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Réformer pour relancer l’emploi

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Quelles sont les politiques qui peuvent atténuer les pertes d’emplois provoquées par les crises financières ? Dans un article ambitieux présenté dans le cadre de la série des séminaires bimensuels du Bureau de l’économiste en chef pour la région MENA, nos collègues du FMI Davide Furceri, Dominique Guillaume et Lorenzo Bernal-Verdugo fournissent une partie de la réponse à ce qui constitue incontestablement l’une des questions les plus urgentes auxquelles sont confrontés les pouvoirs publics, dans le monde entier.

S’appuyant sur des données historiques, les auteurs montrent qu’une crise financière est associée à une poussée du chômage à court terme. Cette montée du chômage tend à persister, bien que plus faiblement, à moyen terme. Toutefois, les répercussions de la crise sur les marchés du travail sont très hétérogènes selon les politiques publiques appliquées. Ainsi, dans les pays dotés d’une réglementation du travail relativement rigide, la hausse du chômage est initialement moins marquée, mais la reprise se fera attendre et, plus inquiétant, elle sera incomplète. En revanche, dans les pays où la réglementation du travail est plus souple, l’augmentation du chômage est plus forte à court terme, mais cesse complètement à moyen terme. Si l’adoption d’une réglementation du travail flexible semble donc impérative pour éviter des dommages durables, elle s’effectue au prix de pertes d’emplois plus substantielles à brève échéance. Étant donné que même des chocs brefs peuvent avoir des effets délétères durables, par exemple en entravant les investissements dans le capital humain et physique, une réglementation du travail flexible doit être accompagnée de mesures de protection sociale.

Les conclusions de Fuceri et al. illustrent les arbitrages délicats qu’il peut être nécessaire d’opérer entre minimisation des dégâts à court terme et maximisation des perspectives de reprise à long terme. Ces arbitrages ont été mis en lumière dans un récent état des lieux des politiques destinées à contrebalancer les conséquences négatives des crises sur le marché du travail. Les mesures visant à atténuer les impacts immédiats sont susceptibles d’aggraver les problèmes systémiques et, partant, de se révéler préjudiciables à plus long terme. Ainsi, en Indonésie, la crise de 1997-1998 a généré des pressions au profit de l’emploi, qui ont abouti à un meilleur respect du salaire minimum, ainsi qu’à l’introduction d’indemnités de cessation d’emploi et d’une règlementation du licenciement. Si ces dispositifs ont protégé le revenu des travailleurs et limité les pertes d’emplois initiales, ils ont également gravement rigidifié l’embauche et le licenciement, compromettant la création d’emplois et la reprise. À l’inverse, lorsque des politiques qui favorisent la croissance à long terme sont déployées de manière irréfléchie, elles risquent d’être nuisibles à court terme. Le rétablissement de la Thaïlande après la crise asiatique en constitue un exemple : des réformes propices à une croissance à long terme avaient été mises en place, mais le programme d’ajustement s’est révélé trop draconien, d’où un recul excessif de la production économique.

Si certaines politiques imposent des arbitrages, d’autres sont en revanche totalement  à bannir. Ainsi, le relèvement des salaires dans le secteur public est manifestement une mauvaise idée. Il accroît légèrement la satisfaction de la population et la stabilité sociale, mais il est coûteux et ne protège pas les plus exposés, car, en temps de crise, c’est habituellement le secteur public qui offre les emplois les plus stables. De surcroît, il n’est pas non plus souhaitable sur le plan distributif, puisque, en général, les rémunérations dans le secteur public sont déjà plus élevées qu’ailleurs. Il n’est pas non plus intéressant de développer l’emploi dans ce secteur, dans la mesure où les nouveaux postes créés sont difficiles à supprimer après la crise et risquent de paralyser la compétitivité. La situation de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) au début des années 1990 a montré que la création d’emplois publics« financés par le déficit » peut retarder la création d’emplois dans le secteur privé à moyen terme. Il est donc préoccupant de constater que le Maroc, la Jordanie, l’Égypte, Bahreïn, le Koweït, l’Algérie et l’Arabie saoudite ont récemment décidé d’accroître les salaires ou les postes de leur secteur public.

Aussi les pouvoirs publics ont-ils la difficile tâche d’identifier des politiques rentables et réalisables, qui seront bénéfiques à la fois à court et à long terme. Plusieurs mesures ponctuelles ont bien fonctionné lors des crises antérieures : i) les politiques du marché du crédit qui réallouent les fonds des entreprises inefficientes aux entreprises efficientes, ce qui limite la mauvaise affectation du crédit, ii) les grands travaux publics qui visent les populations pauvres et vulnérables, qui sont temporaires et qui créent une infrastructure porteuse de gains de productivité, et iii) l’aide ciblée au travail indépendant.

 Néanmoins, la conclusion peut-être la plus importante qui se dégage de cet état des lieux est qu’il n’existe pas d’autre solution que de se préparer à des politiques structurelles solides et à les instaurer. Les pays qui facilitent la réallocation des ressources entre entreprises, qui pratiquent une gestion budgétaire prudente et qui ont mis en place des stabilisateurs appropriés avant la survenue d’une crise souffrent généralement moins que les autres. Les mesures qui influent sur la dynamique des entreprises se révèlent des déterminants particulièrement cruciaux de l’ampleur et de la durée des crises. Ce n’est probablement pas surprenant étant donné que ce sont les entreprises qui créent les emplois.

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