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Les voix du monde arabe s’expriment haut et fort

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Quel bonheur d’entrer dans une salle qui crépite d’énergie ! Récemment, à Rabat, je suis arrivée légèrement en retard à la première session d’un atelier axé sur l’encouragement de l’interaction citoyen/État dans le monde arabe. Ce n’est pas grave, me suis-je dit en me pardonnant à moi-même un peu trop facilement, ils ne sont certainement pas encore entrés dans le vif du sujet.

Mais j’avais tort : il y avait là environ 90 personnes, venant de sept pays de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord : des équipes égyptiennes, jordaniennes, libanaises, marocaines, palestiniennes, tunisiennes et yéménites. Le débat battait son plein, tout le monde donnait son avis : cet atelier devait-il être ouvert et transparent, et, donc, twittable, etc., ou fallait-il, au contraire, veiller à sa confidentialité ?

Photo :  Arne Hoel 2012« C’est une non-question », a estimé un participant (j’adore la manière dont, en arabe, les choses semblent toujours dites avec davantage d’ardeur, c’est une langue tellement emphatique). « Puisque nous traitons de la responsabilité sociale, cette idée-même va à l’encontre de la confidentialité », a-t-il expliqué. Quelqu’un d’autre a alors renchéri, avec autant d’emphase : « Les gens qui s’expriment ouvertement ne doivent pas avoir de craintes, et ceux qui ont des craintes ne doivent pas s’exprimer ». L’arrivée des « médias » a suscité des craintes, comme si un journal pouvait être plus public qu’un tweet. « Les médias, c’est nous, a rétorqué un autre. Ce que nous faisons est important pour nos pays. Il faut par conséquent une discussion publique. »

Résultat : le hashtag #ANSA était créé pendant la pause café, durant laquelle j’ai rencontré deux jeunes femmes membres d’organisations yéménites pour les droits humains. Leur visage rayonnait d’excitation en songeant à l’agitation et aux événements survenus dans leur pays.

Dans ce contexte, comment débattre pendant quatre jours de l’interaction entre le citoyen et l’État, et quid de la responsabilité sociale dans tout cela ? Les 90 participants à cet atelier sont pour l’essentiel des représentants de la société civile, avec quelques délégués du secteur privé ou des pouvoirs publics. Tous s’attachent, dans leurs pays respectifs, à développer un espace permettant l’expression citoyenne, l’une des revendications centrales des révolutions arabes, qu’elles aient été soudaines ou restées longtemps à l’état larvé, sanglantes ou pacifiques. D’où la nécessité de redéfinir la relation entre le citoyen et l’État, le pacte social lui-même.

Le concept de responsabilité sociale, qui s’apparente à du jargon des sciences sociales, ne désigne rien de moins que le flux d’information et de responsabilité entre le citoyen et l’État. Qui doit rendre des comptes et sur quoi ? Et comment ? Surtout après des décennies de régimes autocratiques, dictatoriaux ou militaires tels que ceux que la région a connus et qui viennent d’être combattus.

Les 90 participants font tous partie d’un nouveau regroupement, le Réseau pour la responsabilité sociale dans le monde arabe (l’ANSA), qui a commencé à se constituer avec le soutien de la Banque mondiale « avant la révolution » (expression générique désormais très utilisé dans la région MENA à des fins de contextualisation). Le Printemps arabe a assurément marqué un tournant pour l’ANSA : le réseau est passé à la vitesse supérieure et atteint cette semaine un point culminant puisqu’il est lancé officiellement.

« Nous tentons d’aider nos collègues à comprendre le concept de responsabilité sociale afin qu’ils puissent l’expliquer facilement à leur grand-mère », indique Amr Lashin, de CARE Égypte, une association qui a joué un rôle clé dans la naissance de ce réseau.

À l’heure où j’écris ces lignes, après le déjeuner (moment de somnolence par excellence dans ce genre de réunion…), la salle de conférence résonne des clameurs des participants aux tables rondes. Si c’est la voix des citoyens de la région MENA, elle est insistante, et elle sera entendue. Suivez-nous, nous allons continuer à écrire sur ce sujet. Et donnez votre avis : dans votre pays, les représentants de la société civile œuvrent-ils pour vous ?

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