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Pourquoi les femmes devraient-elles avoir des emplois de qualité ?

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L’identité des hommes et des femmes et les relations qu’ils entretiennent sont profondément marqués par l’idée que nous nous faisons de ce qu’est un « vrai » homme ou une « vraie » femme. Les hommes sont plus compétents et plus coriaces ; ils font la loi et font bouillir la marmite. Les femmes élèvent les enfants, prennent soin de leur apparence et s’occupent du foyer. Tous ceux qui, femmes ou hommes, cherchent à brouiller cette image d’Épinal vont devoir d’abord admettre (ce n’est pas évident) que non seulement nos valeurs et préjugés préférés en la matière n’ont plus guère de sens mais qu’en outre, ils pourraient être nocifs.

La campagne Think Equal de la Banque mondiale (« il faut penser égalité ») qui a accompagné le lancement du nouveau Rapport sur le développement dans le monde consacré aux relations entre l’égalité des genres et le développement résume parfaitement bien le problème de l’autonomisation des femmes et de l’égalité des sexes. L’identité des hommes et des femmes et les relations qu’ils entretiennent sont profondément marqués par l’idée que nous nous faisons de ce qu’est un « vrai » homme ou une « vraie » femme. Les hommes sont plus compétents et plus coriaces ; ils font la loi et font bouillir la marmite. Les femmes élèvent les enfants, prennent soin de leur apparence et s’occupent du foyer. Tous ceux qui, femmes ou hommes, cherchent à brouiller cette image d’Épinal vont devoir d’abord admettre (ce n’est pas évident) que non seulement nos valeurs et préjugés préférés en la matière n’ont plus guère de sens mais qu’en outre, ils pourraient être nocifs.

Je me suis rendue compte de ces obstacles à l’évolution des mentalités sur le genre à l’occasion d’une recherche sur deux pays du Moyen-Orient, le Yémen et la Cisjordanie et Gaza. En janvier et février 2011, nous avons réuni 60 groupes de consultation composés d’hommes et de femmes de trois générations de ces deux pays afin qu’ils partagent leurs points de vue sur des questions liées aux rôles et aux normes assignées aux hommes et aux femmes – le tout en vue de préparer le prochain rapport de la Banque mondiale sur le genre. Nous avons notamment demandé aux uns et aux autres s’ils croyaient que les hommes ou les femmes étaient meilleurs dans certains métiers que dans d’autres. La réponse d’un groupe de femmes adultes originaires d’un quartier urbain de Gaza où seules quelques-unes ont une vie professionnelle a été la suivante : « Si les femmes excellent dans la santé, l’éducation et les tâches domestiques, les hommes sont bons partout ailleurs, qu’ils soient ingénieurs ou policiers, par exemple ». La liste des emplois locaux montre que les situations bien adaptées aux femmes sont uniquement cantonnées à la santé et l’éducation. De toute évidence, les hommes ne sont pas les seuls qui vont devoir se mettre à « penser égalité ».

Sans surprise, la répartition des métiers par genre diminue dans les groupes de consultation où les femmes jouent un rôle économique plus important, mais sans disparaître. Les quartiers choisis l’avaient été précisément parce que les femmes y ont des niveaux d’éducation supérieurs et que l’économie locale y est plus dynamique. Un groupe de femmes d’une communauté urbaine aisée du Sud du Yémen a énuméré autant de bons emplois pour les femmes que pour les hommes. Là-bas, les femmes font du porte-à-porte, gèrent leur propre entreprise, travaillent dans des instituts de beauté ou des restaurants et fabriquent des objets artisanaux. Pourtant, même dans ce groupe, les femmes sont de l’avis général plus compétentes pour la couture, les peintures au henné et la coiffure alors que les hommes sont plus forts dans le commerce et les métiers du bâtiment, comme la soudure et la menuiserie.

Tout espoir n’est pas perdu, cependant, puisque l’on note des différences d’une génération à l’autre. Une grande majorité de jeunes filles et de jeunes femmes interrogées ont indiqué clairement qu’elles aspiraient à travailler et à exercer des métiers de qualité dans un large éventail de domaines, en dépit des nombreux obstacles.Elles évoquaient même un avenir avec des métiers que les femmes occupent rarement actuellement dans leurs sociétés, quand bien même un grand nombre de ces jeunes personnes appartiennent à des communautés où les femmes sont relativement peu nombreuses à exercer un métier rémunéré. Mais elles vont à l’école et subissent l’influence de la télévision et des médias sociaux. Elles voient, imaginent et recherchent une vie différente de celle de leurs parents. Toute la difficulté pour elles, désormais — et pour nous — est d’arriver à faire de ce « penser égalité » bien plus qu’un vœu pieux.

 

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