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L’inclusion financière : un levier au service du développement économique en Égypte

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Ce billet a été écrit par Sahar Nasr en collaboration avec Peter McConaghy.

L’inclusion financière : un levier au service du développement économique en Égypte - Photo: Arne Hoel

Les responsables politiques égyptiens se retrouvent face à un défi considérable : aplanir des difficultés économiques aiguës tout en assurant la transition politique et sociale du pays. Les secteurs fondamentaux de l’économie (BTP, commerce et tourisme) enregistrent en effet des niveaux de production bas et les investissements directs étrangers (IDE), une composante autrefois majeure de la croissance égyptienne, ont été négligeables au second trimestre 2013. Le taux de chômage égyptien, qui se maintenait généralement autour de 9,5 % dans les années qui ont précédé la révolution, a atteint par ailleurs les 13,2 % au premier trimestre 2013 (Banque mondiale, 2013).

On assiste actuellement, chez les dirigeants politiques et les prestataires de services financiers, à un regain d’intérêt pour la promotion de l’inclusion financière, ce terme désignant la possibilité qu’ont les particuliers et les entreprises d’accéder et de recourir à des services financiers appropriés (emprunt, épargne, crédit, assurance, transferts de fonds…) et fournis par des institutions agréées.

La promotion de l’inclusion financière peut, de fait, contribuer à l’expansion de l’activité du secteur privé et à redresser l’économie égyptienne. Au niveau micro-économique, l’accès et le recours à de telles prestations apportent un mieux-être aux ménages et les encouragent à entreprendre. L’inclusion financière contribue également à la réduction du chômage, parce qu’elle favorise la croissance des entreprises, nombreuses à pâtir de l’absence d’accès au crédit et à l’épargne. Elle influe par ailleurs sur la stabilité macroéconomique. De récents travaux (a) (Han, Rui et Melecky, 2013) mettent en évidence qu’un accès plus large aux dépôts bancaires et à la possibilité d’y recourir peut considérablement atténuer, en période de tension financière, l’ampleur des retraits d’argent ou le fléchissement de la croissance des dépôts.

Malheureusement, l’Égypte possède l’un des niveaux d’inclusion financière les plus bas de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (voir figure 1). Selon les données de la base Findex, seuls 10 % de la population adulte égyptienne ont accès à des services financiers formels et moins de 4 % ont souscrit à un prêt d’un établissement financier l’an dernier. À titre de comparaison, 24 % des adultes des pays à faible revenu possèdent un compte dans une institution financière reconnue. Même si l’Égypte se targue d’être l’un des principaux marchés de la micro-finance dans le monde arabe en termes de bénéficiaires, le secteur semble plafonner à 8 % de son potentiel.

Figure 1 : Une inclusion financière peu développée dans la région MENA

Source : Global Findex 2012

L’organisation récente et notable d’une table ronde au Caire, organisée conjointement par la Banque mondiale, le Groupe consultatif d’aide aux populations les plus pauvres (CGAP), le Fonds social de développement (FSD) et la Coopération allemande au développement (SFD), a été l’occasion de débattre des changements d’ordre réglementaire et des investissements qui permettent précisément d’améliorer l’inclusion financière en Égypte. Ont participé à ces échanges les principaux acteurs concernés : la Banque centrale d’Égypte, l’Autorité égyptienne de supervision financière (EFSA), la Poste égyptienne, des institutions de micro-finance (IMF), des organisations non gouvernementales et des établissements bancaires.

Sous les auspices du Fonds d’assistance technique pour les Micro, petites etmoyennes entreprises de la Banque mondiale etla Société financière internationale (IFC), les législateurs égyptiens ont entrepris de rédiger une nouvelle loi sur la microfinance, afin de combler les principales lacunes réglementaires, comme le droit pour les IMF, qui opèrent actuellement en qualité d’ONG, à détenir des entreprises. Ce texte augmentera la viabilité de ces institutions qui pourront diversifier leurs sources de financement et mieux les exploiter. La Banque mondiale apporte son expertise juridique à la SFD et à l’EFSA, deux acteurs clés impliqués dans l’élaboration de cette nouvelle loi, tout en leur fournissant également un appui à la coordination.

Dans le même temps, de nouveaux prestataires commencent à investir le marché des services financiers aux plus défavorisés. La Poste égyptienne, dont la direction vient de changer, a renouvelé sa volonté d’ériger une « banque pour les pauvres », en offrant des services essentiels d’épargne, de paiement et d’assurance. Elle cherche également à parfaire son arrimage avec les IMF pour les opérations de décaissement ou de recouvrement de prêt dans les quelque 3 000 bureaux du pays. La Banque mondiale offre des conseils techniques à la Poste égyptienne pour l’élaboration de nouveaux produits financiers et l’accroissement des partenariats avec d’autres prestataires de services financiers.

Au niveau macro-économique, la Banque centrale a mis sur place un groupe de travail, placé sous la houlette de l’Institut bancaire égyptien, qui aura mission d’élaborer une stratégie d’inclusion financière, en examinant les politiques et les interventions indispensables à la coordination des acteurs du privé et du public (prestataires et régulateurs) afin de promouvoir l’inclusion financière dans le cadre de leur mandat respectif. Toutes ces dispositions vont dans le sens de la nouvelle initiative mondiale du président de la Banque mondiale qui vise à garantir l’accès universel aux services financiers pour tous les adultes en âge de travailler à l’horizon 2020. Le travail de la Banque centrale égyptienne reflète également une tendance observée dans la région MENA où les Banques centrales endossent progressivement un rôle plus actif et directif dans les efforts entrepris pour améliorer la stabilité et l’inclusion financières.

Dans leur ensemble, ces initiatives témoignent de la place que prend actuellement l’inclusion financière et de son importance pour rétablir une stabilité économique et stimuler les investissements du secteur privé, notamment dans un contexte de transition politique et sociale. La Banque mondiale se réjouit des récents progrès en Égypte et se tient prête à poursuivre son appui au secteur financier, au seuil d’un processus qui généralisera l’accès aux services financiers à tous les Égyptiens.

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