Syndicate content

Des Yéménites à bout de forces et ignorés

Ebrahim Al-Harazi's picture
Cette page en : English | العربية
Ebrahim Mohammed Yahya Al-Harazi a pris contact avec des Yéménites via les réseaux sociaux depuis le Caire, où il a été évacué avec sa famille par le bureau de la Banque mondiale à Sanaa.
 
Anton_Ivanov / Shutterstock.com« Savez-vous ce que c’est de ne pas pouvoir nourrir vos enfants pendant trois jours d’affilée ?, demande Khaled Ali, journalier originaire de Taëz, au Yémen. J’ai perdu mon emploi et j’ai dû vendre l’or de ma femme pour au moins payer le loyer. J’ai peur de ce que les jours à venir nous réservent, poursuit-il. Vous imaginez ! Nous avons dû manger les feuilles des arbres pour survivre. » 

Crise humanitaire
La dégradation de la situation politique et sécuritaire au Yémen a des conséquences désastreuses sur tous les aspects de la vie des Yéménites. Les villes du pays ne sont plus alimentées en électricité depuis le mois d’avril, c’est-à-dire peu après que les rebelles yéménites ont avancé en direction des forces pro-gouvernementales et que l’aviation saoudienne a commencé ses raids. 

Avec l’escalade de la violence, il n’y a plus rien pour vivre. Le prix des denrées essentielles comme le blé, que les Yéménites consomment quotidiennement sous forme de pain, a quadruplé. « Il m’a fallu deux semaines pour trouver un sac de farine, et encore, j’ai eu de la chance », explique Om Sultan, une femme au foyer vivant dans la ville portuaire d’Aden, au sud du pays. Mais j’ai dû partager avec mes voisins qui n’avaient pas les moyens d’en acheter. »

Selon l’OCHA, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, 21,1 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire au Yémen, où les trois derniers mois de conflit ont directement affecté la vie de 12,2 millions d’habitants. Quelque 20,4 millions de Yéménites ont besoin d’eau potable et d’un meilleur assainissement, et 15,2 millions n’ont pas accès aux soins de santé de base. Environ la moitié de la population (12,3 millions de personnes) souffre de précarité alimentaire. Les Nations Unies estiment que 52 000 femmes ont déjà subi des violences sexuelles dans le cadre de ce conflit, et qu’il faut maintenant leur apporter un soutien psychosocial et des soins médicaux.

La flambée des prix de l’alimentation et de l’eau s’explique principalement par la grande pénurie de carburant qui paralyse le pays depuis le début des hostilités. Les hôpitaux n’ont plus de diesel pour fonctionner normalement. Sous l’effet des violences et de la fermeture des établissements de santé, le nombre des personnes ayant besoin d’une assistance médicale a fait un bond : selon l’Organisation mondiale de la santé, elles sont environ 8,6 millions à nécessiter des soins médicaux d’urgence. 

En tout, ce sont quelque 80 % de la population yéménite, soit plus de 20 millions d’habitants, qui ont besoin d’une assistance humanitaire.
 
Fuir la guerre 
Les combats ont conduit un million de personnes à quitter leur maison. Plus de 10 000 Yéménites, enfants compris, ont fui le pays. 

Pendant des années, le Yémen a été un pays de transit pour la plupart des réfugiés érythréens et éthiopiens venant de la Corne de l’Afrique, mais le mouvement s’est inversé : environ 246 000 réfugiés africains essaient maintenant de partir, malgré la conscription militaire et d’autres formes de persécution qui les attendent de retour chez eux. Des milliers de réfugiés yéménites tentent également de fuir dans la même direction, vers le Somaliland, la Somalie ou Djibouti, sur des embarcations de fortune. 

« Ma maison a été détruite, et j’ai emmené ma famille dans un périple qui a duré 18 heures, explique Abdulhafed Hassan, un Yéménite réfugié à Djibouti. Nous étions entassés dans le même bateau. Je n’étais pas sûr que nous puissions atteindre la côte sains et saufs. » 

Selon le Haut-commissaire des Nations Unies aux réfugiés, si ce conflit se poursuit, jusqu’à 100 000 Yéménites de plus pourraient faire de même ici la fin de 2015.
 

Vos questions et commentaires (soumis à modération)