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Penser l’égalité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

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Penser l’égalité au Moyen-Orient et en Afrique du NordLes inégalités liées au genre persistent sous de nombreuses formes partout dans le monde. Les femmes ont un risque de mortalité supérieur à celui des hommes à la naissance et tout au long de leur vie. Elles sont sous-représentées dans les écoles, les entreprises, les conseils d’administration et les parlements. À qualifications égales, elles continuent de gagner moins que les hommes. Souvent, elles n’ont pas vraiment les moyens de prendre des décisions et d’opérer des choix qui concernent leur vie, même au sein de leur foyer. Les pays développés ne font pas exception, où sévissent encore la plupart de ces inégalités tenaces.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les résultats des filles et des garçons en termes d’éducation et de santé sont pratiquement identiques. De fait, les jeunes femmes de la région sont plus éduquées que les jeunes hommes et aspirent à travailler et à participer activement à la société. Même dans un petit village des montagnes du Yémen, les adolescentes s’imaginent travailler quand elles seront adultes, et rêvent de devenir « enseignante, avocate, ingénieure ou journaliste ». Dans le sillage du printemps arabe, on entend les jeunes hommes et femmes de la région réclamer davantage de débouchés économiques mais aussi d’ouverture et de responsabilité de la part de leurs dirigeants.

Pour autant, cette jeunesse se heurte à un taux de chômage important, et cette situation pénalise avant tout les femmes. Malgré leur bon niveau d’éducation, celles-ci sont encore très minoritaires dans la population active. Certains pourraient considérer que cela procède d’un choix délibéré de leur part de ne pas travailler. J’en doute.

Après tout, ces statistiques ne recensent pas le nombre de femmes qui ont cherché longuement et en vain un travail, qui n’ont pas eu l’autorisation de le faire ou qui n’ont pas trouvé d’offres « convenables ». Même parmi les rares femmes qui continuent à chercher, peu décrochent un emploi. Les jeunes femmes de la région sont confrontées à un taux de chômage colossal, qui frôle dans certains cas les 40 %. Quand les dés sont tellement pipés, j’imagine volontiers qu’on soit découragé et qu’on renonce à chercher du travail.

Si nous admettons que le problème dépasse largement la question du choix, nous devons alors impérativement identifier les dynamiques à l’œuvre pour pouvoir passer de l’idée d’égalité à l’égalité effective. Nous devons selon moi agir sur plusieurs fronts. Faute d’efforts substantiels pour créer des emplois de qualité, sous l’impulsion d’un secteur privé dynamique, les femmes continueront d’être exclues des opportunités économiques. On pourrait déjà commencer, comme certains pays de la région l’ont fait, par assouplir certaines contraintes légales et réglementaires restreignant la mobilité et le choix des femmes. Alors que les chefs d’entreprise estiment que les femmes sont moins productives ou qu’elles coûtent plus cher, la mise en place de programmes ciblés (sur le modèle des stages par exemple) les incitant à prendre le risque d’embaucher une femme pourrait contribuer à faire évoluer les mentalités. Il faut aussi aider les femmes à jongler entre leur vie professionnelle et familiale,  grâce à des horaires flexibles, des dispositifs de prise en charge des enfants plus adaptés et de meilleures possibilités de création d’entreprise. On ne peut apporter de réponse unique à ce qui est, très clairement, un défi difficile pour la région tout entière. La première étape consiste à entamer des discussions et à pousser au changement. Et c’est ce que les jeunes femmes de la région sont précisément en train de faire.

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