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Plaidoyer pour l’énergie solaire au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

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On dit souvent de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) qu’elle est le poumon du marché international de l’énergie puisqu’elle abrite plus de 52 et 42 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz respectivement. Elle assure aussi plus de 36 et 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz.

Mais la région MENA est également championne du monde de la consommation d’énergie et de l’intensité énergétique (énergie consommée pour produire 1 000 dollars). Entre 1981 et 2009, consommation et intensité d’énergie y ont augmenté plus vite que partout ailleurs. L’écart avec les autres régions est profond (figure ci-après), notamment pour l’intensité énergétique, qui a affiché partout un taux de croissance négatif entre 1981 et 2009.

Sauf dans la région MENA.
 


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Source: World Development Indicators (calculs de l'auteur)
Note: Les chiffres représentent la moyenne des taux de croissance annuels

Ces chiffres mettent en évidence les inefficiences de l’utilisation énergétique dans la région MENA, en partie liées aux subventions aux carburants, typiques du paysage économique régional. Pour la seule année 2009, les subventions à l’énergie y ont atteint pratiquement 170 milliards de dollars (l’Iran arrivant en tête de peloton, avec 65 milliards), soit environ 8 % du PIB régional de 2 200 milliards de dollars. En plus d’être coûteuse, cette aide est mal ciblée et bénéficie surtout aux couches les plus aisées de la population.

Un tel manque d’efficacité a des effets dévastateurs sur la qualité de l’air dans les pays concernés. Cinq d’entre eux — Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, Iran et Koweït — font partie du groupe des dix pays ayant les concentrations de particules PM10* les plus élevées. Qui plus est, 29 villes de la région MENA figurent dans le classement des 100 villes les plus polluées du monde (a).

Ces niveaux de pollution s’expliquent en particulier par la production d’électricité : alors que la population et le PIB de la région MENA ont progressé à un rythme annuel moyen respectif de 2,4 et 5,5 % entre 1981 et 2009, la production d’électricité a augmenté au taux moyen de 7,2 % par an, loin devant le rythme observé en Asie de l’Est (6,2 %) ou en Amérique latine (4,5 %). Cet essor a eu des répercussions sur l’environnement, puisque 96 % des capacités installées dans la région MENA dépendent des énergies fossiles pour fonctionner. Les énergies renouvelables (dont l’hydroélectricité) ne ressortent qu’autour de 3 % de ces capacités, faisant du secteur de l’électricité de la région l’un des moins respectueux de l’environnement au monde. Les pays où la part du pétrole dans la production d’électricité dépasse les 50 % sont particulièrement concernés : Yémen (100 %), Liban (94 %), Iraq (92 %), Koweït (71 %), Arabie saoudite (55 %) et Syrie (50%).


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Source: World Development Indicators (calculs de l'auteur)

Si, pour le secteur de l’électricité dans la région MENA, le passage du pétrole au gaz naturel est une décision stratégique logique du point de vue économique, cela ne va pas sans incidences écologiques : 45 % des émissions régionales actuelles de CO2 proviennent de la combustion du gaz naturel (a). Dès lors, l’abandon du pétrole en faveur des « énergies renouvelables » et en particulier de l’énergie solaire est la solution la plus judicieuse d’un point de vue écologique et la plus durable.

La production d’énergie solaire est envisageable dans des zones bénéficiant d’un rayonnement direct normal supérieur à 5 kWh par mètre carré et par jour, ce qui est le cas de plus de 85 % de la région MENA. Dans une étude parue en 2008, le Center for Global Development estimait que l’énergie solaire produite par la région MENA pourrait satisfaire entre 50 et 70 % de la demande mondiale d’électricité (a). Il est donc à la fois techniquement et économiquement faisable pour la région de répondre à ses besoins (pour autant que les règles du jeu économiques soient équitables et durables) avec la seule énergie solaire. Ces pays ont de surcroît la possibilité de devenir exportateurs vers le reste de l’Afrique et l’Europe, cette dernière semblant particulièrement prête à sauter le pas de l’énergie solaire et offrant de ce fait un débouché commercial naturel à la région MENA. La stratégie énergétique de l’Union européenne énoncée dans la Feuille de route pour l’énergie à l’horizon 2050 appelle en effet à assurer entre 64 et 97 % de la production d’électricité de l’Union à partir de sources renouvelables d’ici 2050 (a).

Outre son rôle dans la réduction de la pollution et son potentiel commercial (exportations vers l’Europe), l’énergie solaire autorise une tarification stable et prévisible puisque la production d’électricité ne dépend plus des cours extrêmement volatils des combustibles fossiles — un argument supplémentaire en faveur des investissements dans ce secteur.

En bref, l’énergie solaire offre d’immenses avantages écologiques et économiques pour la région MENA. Pour les concrétiser, il faudra instaurer des règles du jeu équitables qui permettront à cette énergie alternative de trouver sa place dans la production régionale d’électricité. La suppression des subventions aux carburants fossiles apparaît dès lors comme une première étape indispensable.



* Particules en suspension dans l'air dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres.

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