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Nouvelles technologies, nouveaux temps de travail : vers une stratégie de création d’emplois dans le monde arabe

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 Arne HoelCe n’est un secret pour personne : le taux de chômage des jeunes dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) est le plus élevé du monde, soit près de 30 % selon l’Organisation internationale du travail. Plus d’un jeune sur quatre est privé des moyens qui lui permettraient de prospérer sur le plan économique, les diplômes n’offrant malheureusement aucune garantie d’emploi. En dépit de ces sombres perspectives, une récente étude commandée par le géant des télécommunications qatari, Orredoo, laisse entendre que les jeunes gardent l’espoir d’un avenir radieux, espoir largement nourri par les innovations du XXIe siècle. L’enjeu est d’innover sur le plan technologique et de modifier notre façon de penser le travail afin de motiver les jeunes de la région MENA.
 
La technologie au service de la prospérité

La période est cruciale : elle est porteuse de défis écrasants mais aussi d’évolutions historiques et technologiques étourdissantes. L’espoir suscité par la technologie peut changer la donne, tant sur le plan économique qu’au niveau de la stabilité régionale. La Banque mondiale a récemment publié une étude qui souligne les opportunités économiques que présente l’accélération de l’accès au haut débit. Les auteurs de ce travail observent que le profil de la région serait profondément modifié si un nombre plus élevé de femmes et de jeunes bénéficiait d’une connexion haut débit. Si la technologie n’est qu’un instrument au service d’une vie meilleure, et non une fin en soi, il demeure essentiel de savoir l’utiliser efficacement pour soutenir la croissance économique et l’emploi.
 
Ce que veut la jeunesse de la région MENA
 
Le nouveau rapport, commandé par Orredoo et intitulé New Horizons: Young, Arab and Connected, a sondé plus de 10 500 jeunes adultes dans 17 pays de la région. Il constate que 9 jeunes sur 10 croient que l’accès à l’internet peut les aider à réaliser leur ambition de trouver un emploi. Selon ce même sondage, 45 % de ceux qui ont la chance d’avoir un travail exercent un métier qui ne correspond pas à leurs attentes. Même si ce chiffre pourrait facilement passer pour anecdotique, au regard des chiffres du chômage, il est important de parvenir à motiver les jeunes à contribuer au bien économique commun et de permettre ainsi à la région MENA de tirer le meilleur de ses éléments les plus talentueux : des jeunes gens pleins d’espoir et prometteurs.
 
Oublier le 9 à 17 h et refondre les horaires de travail
 
Il est peut-être temps que la région examine très attentivement la manière dont nous travaillons et qu’elle dessine d’autres perspectives d’organisation qui prennent en compte les technologies émergentes et la façon dont la génération actuelle — un tiers des 340 millions d’habitants que compte la région MENA — envisage le monde. Le rapport Gen Mobile d’Aruba Networks indique que la moitié des participants à l’enquête, des jeunes âgés de 18 à 35 ans, dit travailler plus efficacement en dehors des heures de travail traditionnelles (9 h – 17 h) et vouloir plus de flexibilité. Le blog de la Harvard Business Review débat également de cette nouvelle tendance : le temps de travail ne date pas du XXe siècle et les règles établies alors ne sont pas éternelles.
 
Une tendance émergente : travailler à son compte
 
Partout dans le monde, l’idée de se mettre à son compte, de travailler en free-lance, gagne du terrain : d’après certaines estimations, 40 % des Américains seront des travailleurs indépendants d’ici 2020. Selon une enquête menée par Deloitte sur la génération Y, un terme utilisé pour décrire les personnes nées entre le début des années 1980 et le début des années 2000, 70 % des « enfants du millénaire » souhaitent travailler à leur compte. Une nouvelle organisation du travail, qui s’appuierait sur les technologies avec lesquelles cette génération a grandi et qui ferait la part belle à l’autonomie, un facteur que les tenants de l’économie comportementale jugent important, pourrait offrir aux jeunes de la région MENA le sentiment de maîtriser leur carrière et de vivre mieux. Bien que les avantages et inconvénients du travail indépendant suscitent des débats non résolus, des études montrent que l’autonomie contribue à la santé et au bien-être1.
 
Même si l’idée de travailler en free-lance est un concept relativement neuf dans le Moyen-Orient d’aujourd’hui, les marchands, depuis la route de la soie, ont toujours échangé des biens et des services sans intermédiaire. Aujourd’hui, les routes sont virtuelles, tracées en grande partie par l’internet. Dans un monde où la technologie révolutionne toujours plus notre quotidien, les contours numériques d’un avenir plus prometteur pour les jeunes de la région MENA se redessinent également. La difficulté est de nous repenser et nous « reprogrammer » pour embrasser le travail du XXIe siècle. Pour cela, il faut envisager le travail autrement, délaisser une construction caduque héritée du passé et exploiter ce que certains économistes reconnaissent comme une motivation humaine fondamentale.
 
1 Valery Chirkov, Richard M. Ryan, Youngmee Kim et Ulas Kaplan, « Differentiating Autonomy from Individualism and Independence: A Self-Determination Theory Perspective on Internalization of Cultural Orientations and Well-Being », Journal of Personality and Social Psychology 84 (janvier 2003) ; Joe Devine, Laura Camfield et Ian Gough, « Autonomy or Dependence—or Both?: Perspectives from Bangladesh », Journal of Happiness Studies 9, nº 1 (janvier 2008).

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