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L'histoire de Hana...

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Nadia Al-Sakkaf travaille pour le monde des médias depuis juillet 2000, date à laquelle le Yemen Times l’avait recrutée comme traductrice et journaliste. En septembre 2000, elle est nommée rédactrice adjointe.  Depuis, Nadia  a représenté son pays dans différentes instances internationales, s’exprimant sur la presse, l’égalité entre les sexes, le développement et la politique.

Hana est restée un grand moment à fixer l’argent dans sa paume, des larmes coulant lentement sur son visage. Après un long silence, cette jeune Yéménite de 19 ans a retrouvé la parole : « C’est la première fois de ma vie que j’ai de l’argent qui m’appartient ». « Quel effet cela te fait ? », lui a demandé la directrice du foyer pour femmes où Hana vivait depuis quatre mois. « Je me sens forte », a-t-elle répondu d’une voix assurée, totalement métamorphosée.

Le parcours de Hana illustre bien les difficultés de la vie des femmes au Yémen. Née dans un milieu violent où son père maltraitait les femmes, elle a vécu toute son enfance en croyant qu’elle ne valait rien. Elle semblait condamnée à servir les hommes, que ce soit son père, ses frères ou son futur mari. À 15 ans, elle est mariée à un homme tout aussi pervers, qui la bat à la moindre peccadille. Au bout d’un an et demi, Hana s’enfuit de sa maison de Hodeidah, enceinte de trois mois, et réussit à gagner la capitale, Sanaa. Elle passera des nuits dans la rue, mendiant pour survivre, jusqu’à ce que la police la trouve un soir, pratiquement inconsciente, victime d’une fausse couche.

Heureusement pour elle, l’unité qui l’a récupérée cette nuit-là venait de suivre une formation sur les droits des femmes, financée par une organisation internationale, et savait donc comment gérer la situation. Alors, au lieu de l’envoyer en prison, comme c’est la règle d’ordinaire, ils l’ont emmenée dans un foyer où elle a pu bénéficier d’un suivi médical et psychologique.

Dans les trois dernières éditions du rapport annuel du Forum économique mondial sur la discrimination hommes/femmes, le Yémen est la lanterne rouge du classement. L’indicateur mesure les disparités dans quatre domaines : la santé, l’éducation, la politique et l’économie. Du fait de l’écart observé notamment en termes d’autonomisation économique, le taux de dépendance du pays est l’un des plus élevés au monde, s’établissant entre 1/7 et 1/12 en période de conflit, ce qui est le cas actuellement. Ces chiffres signifient que les capacités de production des femmes — qui représentent plus de la moitié de la population du pays (51 %) — sont largement sous-utilisées. Les femmes comme Hana n’ont pratiquement pas accès aux moyens financiers, aux systèmes juridiques ou à des solutions qui leur permettraient de s’émanciper. Une femme sur deux est analphabète et moins de 20 % de la population active du pays est composée de femmes, qui travaillent avant tout dans le secteur agricole, en tant qu’ouvrières sans terre.

Le pays ne compte actuellement que 12 établissements de microcrédit proposant spécifiquement des prêts aux femmes. Les prêts sont assortis d’un certain nombre de conditions et le dossier doit respecter des règles strictes que peu de femmes sont en mesure de satisfaire. Celles-ci sont en outre déjà 5 millions à attendre du travail, ce qui représente une demande bien trop importante pour si peu d’établissements de microcrédit. Bon nombre d’entre elles n’arrivent même pas à y accéder, soit parce qu’ils sont trop éloignés, soit du fait d’obstacles culturels qui leur interdisent de prendre leurs propres décisions, surtout en matière de finance. De sorte qu’elles ne peuvent pas bénéficier du coup de pouce nécessaire pour obtenir un revenu ou améliorer leur sort.

 « Nous sommes convaincus que l’émancipation économique des femmes est la seule solution pour améliorer leur situation. Alors nous aidons nos hôtes [les résidentes du foyer] à acquérir des compétences monnayables », souligne la directrice.

Dans le cas de Hana, c’est la pâtisserie : elle sait en effet cuisiner de délicieux gâteaux traditionnels, qui ont fait fureur dans le foyer, avant d’être vendus dans le quartier. Lorsqu’elle a obtenu sa première commande — pour un mariage —, le foyer l’a aidée à calculer le prix des dix gâteaux à préparer et à en assurer la livraison.

Aujourd’hui [grâce à un microcrédit], Hana est l’heureuse propriétaire d’un service de pâtisserie qu’elle dirige depuis sa maison de Sanaa. Elle a obtenu le divorce et réussi à récupérer sa jeune sœur, qui vit avec elle et l’aide dans son activité. Elle suit aussi des cours du soir pour compléter son éducation.

Si cette jeune femme s’en est sortie, des millions d’autres femmes attendent toujours leur tour. C’est pourquoi les projets de microcrédit, dont la portée est immense, sont sans doute l’initiative de développement la plus utile pour favoriser l’autonomisation des femmes dans des pays en développement comme le Yémen.

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