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Redynamiser les régions sous-développées de la Haute-Égypte

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Upper Egypt - Emad Abd El Hady l World BankLa Haute-Égypte accuse un net retard de développement économique par rapport aux autres régions du pays et elle concentre deux tiers des populations défavorisées d’Égypte, soit plus de 12 millions d’habitants. Imaginer des solutions qui permettraient d’amorcer la croissance du secteur privé dans de tels territoires demeure cependant un enjeu de développement éminemment complexe.

Pour faire face à ce défi, nous avons consacré ces douze derniers mois à l’élaboration d’un nouveau programme fondé sur les résultats, d’un montant de 500 millions de dollars, au profit des zones les moins développées du pays.

Pour ce faire, nous avons mis sur pied une équipe issue de divers pôles d’expertise de la Banque mondiale et de la Société financière internationale (IFC), dont notamment les pôles commerce et compétitivité, social, urbain, rural, et résilience, transport et TIC, et environnement.

Conformément à la vision de développement de l’Égypte et la demande de soutien du Groupe de la Banque mondiale, l’équipe a adopté une approche qui favorise la croissance économique et la création d’emplois tirées par le secteur privé.

Prendre les mesures nécessaires pour aider les entreprises locales à prospérer

Le secteur public, de même que les micro- et petites entreprises informelles du secteur privé, prédominent encore plus en Haute-Égypte que dans le reste du pays. L’absence d’emplois formels dans le secteur privé s’explique de nombreuses façons, dont notamment la carence en compétences de gestion et l’isolement de la région par rapport aux marchés, aux ports et aux agglomérations urbaines.

Lors de nos visites en Haute-Égypte, nous avons constaté que les petites et moyennes entreprises du secteur privé dotées d’un potentiel de développement sont rares, que ce soit dans l’industrie ou les services.

Nous avons toutefois déniché quelques perles cachées, comme cet immeuble modeste du quartier résidentiel de Qena qui abrite un centre d’appels, où l’on perçoit depuis le seuil l’activité bruissante de centaines de jeunes diplômés. À Sohag, les employés d’un fabricant de meubles local, dissimulé dans une zone industrielle poussiéreuse, ont recours à une technologie de pointe pour produire des planches à partir de déchets agricoles.

Ces entreprises laissent entrevoir le potentiel de développement que recèlent l’agro-industrie et d’autres secteurs. Mais comment le matérialiser ?

Notre équipe a vite saisi que, dans un tel contexte, il ne suffit pas d’élargir l’accès des services administratifs aux entreprises. Voilà pourquoi nous avons inclus dans notre programme une composante liée au développement de pôles de compétitivité, où l’essor de grappes d’entreprises (dans l’agro-industrie, d’autres secteurs industriels et les services) pourrait être favorisé par de multiples initiatives : soutien au développement des produits, accès à de nouveaux marchés, résolution des contraintes réglementaires, services d’aide aux entreprises, formation, etc.

Cette tâche est difficile. Elle s’est même avérée complexe dans des pays beaucoup plus développés. Il faudra donc veiller à apporter un soutien significatif à la mise en œuvre de cette stratégie et à renforcer les capacités de bout en bout. Il s’agira avant tout d’étayer le rôle du secteur privé pour pouvoir identifier et concrétiser les opportunités d’investissement, de collaboration et d’innovation.

Les citoyens peuvent-ils espérer de meilleurs services dans les régions défavorisées ?

Ces interventions ciblées en faveur du développement de pôles de compétitivité ne suffiront pas. Il faudra les accompagner d’investissements dans les infrastructures et les services. Par exemple, nous avons constaté que 50 à 90 % des entreprises manufacturières installées dans les zones industrielles de Qena et Sohag ne bénéficient pas toujours d’un accès fiable à l’électricité. Dans les gouvernorats de la région, seulement 25 % des routes sont en bon état. Et dans les zones industrielles, jusqu’à 91% des routes sont dépourvues de revêtement.

Les administrations locales et régionales ne disposent cependant que de prérogatives restreintes dans le processus de prise de décision et de contrôle des financements. Leur responsabilité se borne généralement à des domaines tels que le réseau routier local, la gestion des déchets solides ou encore l’éclairage public. C’est ce qui explique que les équipements souffrent de sous-investissement chronique.

Nous nous sommes focalisés sur ces blocages en structurant l’appui financier de la Banque mondiale pour les infrastructures et les services selon un mécanisme de subventions conditionnées à des résultats, allouées aux gouvernorats. Cette approche repose sur des séries de critères transparents, dont des plans globaux de développement annuels, des mesures de renforcement des capacités, et la mise à disposition des données financières sur la base d’une plus grande transparence.

Nous espérons qu’en mettant l’accent sur la consolidation des institutions locales, nous serons en mesure de jeter les bases d’une amélioration pérenne, au-delà des investissements financés par l’intervention de la Banque mondiale.

Faire entendre la voix de la population égyptienne

Lors de la phase d’élaboration du programme, nous avons également mis l’accent sur l’implication des populations et des milieux économiques, dans le but de conforter la crédibilité des institutions infranationales, d’accroître la responsabilisation des autorités et de restaurer la confiance des Égyptiens dans la refondation du « contrat social ».

L’opération n’en est qu’au stade préliminaire, mais nous espérons en tirer des enseignements et l’adapter au cours de son exécution. Au cours de la phase préparatoire, nous avons déjà observé que, travailler au sein d’une équipe issue de divers pôles d’expertise du Groupe de la Banque mondiale, nous a permis de définir la vision et le programme intégré de réformes nécessaires afin d’assurer un impact durable sur le développement des régions défavorisées de Haute-Égypte et au-delà.

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