des filles et des femmes, à les guider sur cette voie et à agir en modèle ? » Il ne s’agit plus ici de reprocher leur comportement aux victimes, mais de tendre vers une notion collective de la responsabilité, qui permettra de faire évoluer les comportements et ce, d’une manière plus pérenne.

3. Si la parole vient d’un homme, cela place la discussion dans le cadre des droits universels de la personne humaine : La plupart des « questions touchant aux femmes » qui portent sur des inégalités hommes/femmes relèvent en fait des droits de la personne humaine : le droit au congé de paternité (et de maternité), le droit à un accès égal à l’éducation pour tous les enfants, la possibilité de trouver un emploi qui corresponde aux compétences acquises dans ses études... Nombre de fils, de pères et de maris veulent une meilleure éducation et de meilleurs emplois pour eux-mêmes comme pour les membres de leur famille qui sont de sexe féminin : mère, fille, épouse. Lorsque les hommes rappellent à leurs semblables qu’il s’agit non pas de « questions touchant aux femmes » mais de sujets liés aux droits de la personne humaine, tout aussi importants pour les hommes que pour les femmes, la perception de ces sujets comme des sujets dans lesquels chacun a un rôle à jouer avance considérablement.

4. Lorsque ce sont des hommes qui se font les défenseurs de l’égalité des droits, cela fait une vraie différence : Beaucoup de femmes qui se sont hissées dans des entreprises classées dans le Fortune 500 ou qui sont devenues des chefs de file politiques indiquent qu’avoir eu un homme pour mentor dans leur vie professionnelle a joué un rôle crucial. Souvent, il s’agit d’hommes ayant un solide sens du « fair-play », qui tendent à se sentir largement concernés par les problèmes d’équité et de répartition des ressources dans la société. Non seulement ils portent des idéaux d’équité, mais ils sont également désireux de les défendre publiquement. Loin de craindre de voir leur statut dégradé aux yeux de leurs semblables, ces hommes sont focalisés sur des valeurs de long terme. Ils voient le bénéfice qu’il y a à partager les responsabilités avec un(e) partenaire pour mieux gérer les finances et le ménage, et pour être de meilleurs parents. Pour ce faire, il faut revoir en profondeur ce que l’on attend traditionnellement d’un mari, d’un père ou d’un homme. Les quelques hommes qui voient un avantage à redéfinir la masculinité pour le plus grand bien des hommes comme des femmes peuvent être les plus formidables catalyseurs du changement (a).

Selon moi, reconnaître le rôle fort et singulier qui revient aux hommes dans les « sujets touchant aux femmes » constitue un autre pas en avant qui nous fera progresser vers une réelle parité. Ayons confiance : les hommes sauront reconnaître qu’ils ont autant à y gagner que les femmes. Qu’en pensez-vous ?

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