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Le point sur la transition au Yémen

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YemenLa communauté internationale et le gouvernement du Yémen se sont de nouveau réunis, cette fois-ci à Sana’a , pour faire le point sur la transition du pays et les accords conclus avec ses bailleurs de fonds. L’initiative de paix lancée en 2012 prévoit une transition qui inclut un dialogue national rassemblant des délégués d’horizons politiques et géographiques représentatifs de tout le pays (ce dialogue est déjà en cours), la rédaction d’une nouvelle Constitution et la tenue de nouvelles élections. L’échéance de ces mesures a été fixée à février 2014.

La réunion d’aujourd’hui a été l’occasion de faire le point sur la concrétisation des promesses de financement, d’évaluer la mise en œuvre des engagements pris par l’État dans son Cadre de responsabilité mutuelle (CRM) et de préparer l’avenir, y compris les mesures concrètes que le gouvernement et les bailleurs de fonds devront prendre avant la conférence de donateurs de haut niveau prévue en septembre.

Pour que le Yémen puisse aller de l’avant, il est essentiel que le pays progresse sur les trois fronts que sont la reprise économique, l’engagement des bailleurs de fonds et les réformes entreprises par le gouvernement.

Alors, où en sommes-nous aujourd’hui ?

En mars, j’avais le plaisir d’annoncer que l’économie yéménite commençait à se stabiliser, avec une inflation sous contrôle et une augmentation des réserves de devises étrangères. Ces avancées ont fourni le socle de la reprise économique. La stabilisation s’est poursuivie au dernier trimestre et l’on commence à observer certains signes de croissance dans l’économie.

Bien que ces améliorations macroéconomiques soient indispensables pour retrouver la croissance, leurs effets concernent encore beaucoup trop peu de Yéménites, dont 50 % vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté. Les perturbations des services publics, y compris les trop fréquentes coupures d’électricité dans tout le pays, usent les nerfs des habitants et ont un réel impact sur les investissements et le climat d’affaires.

Des progrès ont également été accomplis en ce qui concerne les bailleurs de fonds. En mars, j’avais également annoncé que l’Arabie saoudite et la Banque mondiale avaient honoré la plupart de leurs engagements. J’ai le plaisir aujourd’hui d’ajouter à cette liste la plupart des pays de l’OCDE, ainsi que le Koweït. D’ici la prochaine réunion des Amis du Yémen en septembre, nous espérons y voir aussi figurer le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Italie et l’Espagne.

Sur les 7,9 milliards de dollars promis au Yémen, près de 2 milliards ont été décaissés jusqu’à présent, tandis que 6,7 milliards (85 %) ont été alloués et 3,5 milliards (45 %) ont été approuvés par les bailleurs de fonds respectifs et le gouvernement du Yémen. 

Si l’on ne peut que se féliciter de ces engagements, il est essentiel cependant d’allouer le reste des fonds promis et que les bailleurs de fonds veillent à ce que l’argent soit déboursé et commence à parvenir, le plus rapidement possible, à ceux qui sont censés en bénéficier in fine.

En ce qui concerne le gouvernement du Yémen, des progrès ont aussi été observés. La nomination d’un directeur général à la tête du directoire du CRM est une étape importante. Cet organisme permettra au gouvernement de gérer efficacement les fonds débloqués et d’entreprendre les réformes qu’il s’est engagé à mener. D’ici septembre, le bureau exécutif du CRM devrait être entièrement constitué.

L’engagement du gouvernement en faveur de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), qui garantit un suivi régulier de ce secteur, est une autre étape importante du processus en cours. L’expérience internationale montre qu’une telle initiative se traduit par un renforcement de la transparence et de la responsabilité, deux principes absolument nécessaires dans ce secteur clé de l’économie yéménite. Parmi les initiatives qui vont aussi dans le bon sens, il faut citer la création d’un tribunal anticorruption composé de trois juges.

Toutefois, bien que toutes ces mesures soient louables, le gouvernement du Yémen doit encore engager des réformes plus profondes et durables s’il souhaite honorer ses engagements envers les citoyens.

Les réformes du secteur énergétique sont en cela fondamentales. Si la protection du réseau d’approvisionnement électrique du pays contre les saboteurs est importante, une nouvelle approche de la politique énergétique est nécessaire pour un changement à long terme. Les problèmes relatifs à la capacité de production doivent être réglés au moyen d’une stratégie nationale qui rationalise les dépenses d’énergie. Tout effort de modernisation du secteur doit inclure des réformes du programme national de subventions à l’énergie, qui engloutit un quart du budget national et profite presque exclusivement aux plus aisés. Ces dépenses seraient bien mieux affectées à d’autres fins, comme la santé et l’éducation, ou encore au fonds d’aide sociale.

Enfin, tant les bailleurs de fonds internationaux que le gouvernement du Yémen se sont engagés à adopter un calendrier de réformes politiques prioritaires pour aider le pays à trouver la voie de la croissance économique à travers la création d’emplois dans le secteur privé, la transparence et l’assistance aux plus vulnérables. Il s’agit là de mesures concrètes qui peuvent être prises avant la prochaine réunion en septembre.

Les progrès observés aujourd’hui à Sana’a sont notables, mais nous devons rester humbles devant les défis qui nous attendent encore. Si les engagements que nous avons pris aujourd’hui sont essentiels, il est tout aussi essentiel de redoubler d’efforts. Rendez-vous en septembre, pour un nouveau point sur nos avancées.

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