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Les PME ne sont pas la solution miracle pour la croissance et la création d’emplois

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Les petites et moyennes entreprises (PME), pouvant stimuler la croissance et créer des emplois, focalisent aujourd’hui à ce titre une attention sans précédent. Nombre d’organismes de développement (Banque mondiale, BERD, Banque islamique de développement, notamment) projettent de développer leurs programmes de financement et de soutien aux PME. Très récemment, à l’occasion du Forum économique mondial en Jordanie, les représentants des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, mais aussi des États-Unis et de l’Union européenne, ont affirmé que les PME offraient des possibilités de création d’emplois dans la région. Ce serait une bonne nouvelle si c’était vrai, mais de plus en plus d’éléments montrent que les PME ne constituent pas la solution miracle tant espérée.

Si ce sont les petites entreprises qui créent effectivement le plus d’emplois, ce sont aussi elles qui en suppriment le plus. Or, ce qui importe in fine pour la population active, c’est la création d’emplois nette. Des études reposant sur des enquêtes auprès des entreprises, qui sont les plus rigoureuses, observent que la croissance nette de l’emploi provient des grandes entreprises et des jeunes entreprises innovantes. L’analyse la plus complète porte sur les États-Unis, où les chercheurs examinent l’entreprise par opposition à l’établissement. Les données relatives à la taille des entreprises peuvent en effet engendrer des erreurs de classement. Prenons l’exemple de McDonald’s : chaque restaurant de l’enseigne est petit, mais l’entreprise est gigantesque. Les données de recensement comportent aussi des informations sur les mouvements d’entrées et de sorties de l’emploi, ce que l’on ne peut pas observer dans les sous-échantillons du monde de l’entreprise. Des travaux récents consacrés aux États-Unis font apparaître que, si l’on tient compte de l’âge de l’entreprise, on n’observe pas de relation systématique entre sa taille et la création d’emplois. Cette dernière est le fait des entreprises nouvelles ou de création récente. Les données de recensement des effectifs pour les entreprises marocaines et tunisiennes nous livrent des résultats analogues : les startups et les grandes entreprises sont responsables de l’essentiel de la création d’emplois nette.

Comme le montrent des études transversales sur l’Afrique, l’Amérique latine et le reste du monde, l’une des raisons pour lesquelles les PME ne sont pas les principales créatrices d’emplois nettes tient à leur productivité généralement plus faible que celle des grandes entreprises et à leur contribution moindre à la croissance de la productivité. L’écart de productivité entre pays développés et pays en développement s’expliquerait ainsi en grande partie par le fait que, dans les premiers, les PME participent à l’activité économique à hauteur de 30 %, contre 60 % dans les seconds. La forte stagnation des PME des pays en développement par comparaison avec celles des pays développés est particulièrement inquiétante. Selon une étude récente, les petites entreprisesne parviennent pas à se développer suffisamment, d’où un recul de la productivité du secteur manufacturier de 25 % au Mexique et en Inde par rapport aux États-Unis.

Il n’est pas surprenant de constater que les startups et les grandes entreprises sont plus productives et génèrent à la fois des emplois et de la croissance. C’est précisément ce que nous indiquent les travaux théoriques sur des entreprises hétérogènes. Les entreprises à productivité élevée attireront davantage de ressources, prospéreront plus vite et seront relativement grandes. Quelques startups à forte productivité vont prospérer elles aussi rapidement et absorber de la main-d’œuvre.

Aider les entreprises qui s’installent et les startups, et non les PME

Le développement économique consiste à orienter les ressources vers leurs usages les plus productifs. Les dispositifs qui encouragent l’installation d’entreprises et les startups sont donc plus utiles que les mécanismes axés sur les PME. Comme nous l’avons noté, les jeunes entreprises sont à l’origine d’une part considérable de la création d’emplois nette et des gains de productivité. En outre, la densité des startups constitue une source de croissance majeure. Les régions où le pourcentage de startups sur la population en âge de travailler est élevé (Mexique, Inde et États-Unis) créent davantage d’emplois et se développent plus rapidement. Il convient donc de faciliter la création d’entreprises et l’accès au financement pour les entrepreneurs, plutôt que d’aider les PME matures à obtenir des fonds.

Les interventions ciblant les PME sont-elles vraiment efficaces ?

Même si l’on constatait que les PME favorisaient la création d’emplois ou la croissance, il resterait la question de l’efficacité réelle des programmes d’aide aux PME. Les interventions axées sur le financement, la formation ou la logistique des PME facilitent-ils la création d’emplois et accélèrent-ils la croissance ? Et, dans l’affirmative, quels sont les programmes les plus efficaces ?

Malheureusement, il n’existe pas, à ma connaissance, d’expérience randomisée qui évalue dans quelle mesure les efforts de promotion des PME améliorent l’emploi ou la productivité. On note un certain nombre de tentatives ex-post visant à mesurer l’efficacité des programmes destinés aux PME, en particulier en Amérique latine, mais ces études pèchent par leurs biais de sélection. En effet, les entreprises productives étant davantage susceptibles de demander une financement ou une formation, et de l’obtenir, la catégorie considérée affichera de meilleures performances qu’un autre groupe témoin analogue. Étant donné ce biais favorable, il est surprenant que ces études ne préconisent pas sans ambiguïté la promotion des PME, ce qui montre qu’il faudra faire preuve de prudence pour l’avenir. Ainsi, une étude sur le Chili, qui examine différents types de programmes, ne trouve pas d’éléments attestant que les programmes de crédit à eux seuls parviennent à dynamiser l’emploi, la productivité ou les salaires. Seules les interventions qui encouragent la mise à niveau ou la logistique aident les entreprises. D’après une étude portant sur les PME au Mexique, les programmes mis en œuvre par le ministère de la Science et de la Technologie ont des effets positifs, tandis que ceux dépendant du ministère du Travail se traduisent par un recul de la production, des ventes et des exportations. Ce résultat pervers serait le signe du risque de détournement existant dans des programmes mal conçus. Il est par conséquent impératif de bien choisir les interventions et de concevoir les programmes avec soin pour pouvoir éviter ces mauvais résultats.

Si l’accent mis sur les PME est appelé à se poursuivre, il est nécessaire de mieux comprendre l’efficacité des différents programmes selon les objectifs qui leur sont assignés. En supposant que les PME soient particulièrement dynamiques, alors elles devraient attirer les financements du secteur privé, ce qui pourrait rendre inutiles les interventions menées en leur faveur. Pour qu’elle se justifie, il faudrait que l’intervention remédie à une distorsion ou à une externalité. Dans ce cas, il est essentiel d’identifier la distorsion pour concevoir le programme approprié. Il conviendrait de mettre en œuvre une étude randomisée soigneusement réfléchie sur les interventions pour les PME et les initiatives pour l’entreprenariat, afin que les millions de dollars qui sont consacrés à ces projets soient dépensés à bon escient et que les fortes attentes qu’ils suscitent ne soient pas déçues.

Commentaires

Soumis par RAOELIJAONA Adrien Roger le
"Si ce sont les petites entreprises qui créent effectivement le plus d’emplois, ce sont aussi elles qui en suppriment le plus." Ce qui est vrai si l'environnement des affaires ne permet pas un bon épanouissement et une multiplication rapide des petites entreprises. Autrement dit, si l'on veut que les PME puissent se constituer en solution pour la croissance et la création d'emplois, il faut mettre en place un environnement qui favorise leurs créations et leurs développement.

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