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À la fin de la guerre, les Yéménites devront avoir un droit de regard plus important sur les dépenses publiques

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Al Hudaydah's main market, Yemen - Claudiovidri l Shutterstock.comVoilà un an que le Yémen est entré dans un conflit qui a fait des milliers de victimes, des civils pour la plupart. Dans l’attente de négociations pour la paix au Koweït, les Yéménites s’efforcent de restaurer la sécurité dans le pays afin de retrouver une vie normale. Cette année de guerre, précédée de quatre années d’instabilité politique, a entraîné une forte dégradation des conditions de vie et épuisé la population : alimentation, médicaments, carburant, tout manque parmi les produits de base… Sans parler de l’absence de sécurité.

Si, comme déjà auparavant dans leur histoire, les Yéménites font preuve d’un degré exceptionnel de résilience et d’adaptation  face à l’adversité, ils ont impérieusement besoin de pouvoir accéder à des services publics essentiels.

Dans l’attente d’une issue politique, les différentes composantes politiques doivent chercher à gagner la confiance de la population, ce qui passe, dans un premier temps, par le rétablissement du bon fonctionnement des services publics. En dépit des échecs répétés des plans de développement depuis le milieu des années 1990, les Yéménites ont toujours nourri l’espoir d’une meilleure qualité de vie, de moins de souffrances et d’une plus grande insertion économique.

Le redressement de l’économie ne se produira qu’avec l’instauration d’un consensus politique. Les autorités ont tenté de remédier à la faillite de l’économie. C’est au tour des organisations de la société civile (OSC) et des laboratoires d’idées de mener des campagnes de sensibilisation auprès du public et d’organiser des débats ouverts à tous sur les questions qui touchent à l’économie, dans l’optique de mettre sur pied une stratégie de relèvement à court et moyen terme. Une telle approche permettra de relayer les exigences de la population et donnera aux responsables une idée claire des programmes à appliquer en priorité.

L’implication des OSC est un gage d’ouverture, elles qui favorisent l’inclusion de tous les groupes sociaux, encouragent les pratiques égalitaires, invitent à la vigilance citoyenne et mettent l’accent sur l’importance de renforcer les notions de responsabilisation et de transparence.

Dans un contexte post-conflit, les OSC et les laboratoires d’idées pourraient par exemple mettre sur la table les questions suivantes : i) repenser les rouages de l’administration ; ii) moderniser le cadre juridique ; iii) investir les fonctionnaires de responsabilités et ; iv) (re)bâtir avant tout des institutions capables de renforcer les mécanismes de responsabilisation et de suivi.

Certaines organisations non gouvernementales ont déjà demandé l’intervention de technocrates, qu’elles veulent assurer de leur soutien, afin de dépolitiser l’économie et éviter ainsi son effondrement. Cependant, la majorité de ces organisations disposent de ressources et de capacités limitées. Pour les accompagner dans leur action, les organismes de développements internationaux sont les bienvenus.

La participation à la préparation du budget est un autre aspect important de l’économie yéménite auquel le pays devrait s’atteler dès la cessation du conflit. Par la suite, les autorités devront faire connaître le montant des recettes et des dépenses publiques. Il s’agit là de respecter le droit à l’information du contribuable, pour qui ces questions sont source de préoccupation majeure.

Les institutions nationales pourraient profiter de débats organisés dans le pays autour de l’amélioration des finances et des initiatives publiques, conformément aux bonnes pratiques internationales. Cela pourrait également conduire à l’élaboration de politiques budgétaires et monétaires qui stabiliseraient l’économie et protégeraient les revenus tirés des ressources naturelles du pays.

Le Yémen doit ouvrir un nouveau chapitre de son histoire, en montrant qu’il a compris la mesure de ses errements et en comblant le fossé entre la population et ses dirigeants. Le peuple a besoin d’un nouveau contrat social avec les responsables du pays. Il reste un long chemin à parcourir sur la voie du développement, mais en faisant montrant de détermination, le Yémen pourra sortir de l’ornière dont il est prisonnier aujourd’hui.

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